09/01/2010

Kosovo : jours amers pour les Rroms expulsés d’Europe occidentale

rroms_expulsion0004-229e5.jpgAfin d’être un jour éligible au processus de libéralisation des visas avec l’Union européenne, le Kosovo vient de signer des accords de réadmission avec plusieurs pays de l’UE, dont la France. Cependant, les conditions d’accueil demeurent catastrophiques pour les ressortissants du Kosovo expulsés d’Europe occidentale, notamment pour les minorités ethniques. "A noter que roms et les juifs sont encore interdits de se porter candidat aux élections."

Une correspondante,  Serbeze Haxhiaj, témoigne :

Alors que le gouvernement du Kosovo vient de signer de nouveaux accords avec les pays européens pour la réadmission des sans-papiers kosovars, Faik Idrizi n’a toujours pas assez d’argent pour nourrir sa famille. Ce rrom de la région de Gjakovë/Djakovica a été récemment rapatrié d’Allemagne. Il y vivait avec sa femme et ses trois enfants. Âgé d’une quarantaine d’années, Faik se retrouve aujourd’hui dans une cabane en bois à Skivjan avec, pour tout revenu, quarante euros d’aide sociale par mois. « Ici, il n’y a pas de travail. Si ça continue, mes enfants vont mourir de faim. Est-ce l’objectif des pays qui nous rapatrient ? », demande Faik, qui pensait qu’en tant que Rrom du Kosovo, il serait « épargné » par les autorités allemandes.

Non à l’accord de réadmission avec le Kosovo !

Les accords de réadmission sont une des conditions du processus de libéralisation des visas. Le Kosovo tente de respecter ces conditions, même s’il ne fait pas concrètement partie du processus, étant donné que cinq pays de l’Union européenne ne reconnaissent toujours pas l’indépendance du pays.

Le gouvernement du Kosovo a signé dernièrement des accords de réadmission avec l’Albanie, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Suisse et la Norvège. Au ministère de l’Intérieur et au ministère du Travail et du Bien-être Social, personne ne connaît le nombre exact des kosovars qui devraient être rapatriés l’année prochaine. Fisnik Rexhepi, conseiller du ministre de l’Intérieur, fait savoir que depuis 2002, quelque 4.000 kosovars ont été rapatriés chaque année. « Environ 30.000 personnes de toutes nationalités ont été rapatriées pendant cette période », ajoute-t-il. Ismet Hashani, ministre-adjoint au ministère du Retour n’a pas non plus d’idée précise du nombre exact de sans-papiers qui pourraient être rapatriés.

Néanmoins, selon certaines évaluations, quelque 70.000 Kosovars devraient être prochainement rapatriés. L’enjeu est bien évidemment la réintégration de ces personnes, qui n’arrivent pas à s’accommoder aux mauvaises conditions de vies, surtout les rapatriés de la communauté RAE.

Zylfi Merxha, député rrom à l’Assemblée nationale du Kosovo, s’oppose au rapatriement des Rroms du Kosovo. « La situation économique est généralement désastreuse au Kosovo, mais c’est sans aucun doute la communauté rrom, ashkali et égyptienne qui vit la situation la plus difficile. L’Union européenne et les gouvernements respectifs européens doivent trouver une solution pour ces personnes avant de procéder aux réadmissions », revendique Merxha.

En effet, l’exemple de Fadil Maxhuni, qui vit avec sa mère, sa femme et ses deux enfants dans une tente à Skivjan donne raison au parlementaire rrom. « Que voulez-vous que je fasse ? Le froid approche et je ne sais pas quoi faire. Dois-je apporter mes enfants gelés devant la porte du maire ou du Premier ministre ? », dit cet expulsé rrom d’Allemagne. Le ministère du Travail et du Bien-être social n’a pas pu héberger la famille Maxhuni plus d’une semaine. Le ministre Nenad Rašić explique qu’en raison du manque d’argent, le gouvernement kosovar ne peut prendre soin des rapatriés. « Le processus de rapatriement est maintenant lancé plus concrètement. Seule l’Allemagne va rapatrier environ 10.000 rroms et d’autres sans-papiers du Kosovo », prévient Rašić.

Pour les spécialistes de l’économie kosovare, le rapatriement des sans-papiers kosovars va détériorer encore plus la situation économique et sociale du Kosovo. « Il ne s’agit pas seulement de problèmes de nature politique ou économique, mais aussi sociaux. Les rapports sociaux vont se tendre encore plus, étant donné le taux élevé de pauvreté au Kosovo », explique l’économiste Safet Gërxhaliu. En parallèle, les responsables municipaux prévoient aussi des problèmes sérieux d’hébergement. « Une partie de leurs maisons qui furent totalement détruites pendant la guerre n’ont pas été reconstruites », s’inquiète Gani Toska, responsable du Bureau pour les Communautés au sein de la municipalité de Peja/Peć.

Alors que les experts locaux exigent des programmes concrets de réintégration et de resocialisation pour que le processus de réadmission se transforme en une opportunité et non pas en un cercle vicieux de migration continue, le Kosovo reste toujours le pays le plus pauvre d’Europe. Selon les dernières statistiques de la Banque Mondiale, plus de 45% des habitants du Kosovo vivent dans la pauvreté, dont 15% sous le seuil d’extrême pauvreté.

Écoutez sur Balkanophonie :
Les Rroms bulgares et roumains, des citoyens européens victimes de la culture du chiffre (1/2)
Les Rroms bulgares et roumains, des citoyens européens victimes de la culture du chiffre (2/2)

 

Source :  http://balkans.courriers.info/article14284.html

leTraduit par Belgzim Kamberi
Mise en ligne : vendredi 8 janvier 2010

10:11 Publié dans Solidarité | Tags : rroms du kosovo | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |