29/06/2014

Le lynchage de Darius : chronique d’un effondrement moral

Un arrêt sur image s’impose , photo insoutenable,  personne sensible s’abstenir, que vous pouvez trouver sur internet sous google/images/  Darius Lynchage. La photo dont la France a honte et qu’elle tente de cacher à tout prix, voire  à coups de menace du Parquet ! Il est devenu nécessaire de regarder la barbarie dans les yeux, y faire face avec courage pour ne pas la laisser ramper et agir dans l’ombre.

 Un rassemblement a eu lieu vendredi 27 juin, à Pierrefitte devant la mairie,  pour y dénoncer le racisme d’Etat.  L’information circule si rapidement, on aimerait vite passer à autre chose, un nouveau scoop, un nouveau drame. Je vous propose de ralentir le rythme et de réfléchir à ce qui s’est passé avec le lynchage du jeune Darius, on ne peut pas passer là-dessus comme chat sur braise.  C’est l’effondrement moral qui se profile et augure des périodes les plus sombres, lorsque l’empathie n’est plus qu’une figure de style vide de tout sens. Il est difficile de trouver les mots pour décrire un acte d’une telle  barbarie, signe d’une déshumanisation et d’un pas qui a été franchi dans le racisme. Un pas autorisé par le gouvernement qui a laissé dire et faire depuis des années,  et ce pas-là de trop ne concerne plus uniquement les Rroms mais peut toucher n’importe lequel d’entre nous.  Quand on songe que l’AFP a tenté misérablement de justifier le fait que la victime a été en quelque sorte responsable de son lynchage,  pour stigmatiser davantage un jeune sorti d’une clinique psychiatrique et tenter de  justifier un acte injustifiable.  Pour preuve qu’il n’y a plus de frontières, ni de filtres.  La France se lâche  et lâche ses démons sans complexes.  Elle a refusé de reproduire ou laisser diffuser  les clichés du jeune agonisant, en menaçant  le Daily Telegraph qui la floutera après l'avoir publiée sous le titre "The picture that wil shock France" et exigeant qu'elle retire ce qui est devenu sans doute le symbole d'une France à la dérive. Certes,  l’horreur est insupportable à montrer, mais on n’hésite à la laisser faire et ensuite à la cacher. 

Aujourd’hui,  c’est un Rrom qu’on a laissé carboniser, agonisant dans un caddie, demain qui sera le suivant ? 

 

Le  Groupement Justice et Paix pour tous les Darius des quartiers a  exposé aussi sa position à la presse  que voici :

 

Vendredi 13 juin, Georghe C., dit Darius, 16 ans, Rrom, de nationalité roumaine, a été sauvagement battu et laissé agonisant dans un chariot en bordure du quartier ruiné de la « cité des poètes » à Pierrefitte en Seine-Saint-Denis. Cette agression indique que la classe politique a fait franchir à l’ensemble de la société française un seuil supplémentaire vers sa désintégration.

La société civile consciente et active attend de la classe politique un sursaut et une remise en question radicale de l’exercice de sa fonction.  Sans quoi, le mal dont est pris le corps social progressera encore par ses deux extrémités suivant un processus d’auto -alimentation: d’une part croissance de la peur et banalisation de la violence dans la population et d’autre part croissance de l’idéologie raciste/fasciste dans les élites politiques, économiques et culturelles.  C’est au progrès de cette idée que servirait une guerre raciale où s’abîmerait la population.

Le maire socialiste de Pierrefitte, premier responsable de l’abandon des hommes, des femmes et des enfants, sur le territoire, dont élu, il est en charge, sans mot aucun pour la victime et sa famille,  appuie dans ses déclarations à la presse les soupçons de larcin pesant sur le jeune homme. Il prive donc d’ores et déjà son corps mourant de l’état de victime, excluant, - en conscience,  - que justice puisse lui être rendu, délivrant ainsi un véritable permis de tuer, et augmentant la violence à tous les niveaux.

Depuis dix ans, le discours public procède à la déshumanisation d’hommes, de femmes, et d’enfants, étrangers résidants, dans une extrême précarité sur le territoire de France, et publiquement identifiés comme « Rom ».  S’il est un motif raciste à l’acte atroce dont Darius est la victime il est à chercher dans cette déshumanisation, initiée et entretenue par les élites, au plus haut niveau de l’Etat.

La persécution par les pouvoirs publics des bidonvilles où vivent quelques milliers de Rroms roumains et Bulgares, est en réalité l’aspect le plus spectaculaire de la violence politique faite aux habitants de tous les quartiers populaires, parmi lesquels les habitants abandonnés de la « cité des poètes », privés d’emplois, de logements décents, de droit à l’éducation et à la culture, et stigmatisés comme « immigrés »,  « musulmans », « sauvageons ».

Au-delà du traumatisme et de l’immense tristesse, de la douleur qui revient à sa famille, et auquel doit se joindre, dans le plus grand respect, le plus grand nombre, la justice doit être impérativement rendue ! Ce drame doit servir d’ultime alerte ! Si la violence politique infligée à tous les habitants des bidonvilles comme des quartiers ne cesse immédiatement en actes et en mots, il se pourrait bien que l’image interdite du corps martyrisé du jeune Darius, meurtri dans un caddie en zone urbaine sensible, préfigure l’état où sera dans un avenir prochain l’ensemble de la République  en péril.

10:33 | Tags : darius, pierreffitte, rroms, afp, exclusion, pauvreté, déshumanisation | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

08/11/2009

20 ans après la chute du mur de Berlin, il faut agir pour défendre les droits humains


20070306noye-1.jpg Les migrants noyés dans l'indifférence européenne

Vingt ans après la chute du mur, les gouvernements européens doivent prendre des dispositions d’urgence pour lutter contre les atteintes aux droits fondamentaux des migrants, des demandeurs d’asile, des détenus et des minorités, a déclaré Amnesty International ce vendredi 6 novembre dans un communiqué de presse.

« Alors que la chute du mur de Berlin a été le symbole de l’ouverture des frontières, l’Europe réagit actuellement aux défis que représentent les migrations en faisant du continent une forteresse, a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

« Des personnes fuyant la pauvreté, les violences ou les persécutions auxquelles elles étaient en butte dans d’autres parties du monde ont été littéralement rejetées à la mer. »

En mai 2009, la vie et la sécurité de centaines de migrants et de demandeurs d’asile voyageant à bord de trois bateaux en Méditerranée ont été mises en péril, d’abord par une querelle entre les autorités italiennes et maltaises au sujet de leur obligation de répondre à des appels maritimes de détresse, puis par la décision du gouvernement italien de renvoyer ces personnes en Lybie, sans évaluer la protection dont elles pouvaient avoir besoin.

Les gouvernements européens doivent également prendre davantage de mesures pour enquêter sur les allégations de torture, de mauvais traitements et de détentions injustifiées en rapport avec la « guerre contre le terrorisme » menée sous l’égide des États-Unis, a ajouté Amnesty International.

« Dans la nouvelle Europe d’après la chute du mur, les droits humains sont à nouveau menacés. Cette fois, ils sont victimes d’États qui affirment que même les plus fondamentaux d’entre eux, notamment le droit de ne pas être soumis à la torture, doivent être sacrifiés sur l’autel de la lutte antiterroriste », a déclaré Nicola Duckworth.

Après les attentats du 11 septembre, l’Europe a accueilli des prisons secrètes gérées par l’Agence centrale du renseignement (CIA) des États-Unis, où des personnes ont été victimes de disparitions forcées, détenues dans des conditions assimilables à une forme de torture et soumises à des méthodes d’interrogatoire abusives.

À la suite de révélations en août dernier, des appels ont été lancés en direction des autorités polonaises et lituaniennes pour les engager à enquêter sur des allégations selon lesquelles des « détenus de grande valeur » avaient été incarcérés et interrogés en secret par la CIA dans des centres de détention situés sur leur territoire, et ce jusqu’à la fin de l’année 2005.

Les défis auxquels l’Europe est actuellement confrontée en matière de droits humains ne sont cependant pas tous nouveaux.

« C’est scandaleux, mais les fruits des vingt années de croissance économique et d’unité politique accrue qui ont suivi la chute du mur de Berlin n’ont pas été partagés équitablement entre tous. De graves problèmes de racisme et de discrimination restent profondément enracinés au cœur de l’Europe moderne. », a souligné Nicola Duckworth.

La situation des Rroms est peut-être l’exemple le plus frappant des discriminations endémiques qui subsistent en Europe. Cette population reste largement exclue de la vie publique dans tous les pays.

En Europe de l’Est, les Roms ont souvent été les premiers à perdre leur emploi lors de la privatisation des entreprises publiques. Leur pauvreté est encore aggravée par des expulsions forcées illégales.

Dans certains pays comme la Slovaquie et la République tchèque, les Rroms sont toujours surreprésentés dans les établissements scolaires destinés aux élèves présentant des handicaps mentaux, et on continue à les tenir à l’écart en les plaçant dans des écoles ou des classes accueillant uniquement des enfants roms et offrant un enseignement de moindre qualité. Les autorités n’ont pas pris de mesures efficaces et claires pour mettre fin à cette ségrégation à caractère raciste au sein du système éducatif.

Vingt ans après la chute du mur, Amnesty International continue à reconnaître comme prisonniers d’opinion des journalistes et des défenseurs des droits humains arrêtés pour avoir tenté d’exercer leur droits fondamentaux aux libertés d’expression, d’association et de religion en Azerbaïdjan, en Biélorussie, en Moldavie, en Ouzbékistan, en Russie et au Turkménistan.

« À Berlin, aujourd’hui, il ne reste pas grand-chose du mur physique qui, il y a vingt ans, symbolisait la division et la répression. Il reste toutefois des murs qui font que certains sont plus égaux que d’autres quand il s’agit de jouir de la totalité de leurs droits fondamentaux, a déclaré Nicola Duckworth.

« Néanmoins, malgré les menaces, les tentatives d’intimidation et les placements en détention, des défenseurs des droits humains, portés par cette même énergie qui a jeté à bas le mur de Berlin, continuent à se battre dans toute l’Europe pour défendre leur vision d’un continent où les droits de tous seront respectés. »

09:34 Publié dans Solidarité | Tags : amnesty international, pauvreté, migrants, rroms, exclusion | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |