22/09/2009

Discrimination raciale : la Suisse a encore du pain sur la planche

519098474_small.jpgPublié le 15 septembre, le rapport sur la Suisse de l’ECRI – Commission européenne contre le racisme et l’intolérance - instance indépendante de monitoring du Conseil de l’Europe dans le domaine des droits de l’homme spécialisée dans les questions de lutte contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie, l’antisémitisme et l’intolérances, malgré les progrès accomplis, montre que nous avons encore du chemin à faire.

Selon le rapport certains points demeurent préoccupants.
“ Concernant les dispositions juridiques pour lutter contre le racisme et la discrimination raciale, la norme pénale pour lutter contre le racisme, l’article 261bis du code pénal, a été publiquement remise en cause à plusieurs reprises ces dernières années notamment par des propositions d’abrogation. Bien que, en général, cette disposition fasse l’objet d’une application satisfaisante par les autorités de poursuite et les tribunaux, il reste encore des zones d’ombre et des failles dans son interprétation, ce qui conduit à limiter son efficacité. En outre, le dispositif actuel du droit pénal en Suisse n’est pas suffisamment complet pour lutter efficacement contre tous les actes racistes.

De nombreuses sources et nombreuses études mettent en lumière des problèmes de discrimination raciale directe pour ce qui est de l'accès à l'emploi, au logement, aux biens et services, et notamment à l’assurance-automobile, ainsi que dans d’autres domaines tels que la naturalisation par voie de démocratie directe. Apparemment, les victimes seraient surtout originaires de la région des Balkans, de la Turquie ou de
l’Afrique et/ou de confession musulmane.
Face à ces discriminations, les dispositions applicables en droit suisse ne sont apparemment pas suffisantes ou présentent trop d’inconvénients. Il manque une législation antidiscriminatoire complète en droit civil et administratif. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’étendue des pouvoirs cantonaux prévus par le droit suisse rend encore plus important le développement d’un dispositif visant à coordonner et à partager des bonnes pratiques pour lutter contre le racisme et la discrimination raciale en Suisse.
On assiste à un inquiétant durcissement dans le discours politique. En particulier, le ton du discours politique du parti de l’UDC, qui a obtenu le plus grand nombre de voix (29%) aux élections législatives fédérales de 2007, a pris ces dernières années une
tournure raciste et xénophobe se traduisant par des généralisations racistes concernant les non-ressortissants, les musulmans et d’autres groupes minoritaires dans la parole, les images et les propositions concrètes faites ou soutenues par ce parti au Parlement ou directement au peuple. Les attaques répétées des membres de l’UDC contre les droits fondamentaux des étrangers et contre l’interdiction du racisme et de la xénophobie ont conduit à un profond malaise dans la société suisse en général et au sein des groupes minoritaires en particulier.
A ce jour, les tentatives de combattre cette exploitation des peurs de certains membres de la population majoritaire se sont révélées insuffisantes pour contrer ce phénomène. En outre, les idées racistes et xénophobes disséminées par certaines figures politiques ont un effet dévastateur sur le
climat en Suisse à l’égard des groupes-cibles.
L’ECRI note la persistance de désavantages dont souffrent les enfants immigrés et d’origine immigrée dans l’accès à l’éducation en dépit de mesures prises par les autorités pour leur permettre de surmonter les obstacles linguistiques. Lorsque les enfants immigrés et d’origine immigrée sortent de l’école ils rencontrent parfois des difficultés à trouver des postes d’apprentissage en raison de discriminations résultant de stéréotypes et de préjugés à leur encontre, un phénomène qui touche également les jeunes issus de groupes tels que les Gens du voyage, les Sinti, les Yéniches et les
Roms.

Les médias suisses véhiculent parfois des stéréotypes et préjugés racistes et xénophobes et le problème de la mention dans les médias de l’origine ethnique d’une personne suspectée ou convaincue de délinquance alors même que celle-ci est sans pertinence est encore fréquent.
Mêmes s’ils demeurent marginaux en nombre, il existe des groupements néo-nazis et d’extrême droite actifs en Suisse qui manifestent parfois violemment leur hostilité envers les non-ressortissants et défendent des idées islamophobes et antisémites.
Les Gens du voyage et les membres de la communauté yéniches qui ont un mode de vie itinérant rencontrent encore des difficultés en termes de place disponibles de stationnement ou de transit. Ils continuent de souffrir de préjugés et de stéréotypes qui conduisent parfois à des discriminations. Les Roms en général souffrent en Suisse des mêmes préjugés, stéréotypes et discriminations.
Les Noirs vivant en Suisse sont confrontés à des réactions hostiles de la part de certains membres de la population majoritaire, générées par le discours de certains hommes politiques à leur encontre. Selon plusieurs sources, des Noirs ont été la cible d’abus racistes et de profilage racial de la part de membres de la police. Ce problème toucherait également d’autres personnes dont l’origine étrangère est visible.
Les non-ressortissants et les demandeurs d’asile doivent faire face à un durcissement de la législation concernant leur statut juridique, entrée en vigueur en 2008, ainsi qu’au discours politique stigmatisant de certains hommes politiques."

Pour accéder au rapport complet
http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/default_fr.asp

21:51 | Tags : racisme, suisse | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | | |