26/06/2009

Rroms et Rompubblica : tous des subversifs selon Silvio !

449832132.jpg Silvio et son harem !





















Silvio Berlusconi a appelé les entrepreneurs à ne plus faire de publicité dans le quotidien La Repubblica qui a diffusé des informations sensibles le concernant, de près ou de loin, il ne souhaite aucun commentaire sur son “harem” composé de femmes qui dansent, virevoltent, usent et abusent de leurs charmes payés ou pas par Silvio. Mais la presse ne se laisse pas démonter, des nouvelles paraissent tous les jours sur le fameux “harem” berlusconien. A son tour, il menace la presse de frapper bas, très bas, c’est-à-dire au portefeuille, là où ça fait très mal.


Silvio se se sent victime d’une "campagne de haine”. Sur la haine, il en connaît un bout du reste pour l'avoir souvent pratiquée. Le second quotidien italien après le Corriere, le journal la Reppublicca est traité de subversif . Le groupe de presse l’Espresso auquel est rattaché La Repubblica prévoit d’intenter une action à l’encontre de Berlusconi qui ne respecte par la liberté de la presse et du coup le titre gagnait 9% à la bourse de Milan. Le groupe L'Espresso contrôle également l'hebdomadaire du même nom, un des deux principaux en Italie avec Panorama, propriété de la famille Berlusconi.

Les révélations fracassantes on les connaît, celles en lien avec la jeune Noémie, mineure à l’époque où ils se seraient connus. Les résidences du président du conseil deviendraient le rendez-vous privilégiés des «Rufians, maquereaux, courtisans et prostituées» on parlerait même de cocaïne. Silvio se défend véhément - Payer moi ? Jamais ! Séduire et conquérir devrait suffire – un tantinet auto-suffisant Cavaliere. La call-girl Patrizia d’Addario n’aurait-elle attirée que par les liftings de Silvio ?

Times se demande carrément si Silvio ne serait pas tout bonnement impuissant, ceci expliquant tout cela. “Papounet” aurait des défaillances. Le journal n’y va pas de main morte à l’encontre de la main baladeuse du Cavaliere: « phallocrate standard de dessin animé. Mâle italien pompeux, vain, gonflé... et sexuellement insécurisé, qui s'est auto-proclamé un bon coup pour les femmes."

Est-ce à cause de cette incapacité à prouver sa virilité que Silvio s’attaquerait aux plus faibles, aux plus précarisés ? Montrer sa force de puissance pour cet "impuissant notoire". Le masque du bouffon tombe. On apprend par quelques indiscrétions qu’il aurait mis à disposition son avion officiel pour inviter une danseuse de flamenco, aime-t-il vraiment le flamenco gitan ? Alors encore un peu de flamenco Silvio, d'une femme, qui elle, a vraiment de la classe !




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25/06/2009

Qui sont ces groupes fascistes qui s'en prennent aux Rroms en Irlande du Nord ?

pd1652984-1.jpgLes hommes qui se sont attaqués aux Rroms à Belfast se réclament d'un groupe fasciste, raciste, appelé Combat 18 - 18 initiale d'Adolf Hitler (1 = A pour Adolf - 8= H pour Hitler - position des lettres de l'alphabet numérotées = 18 pour Adolf Hitler) - ils sont issus du groupe armé Blood and Honour et revendiquent la suprématie blanche, né-nazis particulièrement violents. Implantés en Irlande du Nord, protestants qui défendent la Britannité du Nord, et haissent les étrangers -On passe en 1996 de 41 crimes et délits raciste à 1'000 attaques racistes en 2008. En Europe on voit des groupes extrêmistes essaimés un peu partout en proie à de vieux démons - Faut-il s'en inquiéter ? - Qui sont-ils vraiment ? Les gouvernements ont-ils encore le contrôle sur ces groupes ? Autant de questions qui méritent des réponses urgentes pour éviter une dérive xénophobe violente issue de groupes organisés au niveau européen , puissants, militarisés et haineux capables d'attaquer et même de tuer si on les laisse faire comme on vient de le voir récemment en Irlande.

Le C18 est international, il sévit en Slovaquie, en Angleterre, en Serbie, en Irlande, en Scandinavie, en Allemagne et ailleurs vraisemblablement.

Organisation nazi-britannique formée en 1992, après des réunions entre les membres du groupe Blood and Honour. Le 18 contenu dans leur nom est généralement employés par les groupes néo-nazi, et est dérivés des initiales d'Adolf Hitler : A et H sont la 1er lettre et 8ème lettres de l'alphabet. Il a été créé en réponse aux antifascistes sur des réunions de la Partie Nationale Britannique (BNP) et d'autre groupe d'extrême droite. Certains journalistes disent qu'au contraire, il aurait été créé par le service de sécurité interne britannique MI5 pour critiquer la BNP et pour attirer les néo-nazi les plus violents au Royaume-Uni. Le C18 aurait servi au MI5 pour filtrer les groupes paramilitaires loyalistes en Irlande du Nord. Ainsi, il aura eu une « permission » de blesser les antinazis dans l'Est londonien et de brûler les librairies de gauche, les vols de renseignements permettaient de dresser des listes de centaines de victimes potentielles. Cette liste incluait des noms de membres du Parlement, celui du chef du parti libéral-démocrate, Paddy Ashdown, chef principal de la police de Londres, Richard Wall. Elle comportait aussi une vingtaine d'informations sur les techniques de fabrication des bombes. Une copie de cette lettre fut récupérée et donnée aux membres de l'équipe de lutte anti-C18, la police fit une descente chez les chefs du C18 (Charlie Sargent et Will Browning). Charlie Sargent fut responsable d'attaque contre les membres de l'équipe du BNP, qui s'opposaient à leur trafic d'armes et de drogues. En 1998, Charlie Sargent a été condamné pour le meurtre d'un membre de son groupe C18 en 1997. Entre 1998 et 2000, des douzaines de membre du C18, au Royaume-Uni, ont été arrêtés par la police sur de divers faits, dans plusieurs opérations conduites par la cour d'Ecosse en coopération avec MI5. Parmi les personnes arrêté : Steeve Sargent (frère de Charlie), deux soldats britannique, Darren Theran (régime de parachute), Karl Wilson (1er bataillon et 1er de la reine), et bien d'autre... Plusieurs de ceux-ci ont été arrêtés, et emprisonnés par la suite.


Pendant avril 1999, David Copeland (22 ans) a effectué une campagne de bombardement en voulant viser les noirs, asiatiques, et la communauté gay à Londres. Le 17 avril 1999, une bombe éclate dans Brixton, et les semaines suivantes une ruelle de Londres fut aussi bombardée, par trois bombes remplies de clous.


Aujourd'hui, Will Browning est le seul leader du C18, il aurait essayé, en 2000, d'organiser une campagne de lettres piégées à partir du Danemark. Mais trois personnes, qui faisaient parti du C18, ont été arrêtées. Ces trois personnes ont appris que l'ancien leader du C18, Charlie Sargent, informait la police sur les activités du C18.


Le 30 avril une troisième bombe a tué trois personnes, y compris une femme enceinte, et blessé plus de 100 personnes. D.Copeland a été arrêté le 30 juin 2000.
(source http://www.blogg.org/blog-10327-themes-les_skinheads-80778.html)




Une interview intéressante d'Anthony Bellanger



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22/06/2009

Agressions haineuses à Belfast contre les Rroms

19.36.jpgAttaques racistes en Irlande du Nord à l’encontre des Rroms. Depuis une semaine, les Roumains d'Irlande du Nord subissent des attaques racistes de la part d’un groupe paramilitaire loyaliste du Village. Intimidation, injures, menaces , ce groupe a déjà été impliqué pour des actes d’ordre raciste similaires, ils affirment pour leur part n’y être pour rien.

Une vingtaine de familles rroms originaires de Roumanie ont dû fuir de chez elles à Belfast après avoir subi des agressions plusieurs nuits de suite. Sous leurs fenêtres des groupes extrêmistes sont venus scander des slogans racistes en faisant le salut nazi, brisant les fenêtres et martelant les portes.

Les Rroms agressés ont d'abord cherché refuge mardi 16 juin dans une église du sud de Belfast. Ils ont ensuite été transférés temporairement par les autorités dans un centre de loisirs ailleurs dans la ville.

Depuis que les familles rroms ont fui de chez elles, la Police d'Irlande du Nord (PSNI) a aidé les services sociaux et des associations locales à les reloger temporairement.
La maire de Belfast Naomi Long a condamné ces attaques et a exhorté les habitants du quartier à soutenir leurs voisins. "Chaque citoyen a le droit de vivre sans peur ni intimidation", a-t-elle déclaré.

Le ministère roumain des Affaires étrangères "a fermement condamné tout acte raciste ou extrémiste et a appelé les autorités britanniques à prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que de tels actes ne se renouvellent".

BBC News romanian flee homes in Belfast



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24/05/2009

"Roms, Sintis et Yéniches" - Le livre qui fait mal

sriimg20090511_10682691_0.jpg Thomas Huonker historien et spécialiste des Yéniches en Suisse (swissinfo)

Un livre qui éclaire sur les relations qu'a entretenue la Suisse avec l'Allemagne nazie et sur sa politique pas tendre du tout à l'égard des réfugiés.
Une récente étude a démontré que la Suisse a été l'un des premiers Etats européens à restreindre la liberté de mouvement des Tsiganes qui s'accompagnait de l'interdiction de transporter des " Tsiganes " par train ou bateau à vapeur, a été maintenue par les autorités helvétiques après le début de la Seconde Guerre mondiale. Les frontières leur seront fermées dès 1906. Ces mesures d'entrée restrictives seront encore renforcées suite aux persécutions perpétrées par l'Allemagne nazie dès 1933. A cette époque, la politique de refoulement des Tsiganes d'un pays à l'autre rappelle, en partie, ce qui se passe aujourd'hui. L'attitude des autorités helvétiques vis-à-vis des gens du voyage est illustrée dans cet ouvrage par le suivi de plusieurs destinées individuelles. Enfin, ce livre passe en revue la politique suisse à l'égard des Roms, Sintis et Yéniches jusqu'à nos jours. Dans l'entre-deux-guerres, le refoulement de Roms et de Sintis étrangers ou apatrides a été pratiqué par la plupart des Etats européens. Ainsi, les polices des différents Etats renvoyaient, en toute illégalité, les " étrangers indésirables " vers les pays voisins.
Sédentarisation de force, fichage systématique . Avant l'arrivée au pouvoir des nazis, les " élites dirigeantes " helvétiques ont participé diligemment à la collaboration internationale policière visant à institutionnaliser la restriction maximale de mobilité des " Tsiganes ".
Cette coopération active se perpétua après l'avènement du Troisième Reich, alors que se préparait la déportation vers les camps de la mort des " Tsiganes ". La disparition d'archives cruciales, ajoutée à d'autres difficultés de recherche et définition, a rendu impossible une étude quantitative des refoulements de " Tsiganes ". Toutefois, les cas individuels exposés ici illustrent la substance de la politique suivie.
Le refus de reconnaître la nationalité suisse à des " Tsiganes " menacés de déportation et de mort est emblématique à ce propos. Dans sa postface, Thomas Huonker trace des trajectoires individuelles de " Tsiganes " à partir de sources découvertes après la rédaction de l'ouvrage. L'analyse de l'anti-tsiganisme helvétique est ainsi confortée ; au même titre que les relations des instances administratives et politiques suisses les plus élevées avec le régime nazi.

commentaires sur le livre source swissinfo.ch

Rroms, Sintis et Yéniches - La politique tsigane suisse à l'époque du national-socialisme de Thomas Huonker et Regula Ludi dans Editions Page Deux



Un article intéressant de Thomas Huonker -

Article paru dans "Le cartable de CLIO", No.4/2004, Lausanne, p.130-136)


« Jusqu’à la ceinture dans le grand marais ».

Roma, Sinti et Yéniches en Suisse, quelques aspects d’une persécution de longue durée

par Thomas Huonker, FNRS, Zurich[1]

En Suisse, comment les Yéniches, Sinti et Rom ont-ils été traités ? Les informations dont nous disposons sont très inégales. Mais ce qui frappe dans cette histoire, en Suisse, pour ces groupes ethniques, c’est le fait qu’il ne leur était vraiment pas facile d’exister. La Suisse avait été le premier État d’Europe à interdire la présence des Tsiganes, appelés les « Zeginer » ou les « Heiden » (les « Païens »), dans les cantons primitifs. Une décision a ainsi été prise à Lucerne, en 1471, par l’assemblée législative de ce temps-là, la « Tagsatzung »[2]. Elle interdisait d’« héberger ou [de] loger » les nomades. Cette politique de défense contre les Rom, dont les premiers groupes, venant de l’Europe du Sud-Est, et de l’Inde quelques siècles plus tôt, étaient arrivés en Suisse vers 1418, allait persister pendant exactement cinq cent ans. Il n’y a en effet guère un peu plus d’une trentaine d’années, en 1972, que les autorités suisses ont fini par renoncer à cette interdiction de séjour et de transit pour les Rom, Sinti, Manouches, etc., sur leur territoire.

Cette posture défensive permanente à l’égard de ce groupe ethnique, et de ses divers sous-groupes, trouvait son origine dans une série de représentations qui les diabolisaient. Elles s’observaient et étaient diffuses dans de nombreux autres pays, pesant lourdement sur la vie quotidienne des Rom. En 1525, par exemple, les autorités fribourgeoises avaient capturé et torturé un Rom. Sous la torture, les magistrats lui avaient fait avouer à peu près tout ce qu’ils souhaitaient. Il déclara par exemple que tous les Rom étaient des assassins et des malfaiteurs et qu’ils formaient une société secrète. Pour les autorités de l’époque, il n’y eut aucun doute, un tel malfaiteur méritait la mort !

Mais le pire devait encore arriver. Ainsi, les délégués du Canton de Schwytz ont-ils déclaré à la Diète de 1574, à Baden, que ces païens étaient tous des voleurs, et leurs femmes toutes des sorcières. Ce qui devait inaugurer une nouvelle politique envers les nomades. Jusque-là, en effet, on les capturait, on les torturait, on leur brûlait un stigma sur le corps et on les chassait hors de Suisse. Seuls ceux qui étaient repris une seconde fois étaient tués, soit pendus, roués ou décapités, par l’autorité juridique. Cette séance de la Diète de 1574 inaugura par contre une nouvelle stratégie contre les Rom, celle de l’extermination. L’autorité fédérale ordonna donc que chaque canton prenne les mesures nécessaires pour éliminer ces gens. Cependant, les délégués de Schwytz signalèrent à leurs compatriotes que ces « Zegyiner » se cacheraient tellement bien dans les montagnes qu’il serait assez difficile de les trouver.

Dans les faits, les autorités suisses laissèrent souvent la vie sauve à ceux qui étaient assez forts pour être vendu aux galères des rois de France, de Savoie ou aux républiques de Venise ou de Gênes.

Le système d’identification des nomades chassés hors de la Suisse au moyen de marques brûlées sur la peau, de coupures sur les oreilles ou d’autres mutilations similaires fut aussi combiné avec des listes nominatives de nomades. Elles incluaient les femmes et les enfants.

Certains fonctionnaires, comme ceux de Bâle, dessinaient à la main une croix ou d’autres symboles, comme des petits gibets, dans ces listes qui ont été parfois conservées sous forme de livres imprimés.

Pour la période plus récente, l’espoir de l’historien quant à une évolution positive de cette politique de tolérance-zéro envers les nomades grâce au triomphe des idées libérales - liberté, égalité, fraternité - en Helvétie, après la chute des institutions d’Ancien Régime à Berne, Bâle, Lucerne, Soleure, Fribourg etc. n’est que très partiellement confirmé par les sources.

La République, une et indivisible, sous les couleurs rastafari (les couleurs du drapeau de la République helvétique étaient le jaune, le rouge et le vert), mit certes fin à la torture, ce qui constitua sans doute un grand progrès pour les Tsiganes. En outre, à condition de payer une somme dûment établie, le droit d’être citoyen suisse, dès 1798, s’étendit, au moins en théorie, à chaque homme chrétien vivant en Suisse et de bonne réputation, ce qui incluait en principe les nomades qui voulaient devenir des citoyens sédentaires. Mais la notion de réputation ne manqua pas de poser problème, de même que les sommes qu’il fallait payer pour devenir suisse. Cela dit, il semble quand même que quelques vanniers, rémouleurs et colporteurs réussirent à devenir des citoyens. Alors que d’autres se retrouvèrent contre leur gré, comme autrefois, soldats des armées françaises, cette fois sous Napoléon 1er. La plus grande partie de la population nomade présente en Suisse poursuivit par conséquent sa vie clandestine et hors-la-loi dans les marais et les forêts.

Au cours du XIXe siècle, la situation sociale effective des nomades en Suisse fut peut-être pire que jamais. Dans les cantons régénérés, les gibets et les bourreaux avaient enfin disparu, mais il y avait par contre de plus en plus de policiers - la plupart des corps de police suisses ayant été constitués au début de ce siècle. Et au cours des crises frumentaires des années 1817 et 1847, les vanniers, rémouleurs, colporteurs ou musiciens nomades furent évidemment les premiers à perdre leurs moyens de survie. De plus, de nouvelles théories prétendument scientifiques virent le jour qui proposaient d’en finir avec ce genre d’hommes. Suivant les pratiques de l’Absolutisme en France et en Autriche, mais en combinaison avec certaines idées pédagogiques, on séparait aussi les enfants des nomades qui étaient capturés de leurs familles, pour les transformer, sous des noms d’emprunt, en des individus conformes aux valeurs sédentaires. En 1825, à Lucerne, suite à un procès concernant la mort (restée obscure) d’un politicien anticlérical, toute une grande famille nomade fut mise en prison. Clara Wendel, la plus connue de la famille, confessa chaque crime dont elle était accusée par les procureurs. Elle finit ses jours dans la clinique psychiatrique lucernoise de St. Urban. Les enfants de ce groupe furent alors placés séparément dans de « bonnes familles » sous l’égide de la Société suisse d’utilité publique. Quelques-uns de ces « Gaunerkinder »[3], comme on les appelait à Lucerne, furent placés en Romandie. On retrouve par exemple l’un d’entre eux dans un pensionnat d’Estavayer-le-Lac sous son nouveau nom de Sébastien Freund. Dans des lettres conservées aujourd’hui aux Archives d’État de Lucerne, ces enfants déploraient la séparation de leurs familles et cherchaient à retrouver leurs parents, frères et sœurs.

Sébastien Freund, enlevé de sa famille à l’âge de 4 ans, écrivit ainsi aux autorités lucernoises, le 7 février 1842, alors qu’il avait juste 20 ans : « Je vous prie de me bien expliquer comment mon père et ma mère sont morts s’ils sont morts ou s’ils existent encore, où ils sont, ce qu’ils font », en ajoutant que ces questions « me tourmentent sans cesse ».[4]

Dans une circulaire du 25 mai 1843, le Conseil d’Etat de Neuchâtel évoquait de son côté :

« Une bande assez considérable de ces malheureux vagabonds connus en Suisse sous le nom de heimatloses et qui, chassés de lieu en lieu par les polices des Cantons orientaux, sont entrés sur notre territoire dans la nuit du 30 avril au 1er Mai sous la direction de la Gendarmerie bernoise. C’est pour la première fois, fidèles et chers Confédérés, que les yeux de notre population et les nôtres étaient frappés du pénible spectacle que nous a offert la vue de ces infortunés. »[5]

Le secrétaire de la Direction de la Police centrale de Neuchâtel, un certain A. Favre, ajouta à cette circulaire du 25 mai le protocole de son interrogatoire du 27 juin 1843. Il concernait quelques membres de ce groupe de vanniers qui avait été chassé par les polices de plusieurs cantons. Le vannier Jacob Reichenbach y raconte la vie quotidienne de sa famille pendant un mois :

« Jacob Reichenbach […] a été amené à la direction le 13 courant, de la Borcarderie, ainsi que sa femme et ses six enfants, par les soins de particuliers bienveillants qui ont fourni un char pour les transporter à Neuchâtel.

D(emande). Où il a été depuis le 8 mai dernier […] ?

R(éponse). Que déjà ce même jour il a été arrêté par des gendarmes vaudois et fribourgeois ; ainsi que la famille Waible, et qu’on les a fait coucher à Coudrefin.

D. Ce qu’il est devenu le lendemain ?

R. Que les gendarmes l’ont conduit en bateau sur le territoire bernois à travers la Broie ; qu’il est allé sur le grand marais, ayant de l’eau jusqu’à la ceinture ; qu’il a dû faire six voyages successifs d’une demi lieue pour porter sur son dos chaque de ses enfants à travers les eaux qui recouvraient le marais.

D. Où ils ont couché cette seconde nuit ?

R. Sur le marais ; qu’étant tout mouillés, qu’ils ont fait du feu pour se sécher, mais que déjà le même soir un gendarme bernois est revenu à quatre heures du matin pour leur donner l’ordre de partir, ne pouvant les conduire lui-même, vu la quantité d’eau qu’il avait sur les marais ; qu’alors ils se sont dirigés du côté de Chiètres, et qu’ils ont couché dans le grand marais sur le territoire fribourgeois.

D. Ce qui leur est survenu le quatrième jour ?

R. Que les deux gendarmes de Chiètres sont arrivés de grand matin et les ont refoulés sur le marais bernois ; qu’ils y sont resté jusqu’à la nuit, n’ayant rien à manger ; et qu’ils ont profité de l’obscurité pour se diriger du côté de Laupen, où ils ont couché dans une forêt.

D. Ce qu’il se rappelle du cinquième jour ?

R. Que comme il faisait mauvais temps, que son enfant était malade, et que lui-même était indisposé, il est resté deux jours à la même place ; que là Waible et sa famille l’ont quitté pour aller plus loin.

D. Ce qu’il est devenu le huitième jour ?

R. Qu’un gendarme fribourgeois l’a arrêté et reconduit sur la frontière bernoise du côté de Chiètres ; qu’il s’est rendu à Chiètres, pour y consulter un médecin au sujet de son enfant ; et que comme il revenait, le gendarme l’a de nouveau arrêté et reconduit avec sa famille sur les marais bernois ; qu’ils y sont couchés jusqu’ à près de minuit ; et qu’ensuite ils se sont dirigés du côté d’une forêt non loin d’Anet.

D. Ce qu’il a fait ce neuvième jour (17 mai) ?

R. Qu’il a pu rester tranquille pendant plusieurs jours dans les forêts.

D. De quoi il vivait pendant ce temps ?

R. Du produit de quelques paniers qu’il faisait et que sa femme allait vendre dans les villages, tout en demandant des pommes de terre et du lait des paysans.

D. Où il a été dès lors ?

R : Que les gendarmes bernois l’ont conduit de Cerlier à travers le lac ; après huit heures du soir, sur le territoire neuchâtelois aux environs du Landeron ; qu’il a couché au bord du lac. Ce devait être le 1er juin, vu que le gendarme Marindaz les a arrêté le 2 et a voulu les conduire au pont de Thielle, où ils ont été refusés par le M. Stouky, ce qui a engagé Marindaz à leur faire passer la frontière du côté de la Neuveville. Ils ont logé à l’hôpital de cette dernière ville, la nuit du 2 au 3 juin, et ont été conduits le lendemain matin sur ce pays à travers la montagne. Le gendarme de Lignières les a arrêtés le soir du même jour et les a reconduits le lendemain 4 courant, du côté de Prêles. Le même jour ils ont déjà été arrêtés par le gendarme de Nods, et ont été refoulés sur ce pays à une certaine distance du village de Lignières. Le soir ils sont retournés d’eux-mêmes dans le canton de Berne et se sont dirigés du côté du Val-de-St-Imier, où ils ont été arrêté deux fois par la gendarmerie bernoise que les a reconduits sur les frontières de ce pays. Enfin ils sont venus à travers les Montagnes du Val-de-Ruz jusqu’à la Borcarderie, d’où on les a amenés le 13 courant à la Direction. »[6]

Au cours de cette même année 1843, les Confédérés eurent à débattre d’un nouveau concordat concernant les « heimatloses » (un terme bien connu en allemand après le livre d’Hector Malot[7]). Ils eurent à choisir entre un principe de tolérance (mettant fin à la chasse policière), l’inclusion d’une partie au moins de cette population en tant que citoyens, la déportation de tous ces gens pour aider la France à coloniser l’Algérie ou encore leur utilisation pour cultiver les marais entre les lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat.

L’instauration d’un régime radical-libéral moderne en Suisse, seul pays d’Europe qui modifia ses institutions à la suite des révolutions de 1848, eut d’emblée des conséquences pour les « heimatloses » avec la loi fédérale de décembre 1850. Elle obligeait les cantons et les communes à accepter les nomades suisses comme des citoyens, sauf ceux qui seraient considérés comme des étrangers après une enquête du procureur fédéral. Ceux-là, on les refoulerait hors de Suisse, quitte à briser des liens familiaux, qui n’étaient de toute façon même pas régularisés par le mariage, puisque les « heimatloses », les sans-papiers de l’époque, n’avaient pas de droits, pas même celui de se marier. Par une procédure minutieuse, recourant aux premiers photographies policières et à de longues interrogatoires, le procureur fédéral analysait minutieusement les liens éventuels des nomades avec des cantons ou des communes spécifiques. Le cas échéant, les cantons ou les communes sollicités n’acceptaient de nouveaux concitoyens qu’à contre-cœur, faisant preuve d’une résistance juridique de longue durée, en recourant au Tribunal fédéral et en essayant, souvent avec succès, de forcer les indésirables à l’émigration vers l’Amérique. Des membres des familles nomades suisses ont ainsi dû attendre d’être acceptés comme citoyens suisses jusqu’en 1916, plus de soixante ans après la loi de 1850.

La Constitution fédérale et son libéralisme, avec l’introduction en 1848 du droit de transit et de libre circulation sur tout le territoire suisse pour les Tsiganes, s’est heurtée aux traditions et à la résistance des corps de polices cantonaux. Les cantons parvinrent ainsi, en 1888, à mettre fin à cette période de relative tolérance et à faire fermer les frontières pour les Rom, Sinti, Manouches et Yéniches étrangers. En 1906, une loi suisse fut même adoptée pour interdire le transport de Tsiganes par voie ferroviaire ou par des bateaux à vapeur.

En 1913, la procédure standard à l’encontre des Rom, Sinti, Manouches ou Yéniches étrangers qui étaient entrés clandestinement en Suisse était la suivante : on séparait les familles, moment particulièrement traumatisant, en isolant les hommes dans le pénitencier de Witzwil - où l’on colonisait des marais. Les femmes et les enfants étaient placés dans des homes de charité, par exemple de l’Armée du salut à Genève.

Comme les autorités le reconnaissaient ouvertement, ces mesures avaient été prises pour mieux dissuader et mieux identifier les Tsiganes. La police fédérale et les polices cantonales tenaient un registre de Tsiganes avec photographies, empreintes digitales, en coopération avec le registre de Tsiganes de la police de Munich et, dès 1923, avec Interpol.[8]

Pendant les douze années du régime nazi en Allemagne, qui allait pratiquer l’extermination de tous les Tsiganes d’Europe que les bourreaux purent capturer, ce qui fit un demi-million de morts parmi ce groupe de victimes du régime hitlérien, la Suisse a maintenu cette fermeture des frontières, ainsi que sa coopération avec Interpol, transféré en 1940 de Vienne à Berlin et presidé par Heydrich, élu avec les voix des délégués suisses[9]. Ainsi, aucun Tsigane cherchant à échapper à l’extermination n’a été accepté comme réfugié en Suisse. Il n’y eut que de très rares exceptions, comme ces trois familles sinti arrivées plus tôt, dans les années 1920, de l’Italie et de la France, que les autorités suisses ne parvinrent pas à refouler dans ces pays, puisqu’ils étaient tout de suite aussi radicalement renvoyés en Suisse, ce qui donna même lieu à de véritables batailles entre la milice fasciste italienne et la police suisse[10]. Le cas tragique du jeune Sinto allemand Anton Reinhardt, qui cherchait à se sauver en Suisse en traversant le Rhin à la nage en août 1944, est typique. Évadé de l’hôpital de Waldshut, où la Gestapo et les médecins préparaient sa stérilisation forcée, il parla ouvertement aux autorités suisse de sa peur d’être déporté à Auschwitz. À cette date (août-septembre 1944), on connaissait bien sûr clairement le destin des déportés. Mais les autorités suisses le firent quand même refouler en Alsace, alors encore occupée par les Allemands. La police allemande arrêta Reinhardt et le mit dans le camp de concentration de Natzweiler-Struthof. Il parvint à s’enfuir une nouvelle fois, mais un groupe de SS l’arrêta, alors qu’il avait dix-sept ans, et le fusilla quelque jours avant la fin de la guerre[11].

La fermeture des frontières suisses pour tous les Tsiganes, et tous ceux que les douaniers ou la polices identifiaient comme tels, s’est poursuivie jusqu’à 1972. Les protestations de quelques diplomates ou journalistes étrangers, informés par des Rom de cette discrimination, n’ont pas ébranlé cette tradition suisse de très longue durée.

De la même manière, les méfaits de « l’œuvre d’aide aux enfants de la grand-route » se sont prolongés à l’encontre des Yéniches jusqu’en 1973, moment des interventions de Sergius Golowin et Hans Caprez. Cette « œuvre d’aide », organisée dans le cadre de la Pro Juventute, aura enlevé, de 1926 à 1973, au moins 619 enfants, retirés à leurs familles pour être placés dans des familles sédentaires, dans des homes et des institutions comme Bellechasse, à Fribourg, où les jeunes Tsiganes étaient forcé de cultiver les marais de la région. Cette opération fut planifiée de façon précise, avec des généalogies et des listes complètes des familles yéniches présentes dans le pays[12].

Lorsqu’on étudie rétrospectivement cette opération de destruction systématiques des familles yéniches en Suisse, le comble du cynisme est sans doute atteint par le fait que le fondateur de « l’œuvre d’aide aux enfants de la grand-route », qu’il a dirigée de 1926 à 1958, un certain Alfred Siegfried qui fut tuteur de centaines d’enfants yéniches, n’était pas n’importe qui. En effet, deux ans auparavant, en 1924, il avait été licencié du service scolaire du lycée de Bâle pour cause d’abus sexuel commis contre des élèves[13]. Son successeur à la tête de « l’œuvre», le psychologue Peter Döbeli, allait être lui aussi condamné, en 1959, pour les mêmes raisons, mais il devra quitter son poste[14].

Enfants enlevés de force à leurs familles afin de leur retirer tout contact avec leur culture d’origine, femmes stérilisées à leur insu, telles sont les réalité de la politique suisse à l’égard des Tsiganes qui ont mené, en 1986, le président de la Confédération Alphons Egli à présenter des excuses officielles et à engager une - modeste - procédure d’indemnisation.

Après cette action dévastatrice, masquée jusqu’en 1973 sous les traits pernicieux d’une organisation caritative, les Yéniches, Sinti et Roma de Suisse sont enfin parvenus à se doter d’organisations légales. La première de ce genre, la « Radgenossenschaft der Landstrasse », a été fondée en 1975 et publie depuis lors son journal, « Scharotl » - ce qui signifie « roulotte » en langue Yéniche. En novembre 2003, la « Radgenossenschaft » a mis sur pied un centre de documentation de la culture yéniche à Zurich[15]. En 1997-1998, les Rom vivant en Suisse ont également fondé leur propre organisation. Quant à la reconnaissance de ces groupes comme minorités, la disponibilité des ressources et subventions, leur intégration dans la vie politique, leur scolarisation etc., il nous faut bien constater qu’ils restent toujours marginalisés et qu’ils vivent souvent dans des situations de discrimination directe ou indirecte. Cependant, il faut espérer que les Yéniches, Manouches et autre groupes tsiganes, en particulier les millions de Rom qui se trouvent dans l’Europe des l’Est, sont sur la voie d’une meilleure reconnaissance et du respect de leurs droits en tant que personnes humaines.









[1] Thomas Huonker, * 1954, historien à Zurich, auteur de plusieurs livres, responsable du projet de recherche du fonds national suisse No. 4051-69207 « En route entre persécution et reconnaissance. Formes et vues d’inclusion et d’exclusion des Yéniches, Sinti et Rom en Suisse de 1800 à nos jours ».

e-mail : thomas.huonker@spectraweb.ch

website: www.thata.ch

[2] « Issu du latin dies (« jour »), comme l’italien dieta, le mot diète s’utilise depuis 1500 pour des assemblées fédérales, mais aussi pour celles de certains cantons ou ligues. Il s’explique par le fait que la réunion est fixée pour tel jour ; on retrouve cette idée dans les termes allemands de Tagsatzung (littéralement « fixation d’un jour »), Tagleistung ou Tag, qui apparaissent à la fin du XVe s. et s’imposent au XVIIe s. Encore employé de nos jours en Autriche, le mot Tagsatzung a aussi pu désigner dans la première moitié du XIXe s. un Parlement cantonal (Kantons-Tagsatzung) ». Extrait de l’article « Diète fédérale » du Dictionnaire historique de la Suisse, www.lexhist.ch/externe/protect/francais.html.

[3] « enfants fourbes »

[4] Archive de l’Etat Lucerne, AKT 24/58 C.3

[5] Archive de l’Etat Lucerne, AKT 24/58 B.2

[6] Archive de l’Etat Lucerne, AKT 24/58 B.2



[7] Son livre Sans famille a été publié en allemand sous le titre Heimatlos.

[8] Laurent Greilsamer, Interpol. Policiers sans frontières, Paris, Fayard, 1997, surtout le chapitre « La chasse aux tziganes, pp. 12ff. ; Thomas Huonker et Regula Ludi, Roma, Sinti und Jenische. Schweizerische Zigeunerpolitik zur Zeit des Nationalsozialismus, Zürich, Chronos Verlag, 2001, pp.41-50. Cet ouvrage qui n’a malheureusement pas été traduit en français constitue le volume 23 des rapports de la Commission Indépendante d’Experts Suisse-Deuxième Guerre mondiale. Voir le site www.uek.ch/de/publikationen1997-2000/romasint.pdf.

[9] Ibid., pp.48ss.

[10] Ibid., pp.72-791.

[11] Ibid., pp.81-84.

[12] Sylvia Thodé-Studer, Les Tsiganes suisses, la marche vers la reconnaissance, Lausanne, Réalités sociales, 1987 ; Marielle Mehr, Âge de pierre, Paris, Aubier-Montagne, 1987 ; Thomas Huonker, Fahrendes Volk - verfolgt und verfermt. Jenische Lebensläufe, Zurich, Limmat Verlag, 1987. Cet ouvrage contient dix interviews de Jenisches placés hors de leur famille par l’« Œuvre d’aide » ; Laurence Jourdan, « Chasse aux Tsiganes en Suisse », Le Monde Diplomatique, octobre 1999, p.8 ; Walter Leimgruber, Thomas Meier et Roger Sablonnier, L’œuvre des enfants de la grand-route, Berne, Archives fédérales, 2000 ; Bernadette Kaufmann, Enfants dans la tourmente. Résumé de l’étude historique « L’œuvre des Enfants de la grand-route », édité sur mandat de l’Office fédéral de la culture, Lausanne, Éditions ÉÉSP, 2003.

[13] Thomas Huonker et Regula Ludi, Schweizerische..., op.cit., p.43.

[14] Thomas Huonker, Fahrendes Volk..., op.cit., p.244.

[15] Voir le site www.radgenossenschaft.ch.


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11/05/2009

France TV condamnée pour incitation à la haine raciale à l'égard des Rroms

Ce jeudi 7 mai 2009, la 17e chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris a rendu sa décision concernant l’affaire de l’émission «Délinquance : la route des Roms ». M. Yves-Marie Laulan, intervenant à l’émission, ainsi que Marc Tessier, ancien PDG de France télévisions, ont été condamnés à des peines d’amende et à des dommages-intérêts. Les associations rroms, qui avaient initié la procédure par une plainte simple au procureur de la République se disent à moitié satisfaites par la décision.

C’est certes une première judiciaire : France Télévisions condamnée pour incitation à la haine raciale, qui plus est, grâce à l’initiative d’une série d’associations rroms qui ont saisi la justice.

Cependant, faut-il inciter au génocide pour être condamné ? Car les propos d’Yves-Marie Laulan, le seul intervenant à l’émission à être condamné, plus qu’une incitation à la haine, correspondent à une incitation au génocide. M. Laulan avait en effet affirmé entre autres que « pour bien faire », il faudrait « soustraire ces enfants » à leurs familles.

En revanche, le fait de parler de « criminalité organisée à base clanique ou ethnique », de « Dalton » qui « tirent sur tout ce qui bouge », dire que « ces gens-là sont effroyablement dangereux » (Xavier Raufer) n’a pas été jugé comme incitant à la haine raciale. Pas plus qu’imprimer sur l’écran « Délinquance : la route des Roms » et systématiquement ramener la discussion vers les réseaux mafieux et la dangerosité des Rroms, comme Yves Calvi l’a fait.

Les associations rroms estiment qu’il s’agit d’un premier signal positif pour faire barrage à l’antitsiganisme dans les médias, mais restent déterminées à poursuivre leurs actions, y compris en justice.

Un site internet a été consacré à l'émission 'Délinquance: la route des Roms', sur lequel sera publié entre autres l'intégralité du jugement, dès qu'il sera en notre possession http://www.leracismealecran.info/
Source la voix des Rroms

Pour visionner l'émission incriminée


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30/04/2009

Il n'y a pas que les Rroms qui ont en marre de Silvio, sa femme aussi !

0,,6592351,00.jpg Le Harem de Berlusconi


Promotion canapé, le "harem de Berlusconi", engagement de call-girls, d'anciens mannequins; tout est bon pour Berlusconi lorsqu'il s'agit de récupérer des voix. Sa femme l'attaque pour son goût des jolies filles en politique et s'en prend à lui violemment dans un mail envoyé à Ansa, agence de presse nationale, elle y dénonce le soutien de son mari à des candidates aux européennes de juin dont le principal mérite serait d'être belles.
"Je veux qu'il soit clair que moi et mes enfants sommes les victimes et non les complices de cette situation. Nous devons subir et cela nous fait souffrir", ajoute Veronica Lario qui a eu trois enfants avec Silvio Berlusconi. Tout ceci ne représente qu'un divertissement supplémentaire de l'empereur." Pour le sénateur italien Paolo Guzzanti, qui a quitté le parti de Berlusconi, cette affaire “accrédite l’idée qu’en Italie on peut faire carrière grâce à des faveurs sexuelles”. L’entrée d’une ancienne showgirl dans le gouvernement avait déjà fait des vagues.

Une jeune ministre espagnole de l'égalité Bibiana Aido quant à elle, a estimé dans le journal El Pais que "ce serait bien" si le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi allait chez un psychiatre, après ses moqueries sur le gouvernement espagnol à majorité féminine.


Décidément, il n'y a pas que les Rroms qui ont des problèmes avec Berlusconi, dit le goujat.

Berlusconi et les femmes !!!

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La reine Silvia de Suède ne peut s'empêcher de sourire devant les singeries de Silvio

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29/04/2009

La Slovaquie stérilise de force des femmes rroms



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Accusées de faire trop d'enfants, les Roms sont persécutées à l'hôpital.

«Le docteur m'a dit que, si je devais avoir une troisième césarienne, je ne survivrais pas. J'ai répondu que j'étais jeune et que je voulais avoir encore des enfants. Mais les infirmières répétaient la même chose. Avant d'être emmenée dans la salle d'opération pour accoucher par césarienne de mon second enfant, ils m'ont apporté trois papiers à signer. Sinon ils disaient qu'à la prochaine naissance l'enfant mourrait d'étouffement.» Stela, jeune femme rom originaire du village de Letanovce (est de la Slovaquie), a alors signé une autorisation de stérilisation : «J'avais 19 ans, j'avais envie de vivre.» Témoignage publié en 2003 déjà.
En 2009, la pratique continue, les allégations de stérilisation forcée n'ont pas cessé. A cela s'ajoute le travail forcé.

Des assocations demandent l'arrêt de ces pratiques et prient instamment le gouvernement slovaque de mettre en place une commission indépendante composée d'expert-es internationaux et de la société civile, qui permettrait une enquête en toute transparence sur cette pratique et une indemnisation des victimes.


AFP | 28.04.2009 | 18:13 Huit femmes rroms stérilisées de force

Au moins deux autres plaintes sont en cours d’examen devant la Cour européenne pour des stérilisations forcées, invoquant cette fois la violation de l’interdiction de traitements inhumains et dégradants.

Dans l’affaire jugée mardi, les magistrats européens ont condamné à l’unanimité la Slovaquie pour violation du droit au respect à la vie privée garanti par la Convention des droits de l’Homme.

Les huit requérantes avaient subi dans deux hôpitaux de l’est du pays un traitement à la suite duquel aucune d’elles n’a pu procréer de nouveau. Elles soupçonnaient ces établissements de leur avoir fait subir, pendant leur accouchement par césarienne, une procédure de stérilisation.

En 2002, l’accès à leur dossier médical fut refusé à leurs avocats qui assignèrent les hôpitaux en justice. En 2003, ces hôpitaux furent sommés par la justice slovaque d’autoriser les requérantes à consulter leurs dossiers, mais ces femmes n’eurent que le droit de prendre des notes manuscrites sans photocopier les documents.

Dans son arrêt, la Cour a estimé que les requérantes souhaitaient obtenir des photocopies de documents renfermant des informations à caractère personnel les concernant, et que, de ce fait, elle n’avaient pas à en expliquer précisément la raison.

Selon les juges européens de Strasbourg, les autorités slovaques n’ont pas justifié par des motifs suffisants l’impossibilité pour les plaignantes de faire des photocopies des documents. La Slovaquie se voit aussi reprocher le caractère tardif de l’entrée en vigueur d’une loi sur la santé adoptée en 2004 répondant à l’exigence des requérantes. La Cour a alloué à chacune d’elles 3.500 euros pour dommage moral.




18:21 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

26/04/2009

Silvio, ni ange, ni démon, mais juste un peu....

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CON ...............................................................................................................


Silvio et Maria Carfagna, ministre de l'égalité des chances peints par l' artiste et architecte palermitain Filippo Panseca.




et très paresseux.............................................perdu dans les prix des meubles Ikea pour les sinistrés de l'Aquila - un canapé italien deux places 120 Euros, un lit double 150 euros, des rideaux de douche 30 Euros , il s'est endormi ZZZZZZZZZZZ - ZZZZZZZZZZZZZZZZ..........RRRRRRRR............

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25/04/2009

Football raciste : "Un Italien noir , cela n'existe pas !" et "Infâme Zingaro"

C'est avec cette brillante phrase que les supporters de la Juventus s'en sont pris à Balotelli en scandant "Un Italien noir, cela n'existe pas." alors que Balotelli est bien né à Palerme de parents ghanéens et joueur de l'équipe nationale âgé de 18 ans. Il a répondu par un magnifique goal. Pour sa part La Juventus a écopé d'un match à huis clos en championnat d'Italie

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Quant à Zlatan Ibrahimovic, l'attaquant suédois, il s'est fait arrosé copieusement de l'insulte de " sale Tzigane", et d'une banderole brandie sur laquelle on pouvait y lire "Infame Zingaro" le stade olympique a largement raillé ses origines balkaniques.

Platini, ancien joueur de la Juventus, lors d'une conférence de presse à Rome a déclaré que la mission de l'UEFA est aussi de dénoncer le racisme et demande " à ce que le jeu soit suspendu pendant dix minutes lorsque de tels événements se produisent" et il insiste "Il faut du courage quand il y a du racisme dans les tribunes.

Les faits qui se sont produits samedi ont dépassé les bornes et sont considérés comme des faits graves

Les cas de racisme ne sont pas rares dans le football italien et débouchent habituellement sur de petites amendes. Mais la gravité des incidents de samedi a poussé les autorités à punir sévèrement la Juventus et les organisateurs sont prêts à modifier le règlement pour permettre l'arrêt des matches en cas de chants racistes.

Apprécions le goal de Balotelli et le fait que le le football doit être apprécié pour ce qu'il doit être, un beau sport qui mérite d'être protégé des poussées xénophobes et racistes :





00:52 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook | | | |

24/04/2009

Des camps de semi-internement dans la France de 2009 |

Depuis 2006, dans le département de Seine-Saint-Denis existe un concept qui a été nommé depuis peu « village d’insertion pour les Roms ». Derrière ce vocabulaire béat, se cachent en effet des camps de semi-internement. Au nom du principe de la liberté et de la dignité humaine, l’association « La voix des Rroms » dénonce ce genre d’initiative et appelle toutes les autres associations, et notamment celles qui interviennent auprès des Rroms, à en faire de même. Pour informer le public sur ce sujet, l’association a créé un blog http://villagedinsertion.blogspot.com où figure entre autres un bref rapport envoyé aux institutions européennes des Droits de l’Homme sur ces dérives



En automne 2006, une Maitrise d’œuvre urbaine et Sociale (MOUS) est mise en place dans la ville d’Aubervilliers au bénéfice de quelques familles rroms originaires de Roumanie. Il s’agit de l’installation de bungalows dans lesquels sont placées ces familles, suivies socialement par des associations agréées par la préfecture de Seine-Saint-Denis. Le même type de projet est mis en place un an plus tard à Saint-Denis, et en 2008 un autre à Saint-Ouen. A chaque fois, le même mode opératoire : une enquête sociale menée par Pact Arim, une sélection selon des critères annoncées par la sous-préfecture de Saint-Denis et pas vraiment respectés, et surtout environ 90% des personnes interviewées qui reçoivent des obligations de quitter le territoire français. Les 10% sélectionnés sont placés sous surveillance dans des lieux fermés, gardiennés 24h/24 et interdits d’accès à toute personne extérieure, que ce soit de leurs familles, à des amis et même à des médias.

Il a fallu quelques mois aux gestionnaires de ces lieux pour trouver un nom à leur affaire. Ce fut « village d’insertion ». Or peut-on appeler « village » un lieu fermé, où le grand-père ne peut pas accueillir son petit-fils d’un an ? Peut-on parler d’« insertion » lorsque la préfecture, partie prenante dans ces projets d’une durée prévue de trois ans, ne délivre pas de titre de séjour ni d’autorisation de travail aux personnes qu’elle prétend « insérer » ? Peut-on parler d’« insertion » lorsque ces personnes n’ont aucun contact avec l’extérieur ?

« La voix des Rroms » et d’autres associations rroms de France ont alerté le Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, l’Agence des Droits Fondamentaux de l’Union européenne et la Commission européenne, à qui ces associations ont adressé une note sur le traitement des Rroms en France à travers les « aires d’accueil pour les gens du voyage » et les « villages d’insertion pour les Rroms ». Cette note, ainsi que d’autres documents écrits et audiovisuels, sont disponibles sur le site http://www.villagedinsertion.blogspot.com

« La voix des Rroms » lance un appel à la société civile, et notamment aux associations qui s’intéressent aux Rroms migrants à se positionner face à ce qui semble bien être une bombe à retardement. En ces temps de crise, la publicité trompeuse sur des prétendus « projets d’intégration des Rroms » risque en effet de donner naissance à une vague raciste comme celle que nous observons depuis deux ans en Italie. L’adage « qui ne dit mot consent » prend dès lors tout son sens.

Ci-dessous, un débat TV entre le président de La voix des Rroms et le sous-préfet de Saint-Denis à ce sujet



Source La VOIX DES RROMS

12:10 Publié dans Solidarité | Tags : villages d'insertion, samir mile | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

23/04/2009

FOOTBALL RACISTE ? LA SOLUTION, INTERROMPRE LE MATCH –

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Les tribunes sont assurément à l’image de la société italienne - Haine, racisme, insultes. Le stade n’est finalement peut-être qu’une représentation de ce qui se passe depuis quelques mois en Italie, sous l’égide d’un gouvernement d’extrême droite mené par Silvio Berlusconi. Elu sur un programme que l’on peut résumer par “les Rroms dehors”, Berlusconi et son gouvernement continuent de stigmatiser les étrangers, coupables selon eux de tous les maux du pays. Quand ce même président possède une bonne partie des chaînes de télé italiennes, ce n’est pas étonnant que le bourrage de crâne fonctionne à plein régime. Les groupuscules nazillons s'en donnent à coeur joie.

Michel Platini, président de l’UEFA, promet de prendre le taureau par les cornes : “Quand ce genre de situation se produira, la rencontre sera suspendue pendant 10 minutes et des annonces seront faites à l’intérieur du stade. Et si le problème persiste le match sera arrêté. Il faut faire preuve de courage quand le racisme frappe dans une enceinte. C’est la mission de l’UEFA.” Des paroles répétées depuis des années en forme d’effet d’annonce.

Des supporteurs de la Juventus ont continué de s'en prendre au joueur de l'Inter Milan Mario Balotelli en marge de la demi-finale retour de la Coupe d'Italie, à Turin, entre la Juve et la Lazio, quatre jours après les incidents survenus en Championnat. Deux groupes de supporteurs ont continué d'insulter le joueur d'origine ghanéenne, qui n'était pourtant pas sur le terrain, en chantant "Balotelli est un fils de p.
..". La Juventus a déjà été sanctionnée d'un match à huis clos après les chants et cris racistes de ses supporteurs qui avaient visé le jeune attaquant de l'Inter samedi en Championnat, au Stadio Olimpico de Turin.


La direction de la Juventus Turin s'est excusée pour des chants et cris racistes de ses supporteurs, qui ont particulièrement visé l'attaquant de l'Inter Milan Mario Balotelli, 18 ans, samedi en championnat (1-1).
"Au nom de la Juventus et de la grande majorité de nos supporteurs, je veux condamner sévèrement les cris racistes contre le joueur de l'Inter Milan Mario Balotelli", a déclaré le président de la Juve, Giovanni Cobolli Gigli, dans un communiqué publié dimanche soir. Balotelli, international espoir italien, est né de parents ghanéens et a été adopté par une famille italienne. "Il n'y a ni excuse ni justification pour ce type de comportement (...) des incidents comme celui-là sont inexcusables", poursuit le président du club: "Nous devons ensemble essayer de promouvoir une culture sportive fondée sur le respect de l'adversaire et la lutte contre le racisme". Balotelli, victime d'un coup de pied du milieu de terrain de la Juve Tiago, s'est effondré, provocant l'expulsion de Tiago et la fureur des supporteurs turinois, qui l'ont couvert de cris et d'injures racistes pendant le reste du match. La police étudie des vidéos du match pour tenter d'identifier les responsables. "Des affaires comme celles-ci ne peuvent se produire sans que des mesures soient prises", a déclaré Sergio Campana, le président du syndicat italien des joueurs. "Cette démonstration de racisme, de surcroît contre un joueur italien, est absolument inacceptable", a-t-il poursuivi. "On ne s'attend pas à quelque chose de ce genre dans une ville civilisée comme Turin", a-t-il dit. "Nous parlerons de tout cela lors de la prochaine réunion de la Fédération italienne. Je ne sais pas encore quel type de décisions nous allons prendre mais nous ne laisserons certainement pas passer de tels débordements", a-t-il conclu.
Marcello Nicchi, président de l'association italienne des arbitres (Aia), a estimé que les incidents de samedi étaient "très sérieux".




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Mario Balotelli. C’est le nouveau nom de la lutte anti-racisme en Italie. Samedi soir, lors du choc entre la Juventus Turin et l’Inter Milan, l’attaquant italien de l’Inter est victime d’insultes et de cris racistes de la part d’une frange de supporters turinois. Déstabilisé et dans le collimateur des joueurs de la Juve puisqu’il est à l’origine de l’expulsion de Tiago, l’attaquant est sorti par José Mourinho, conscient que son joueur n’est plus dans des conditions psychologiques acceptables pour continuer le match.

Les condamnations

Rapidement l’attitude de certains supporters de la Juve est dénoncée. C’est d’abord José Mourinho, interviewé sur Sky à la fin du match qui se lamente de ces cris racistes ! Puis les invités de l’émission suivant le match Juve-Inter. Puis les joueurs des deux camps. Puis Massimo Moratti, qui après avoir vu le match à la télé, envoie un communiqué à la presse en expliquant qu’il est choqué, par ces injures racistes. Il précise que s’il avait été au stade, il aurait demandé à son équipe de quitter la pelouse. Rapidement cette affaire fait le tour de l’Italie. Le soir même, Coboli Gigli, président de la Juventus, présente ses excuses au nom du club et de la majorité des supporters turinois.

Tous unis contre le racisme

Le président de la Ligue de Football italienne (Lega Calcio), Antonio Matarrese, s’est déclaré attristé par cette nouvelle affaire de racisme. Il précise qu’il faudrait envoyer un signal fort - comme Massimo Moratti - en arrêtant un match et voir où cela mènerait. “Il ne faut plus parler et débattre mais agir” toujours selon Matarrese. Le président de l’association des joueurs italiens (AIC), Sergio Campana, attend des signes de la part de la fédération italienne de football (FIGC) et de la Lega Calcio. “Nous avons reçu beaucoup d’appels de joueurs qui manifestent leur soutien à Mario Balotelli et qui nous demandent d’agir. Nous ne metterons pas cette affaire de côté. Ces manifestations racistes sont inacceptables !”
Les hommes politiques, pas à une récupération près, ont aussi livré leur version. Le Ministre de la Défense, Ignazio La Russa, souhaite que l’on donne des consignes aux arbitres : tout d’abord on convoque les capitaines, et si cela continue, le jeu est arrêté. La Ministre de la Jeunesse, Giorgia Meloni, a même parlé de honte pour le pays et de cris racistes entonnés par des gens bien cachés dans la masse des supporters.

Balotelli, seul joueur concerné?

Samedi soir, Mario Balotelli, joueur d’origine africaine mais italien de nationalité n’a pas été le seul à être pris en grippe par les supporters de la Juventus. En effet, Zlatan Ibrahimovic, attaquant suédois, d’origine Bosniaque (par son père) et Croate (par sa mère) a lui aussi été victime d’injures racistes. Tout le match, Zlatan fut traité de "Tzigane". Une insulte qui revient fréquemment dans les stades italiens. Des vidéos ont d’ailleurs été postées sur Youtube, voir cet exemple avec le match de samedi soir.




Balotelli à moitié responsable?

Tout le monde est unanime. Tout le monde? Non. Un irréductible ex-entraîneur de l’Inter, Gigi Simoni, avance une autre théorie : “Samedi, je n’ai pas entendu un seul cri envers Muntari (ndlr : il aurait pu citer Chivu, roumain, ou encore Vieira). Je pense que tous les sifflets étaient plus pour l’attitude de Balotelli, que pour sa couleur de peau. Quand un joueur a un comportement incorrect, les autres suivent. Balotelli doit une bonne fois pour toute arrêter de provoquer tout le monde, des adversaires à ses coéquipiers, des entraîneurs aux supporters. Je suis d’accord avec la proposition de Moratti mais Balotelli est le premier à menacer et provoquer.” Même son de cloche chez Gigi Buffon, gardien de la Juve : “Nous, joueurs, devons faire attention à ne pas avoir des comportements qui pourraient faire réagir certains supporters. Balotelli est un bon joueur mais il doit faire attention à ce que son caractère ne devienne pas son talon d’Achille.” Il est vrai que Balotelli a un comportement irritant et s’était déjà confronté aux supporters de la Roma en allant les provoquer sous leur tribune et récoltant, là aussi, des injures racistes. Les ultras de la Juventus ont par ailleurs lancé un communiqué reprenant les arguments de Simoni, et expliquant que le comportement du joueur est à l’origine des sifflets. Mais pour Zlatan, pas un mot dans ledit communiqué…

Un cas unique en Italie?

Balotelli n’est pas le premier joueur à être victime de cris racistes. On peut citer pêle-mêle : Zebina, Dabo, Juan, Chivu, Vieira, Seedorf, … pour les plus récents ou Marc Zoro pour le plus médiatique. Lors de la saison 2005-2006 et au cours du match Messine-Inter, le joueur ivoirien, lassé d’être insulté par tout le parcage intégriste, avait pris le ballon à la main décidant d’interrompre le jeu en signe de protestation. Alors qu’il voulait quitter le terrain, les joueurs des deux équipes avaient réussi à le convaincre de reprendre le jeu.
La pelouse n’est pas le seul endroit où les symboles de la montée en puissance du racisme est visible. Les tribunes restent l’endroit privilégié pour faire passer un message ignoble. Ainsi croix celtes et croix gammées pullulent sur les traditionnelles bâches des groupes Ultra. La guerre des banderoles accouche souvent aussi de sentiments navrants : les Juifs d’un côté (Lazio, Roma), les Africains de l’autre (Hellas Vérone, …) !

Un cas unique en Europe?

L’Italie est-elle un cas unique? Evidemment non. Pas plus loin qu’à Lyon et Metz, le championnat de France a été confronté à ce fléau. Ouaddou d’un côté, Mensah de l’autre. La différence est que ces actions sont le résultat d’actes individuels. Si à Turin, une grande partie de stade imitait les cris de singe, à Metz et à Lyon, ce sont un supporter messin et un supporter havrais qui avaient provoqué le scandale. En Espagne, Samuel Eto’o ou Fred Kanouté sont régulièrement pris pour cible. Les matchs de Coupe d’Europe sont également une belle tribune pour des imbéciles en mal de sensations fortes, comme le groupe Ultra Sur qui avait immité un singe à chaque fois que Drogba touchait un ballon.

La prévention ne marche pas?

Stand Up, Speak up avec Nike et une ribambelle de stars n’aura donc servi à rien. Pas plus que les différentes actions où chaque année les joueurs rentrent sur le terrain avec des t-shirts “Non au racisme”. Si la prévention sympathique ne marche pas, il faut donc passer à une forme de lutte plus répressive.

Les clubs entre indignation et tolérance?

Si les présidents des clubs concernés sont les premiers à s’excuser ou monter au créneau, il s’agit souvent d’actions médiatiques pour montrer que non, leurs clubs ne peuvent pas être associés au racisme. Mais derrière cette façade se cachent le business et les rentrées d’argent. S’attaquer à un ou deux groupes de supporters provoquera des recettes aux guichets en baisse. Et puis dissoudre des associations n’aura pour but que de les mettre en liberté en tant qu’indépendants. C’est deux fois plus dangereux selon certains spécialistes.

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Quelles sanctions?

Rarement, les instances italiennes auront réagi aussi rapidement, la candidature de l’Italie pour l’Euro 2016 n’y étant certainement pas étrangère. La Lega Calcio a en effet décidé de sanctionner la Juventus Turin d’un match à huit clos. A noter que cette sanction a déjà été donnée au club de l’Hellas Vérone pour injures racistes envers Ferdinand Coly, alors à Pérouse, lors du match de Série B entre ces deux équipes en 2005.
La Juventus Turin a décidé de faire appel de cette décision. Courageux pour dénoncer mais pas question d’assumer du côté de la Vieille Dame. La lutte commence aussi par là. Ne pas faire appel de cette décision aurait été un signe fort de la part de l’un des plus grands clubs italiens.


(Source: coupfranc.fr)

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Le Canada, terre d’asile pour les Rroms

La multiplication des attaques à l’égard des Rroms en République tchèque les poussent à demander l’asile politique pour “persécution” au Canada, plus précisément à Toronto où réside une communauté importante de Rroms de la République tchèque.

La suppression de visa pour le Canada a entraîné une arrivée massive des ressortissants tchèques, membres de l'Union européenne, ils obtiennent facilement le statut de réfugié au Canada. Au Canada, où la communauté rrom compterait 100 000 personnes, les demandeurs de statut de réfugié peuvent bénéficier très rapidement d'une protection sociale, d'un permis de travail et de l'accès aux écoles pour les enfants. Il y a plus de demandes d’asiles déposées par des citoyens tchèques que par des Irakiens ou des Afghans.

"Depuis dix-sept mois, 1 500 Roms tchèques ont réclamé l'asile politique au Canada, et 95 % des demandes traitées sont acceptées", constate Paul Saint-Pierre, directeur du Centre communautaire rrom de Toronto, passage quasi-obligé des Tsiganes tchèques, hongrois ou roumains qui émigrent au Canada. . L’augmentation n’est pas anodine : selon les statistiques officielles, 993 % de hausse en un an, avec 853 demandes d’asile en 2008. Avant le sommet entre l’UE et le Canada début mai dans la capitale tchèque, le sujet vient compliquer les relations entre Prague et Ottawa.

"En République tchèque, dénonce Paul Saint-Pierre, la situation est terrible pour les Rroms. La première raison de ces départs est due à la discrimination. Des skinheads et des néonazis sèment la terreur, alors que le gouvernement ne fait rien pour les protéger." Une situation que Prague dément. Selon Radio Canada, pour évaluer la situation de ces "inadaptables", comme les appellent de plus en plus souvent les politiciens tchèques, une commission canadienne est en train d’enquêter sur les conditions de vie des Roms en République tchèque, afin d’étudier si les requêtes sont justifiées. En attendant, dans un contexte ou les défilés xénophobes se multiplient, ils sont toujours plus à s’envoler pour Toronto, où ils sont accueillis dans le centre communautaire rrom.



INTERDIT AUX TZIGANES



Ils ont fui la République tchèque fin mars, parce que quelques jours plus tôt, à un arrêt d'autobus de Pilsen, cinq skinheads avaient menacé leur bébé, injurié puis battu les parents avant de s'enfuir. La police n'a jamais enregistré leur plainte.: bac à sable qu'on ne peut approcher parce que "pas blancs", restaurants "interdits aux Tziganes", un voisin policier qui les harcèle, les traite de "porcs noirs" et jette ses ordures devant leur porte... Auquel s'ajoute une situation socioéconomique particulièrement défavorable pour cette communauté souvent marginalisée.

Au Canada, où la communauté rrom compterait 100 000 personnes, les demandeurs de statut de réfugié peuvent bénéficier très rapidement d'une protection sociale, d'un permis de travail et de l'accès aux écoles pour les enfants.

Sources Le Monde - Radio Prague

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20/04/2009

Quand les clandestins, c'étaient nous les Italiens - Enfants mendiants et clandestins ! (2 ème partie)

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Parcours douloureux marqués de préjugés, d'expulsions, d'incarcérations, de mauvais traitements aux conséquences fatales. Ces parcours individuels qui deviennent publics grâce à l'exposition « Traces de l'émigration de Parme et d'Italie, entre le XVI et XX siècle », organisée par les Archives d'État de Parme. Plus de cents documents exposés partant de 1545 à 1973 et qui décrivent les Italiens à l'époque où ils furent émigrants.


Le racket sur le dos des enfants montagnards transformés en mendiants et qui disparaissent à tout jamais qui sait où. Des différentes communes rurales montagnardes, entre 1845 et 1847, 2022 mineurs s’en allèrent. 512 ne revinrent jamais. Parmi eux, Eligio Caramboli, né à l'Hospice de la Maternité de Parme, le 4 février 1835 et de parents inconnus. Mort sur les routes de Londres où il avait été forcé et contraint de quémander.

Enfants loués à des adultes en échange d’un peu d'argent. Émigrés forcés, leurs maîtres les envoyaient mendier sur les places de Londres et de Saint Petersbourg. Frappés, maltraités s’ils ne ramenaient pas suffisamment d’argent. Des centaines d'enfants de l’Appenin parmesan disparurent ainsi dans la seconde moitié du XIX ème engloutis dans les filières du racket des bébés-mendiants. Leur histoire a été reconstituée par des spécialistes des Archives d'État de Parme en s’appuyant sur les dénonciations de police, lettres et documents des ambassades.

Pour Eligio Caramboli, c’était un destin tout tracé. D’abord l’orphelinat, puis confié à la famille Varsi qui comme beaucoup à cette époque adoptait des enfants pour avoir des bras à bon prix pour les aider. Cependant Eligio était trop faible, une bouche de plus plutôt qu’autre chose. Ainsi on décida de le faire partir avec un des hommes qui s’apprêtait à émigrer. Soulagement pour les familles qui se débarrassaient ainsi des enfants devenus une charge trop lourde pour elles. Ces enfants, naturels ou adoptés, seraient devenus ainsi des commerçants ambulants de babioles ou des musiciens, ils auraient cherché fortune dans les villes du monde et après un an ou deux, selon le revenu du contrat signé, la famille aurait reçu un petit salaire mensuel. Eligio alla à Londres accompagné d’un homme du nom de Pietro Scartazza qui ensuite le confia à Giacomo Basini, lui-même d'abord parti de Boccolo comme apprenti musicien et devenu " patron". À Londres il avait à son service différents jeunes de la montagne qu’il traitait comme esclaves : ils devaient jouer de l’accordéon sur les routes et quémander. Pour ceux qui ne ramenaient pas assez de butin, une cruelle punition les attendait: piqués, laissés à jeûn, forcés de dormir dehors. Eligio fut abandonné en route pieds nus, à moitié nu, affamé, affaibli , endurant le cruel hiver de la fin 1857. Il fut retrouvé par son compatriote, un parmesan qui tentera de l'aider et de le rapatrier en Italie, malheureusement trop tard. Lui-même, à son tour avait été loué à un émigrant et il avait fini entre les mains de Basini. Néanmoins, il réussit à s’enfuir et devenir menuisier.
Plein de pitié, il écrivit une *lettre aux autorités de Parme implorant : "Je vous prie de faire savoir au père et la mère de Eligio qu’ils devraient bien réfléchir avant d'envoyer un fils à des assassins, des canailles, des brigands qui ont le coeur dur comme celui d’un tigre". Il demandait, à ce que quelqu’un entame des démarches pour que le garçon puisse revenir à Varsi. L' ambassade se mit en quête de retrouver le jeune, mais il était trop tard : le garçon était déjà mort "d'un mal de poitrine". L'histoire d'Eligio est remontée à la surface après un siècle et grâce à des documents conservés dans les archives d'État de Parme et qui montrent comment disparurent sur les routes d' Europe des centaines et des centaines d'enfants montagnards. Vendus, loués, forcés à émigrer par des hommes sans scrupules, destin très semblable à celui de tant d'enfants qui aujourd'hui mendient dans nos villes.

traduction libre du texte de Stefania Parmeggiani

http://parma.repubblica.it/dettaglio/baby-mendicanti-e-clandestini-quando-i-romeni-eravamo-noi/1618020?edizione=EdRegionale


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La lettera "Aiutate vostro figlio è nelle mani di un assassino" de Giovanni Pirolli, emigrato a Londra dal parmense, trova e soccorre Eligio,

"Vi faccio sapere che il vostro figlio Eligio, è venuto a Londra con Pietro Scartazza e messo in casa di Giacomo Basini, detto Biracca. Sono a dirvi che il vostro figlio non lo rivedrete più se non gli mandate i denari [...] per venire a casa perché è moribondo, non è più capace di stare in piedi dalla debolezza; che è morto di fame per le contrade, senza scarpe ai piedi, senza vestiti e dorme per le contrade con questi freddi. Martedì [...] l'ho trovato coricato per la contrada incapace di alzarsi in piedi; c'era della gente intorno che gli faceva delle domande, ma lui non capisce nulla della lingua inglese.

Io l'ho visto, l'ho preso e l'ho condotto in una casa, vicino al fuoco, gli ho fatto dare da mangiare e dopo parlava. Gli ho detto vieni con me che ti porterò a casa. Ma lui mi ha risposto che non voleva andare a casa perchè lo avevano picchiato. La polizia per ben tre volte lo aveva trovato e riportato a casa. Il suo padrone, mentre erano presenti gli agenti, non gli aveva detto niente, poi una volta rimasti soli, gli aveva gridato di andare fuori da casa sua, che era un vagabondo e se non aveva la fortuna di far danari doveva morire; aveva infine preso un bastone, lo aveva battuto e cacciato in strada. Vi prego di far sapere al padre e alla madre di questo che [dovrebbero pensarci bene] prima di mandare un figlio con assassini, canaglie, briganti che hanno il cuore come una tigre. Pure io, Pirolli Giovanni, prima mi trovavo insieme a questi assassini, poi appena ho trovato un altro padrone sono andato via a imparare a fare il falegname. Sono più contento così, di essere fuori da quella casa infernale, che se avessi guadagnato qualunque somma. Sono a pregarvi di prendere cura di vostro figlio.

Addio Pirolli Giovanni.

11:04 Publié dans Solidarité | Tags : parme, orphelins, italiens, clandestins, mendiants | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

19/04/2009

Quand les clandestins, c’étaient nous les Italiens !

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L'émigration italienne en Roumanie est présentée à Parme grâce aux extraits poussièreux des Archives d'État et ce à travers une exposition intitulée « Traces de l'émigration de Parme et d'Italie entre le XVI et XX siècle ». Plus de cent documents, beaucoup inédits. Parmi ceux-ci, une lettre portant le timbre du ministère de l'Intérieur envoyée le 28 août 1942 à tous les questeurs du Règne, au ministère des Affaires étrangères, au Gouvernement de la Dalmatie, à la direction de police de Zara et au haut commissaire de Lubiana., on y recommandait d’ éviter que les Italiens s'expatrient vers la Roumanie.

Période effacée de la mémoire d’un peuple, il est facile de déverser ses préjugés sur les autres.


Il fut une époque où les clandestins c’étaient nous et c’est la Roumanie qui ne voulait pas les Italiens. Le ministère de l'Intérieur en 1942 chercha à freiner les expatriations vers Bucarest où les Italiens y étaient mal vus. Ailleurs, À Bombay, dès qu’on avait à faire à la prostitution on entendait aussitôt mentionner le mot " italien" . Les documents d’époque attestent que les pauvres de notre pays étaient parfois criminels, mais surtout souvent criminalisés .
La situation des Italiens étaient exactement celle des Roumains aujourd'hui, mais inversée. Les Italiens allaient à Bucarest chercher fortune, y travailler comme menuisiers, dans les mines ou dans les usines. Ils avaient une permission de séjour en poche, et à l'échéance de celle-ci, ils restaient, dès lors clandestins, comme les Roumains l’étaient en Italie avant son entrée dans l’Union européeenne. Mal aimés, rejetés, ils étaient regardés avec rage et suspicion.

Dans la seconde moité du XX ème siècle, les Italiens ne considéraient pas les Roumains comme des criminels, mais les Roumains, si, et ils contrôlaient les douanes pour ne pas être envahis par les Italiens. Nos compatriotes créaient des problèmes : violents, indisciplinés. On évitait que les indésirables passent les frontières nationales pour aller créer des problèmes à la dictature amie du général Ion Antonescu.
Parmi les émigrés on ne comptait pas que les travailleurs à la recherche de l'Amérique, mais aussi des aventuriers peu scrupuleux. Une plus ancienne lettre du consul italien en Inde relate et informe la mère-patrie, en 1893, qu’à Bombay tous ceux qui ont à voir avec la prostitution sont appelés « italiens ». Une association d'idées peu reluisante. Nos compatriotes, comme tous les émigrants, ne représentaient pas seulement un problème de sûreté, mais aussi une ressource économique, si bien que Mussolini, comme le témoigne une des circulaires exposées, défendit l'expatriation de la main-d'oeuvre spécialisée. Seuls des ouvrier non qualifiés, des bras qui risquaient de finir dans les hachoirs à viande de l'immigration clandestine pouvaient partir.
L'exposition présente une série d'expatriations irrégulières entre 1925 et 1973 : les Italiens arrivaient en France et en Corse, mais même dans d’autres pays, avec des permissions de touristes et ensuite ils s'arrêtaient bien au-delà de l'échéance, d’autres entraient avec un visa de transit, mais ne quittaient pas le pays où ils étaient supposés être seulement de passage. D’autres obtenaient de faux passeports ou rejoignaient l'Amérique par des billets envoyés, officiellement, à des parents ou des amis.

Cette fresque contribue à nous rappeler une époque, pas trop lointaine, où les Roumains - criminalisés, non aimés et exploités, c’étaient nous : les Italiens.


Traduction libre et partielle du texte original pour lire l'intégralité du texte
source : Stefania Parmeggiani
http://parma.repubblica.it/dettaglio/rumeni/1617963

(suite à venir : enfants mendiants et clandestins)












10:16 Publié dans Solidarité | Tags : italiens, clandestions, parme, roumains | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

17/04/2009

Le Conseil de l'Europe critique la politique d'expulsions de l'Italie

AP | 16.04.2009 | 16:57

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Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe depuis le 1er avril 2006.



Thomas Hammarberg, commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, a reproché jeudi à l'Italie d'expulser vers la Tunisie des immigrés qui risquent d'y être torturés.

"Les Etats ont, certes, le devoir de protéger les sociétés du terrorisme mais ils ne doivent pas, pour autant, enfreindre les normes en matière de droits de l'Homme comme l'interdiction absolue de la torture ou des traitements inhumains", estime-t-il dans un communiqué.

"L'Italie ne s'est pas souciée d'appliquer les mesures provisoires contraignantes demandées par la Cour européenne des droits de l'Homme pour mettre fin aux expulsions", reproche Thomas Hammarberg.

Le commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe considère par ailleurs que "les autorités devraient condamner plus fermement toutes les manifestations racistes ou intolérantes". Il recommande notamment d'accroître le nombre de représentants des groupes ethniques au sein de la police.

Il souhaite que soit améliorée la situation des Roms. "Un climat d'intolérance persiste à leur égard et leurs conditions de vie sont toujours inacceptables dans plusieurs camps que j'ai visités", rapporte Thomas Hammarberg.

Il critique enfin le projet de loi sur la sécurité publique qui criminalise les immigrés. Cette mesure risque "d'exacerber les tendances discriminatoires et xénophobes qui se manifestent déjà dans le pays". AP


Extrait du Rapport du Commissaire aux Droits de l'Homme

Introduction

1. Le présent rapport se fonde sur une visite en Italie du Commissaire aux droits de l'homme (ci-après le Commissaire) qui s'est déroulée du 13 au 15 janvier 20091 ; il s'agissait d'une visite de suivi à la visite qui a eu lieu les 19 et 20 juin 2008.

2. Le Commissaire a eu des échanges de vues constructifs avec plusieurs représentants des pouvoirs publics : M. Alfredo Mantica, sous-secrétaire d'Etat du ministère des Affaires étrangères, M. Alfredo Mantovano, sous-secrétaire d'Etat du ministère de l’Intérieur, M. Gianni Alemanno, maire de Rome, M. le Président Pietro Marcenaro et des membres de la Commission des droits de l'homme du Sénat, ainsi qu'avec le président de l'Autorité chargée de la protection des données, le professeur Francesco Pizzetti. Des réunions ont également été organisées avec des représentants d'organisations non gouvernementales nationales et internationales actives dans les domaines de la protection des immigrés et des Roms.

3. Le Commissaire tient sincèrement à remercier les autorités italiennes à Strasbourg et à Rome pour l'assistance qu'elles lui ont fournie en vue de faciliter la conduite indépendante et efficace de sa visite. Le Commissaire a apprécié la promptitude et l'ouverture des autorités à dialoguer avec lui pendant toutes les réunions qui ont été tenues à Rome.

4. Le 28 juillet 2008, le Commissaire, après avoir reçu les observations du gouvernement italien sur un premier projet, a publié un mémorandum ainsi que les observations du gouvernement, sur la base de sa visite menée en juin 20082. Le Commissaire suit de près les évolutions législatives et administratives en Italie liée aux questions mentionnées dans son mémorandum ; il est en contact avec les autorités italiennes par l'intermédiaire du Représentant permanent de l'Italie auprès du Conseil de l'Europe, qui lui fournit aimablement des informations à sa demande. Le 5 décembre 2008, les autorités italiennes, en réponse à une requête faite le 4 novembre 2008, ont notamment soumis au Commissaire des informations complémentaires concernant les questions soulevées dans le mémorandum.

5. Par sa visite effectuée du 13 au 15 janvier 2009, le Commissaire souhaite poursuivre le dialogue constructif et approfondi entamé avec les autorités italiennes dans le cadre de sa mission en tant qu'institution indépendante et impartiale de promotion des droits de l'homme consacrés dans les instruments du Conseil de l'Europe.

6. Le Commissaire aimerait rappeler qu'il est particulièrement intéressé par la protection, qu’il estime très importante, offerte par les Etats membres du Conseil de l'Europe aux groupes sociaux non dominants, comme les migrants (demandeurs d'asile, réfugiés et migrants). Le traitement réservé par les Etats membres aux ressortissants étrangers qui souhaitent entrer ou qui résident en Europe est révélateur de l’application et du respect effectifs par ces Etats des principes fondamentaux relatifs aux droits de l'homme.

7. Il en va également de même pour les Roms et les Sintis, populations minoritaires victimes de discriminations graves et chroniques dans la plupart des Etats membres du Conseil de l'Europe.

8. Le présent rapport fait suite au mémorandum et se concentre sur les quatre grands thèmes suivants : lutte contre le racisme et la xénophobie (partie I) ; protection des droits fondamentaux des Roms et des Sintis (partie II) ; protection des droits fondamentaux des migrants et des demandeurs d'asile (partie III); retours forcés de ressortissants nationaux et demandes de la Cour européenne des droits de l'homme au titre de l’article 39 de son Règlement (partie IV).


II. Protection des droits fondamentaux des Roms et des Sintis

31. Le Commissaire salue l'engagement pris par le gouvernement italien, également exprimé au Comité des Ministres du Conseil de l'Europe, de poursuivre leur bonne coopération commune et de continuer d’accorder l'attention requise aux questions et recommandations figurant dans le mémorandum, en particulier au sujet des Roms et des Sintis16.

32. Le Commissaire se réjouit des actions et mesures positives qui ont été prises ou envisagées par les autorités italiennes pour protéger et promouvoir les droits fondamentaux des Roms et des Sintis, par exemple le lancement de la campagne de sensibilisation DOSTA! du Conseil de l'Europe consacrée aux Roms,17 le financement d'écoles accueillant un grand nombre d'immigrés, dont des Roms, les efforts visant à faciliter l'accès des Roms au logement et les projets de l’UNAR pour soutenir les régions qui favorisent la cohésion sociale18.

33. Le Commissaire déplore toutefois les informations crédibles faisant état de la persistance d’un climat d'intolérance et de certaines initiatives des pouvoirs publics qui ne reflètent ni ne promeuvent les efforts déployés par le gouvernement pour renforcer la protection et la jouissance des droits fondamentaux des Roms et des Sintis. Le cas d'un enfant rom roumain qui aurait été frappé alors qu'il mendiait à Pesaro le 20 août 2008 et l’expulsion par la police, apparemment pour la troisième fois, de 45 familles roms du camp de Via Salamanka à Rome le 6 octobre 2008 sont particulièrement inquiétants19. Lors des réunions organisées à Rome les 14 et 15 janvier, les représentants roms et les organisations non gouvernementales de défense des droits de l'homme ont fait part à maintes reprises au Commissaire de leur crainte de voir se développer un « mouvement d'antitsiganisme » dans le pays.

34. En ce qui concerne les violentes attaques de mai 2008 contre des Roms dans le quartier de Ponticelli à Naples20, les autorités italiennes ont indiqué au Commissaire en juillet 2008 que la police avait remis un rapport aux autorités judiciaires compétentes et que des enquêtes et des poursuites contre des personnes non identifiées étaient en cours, tandis que le parquet de Milan avait engagé une procédure pénale au sujet des incendies de certains campements roms entre octobre et novembre 2007. Le Commissaire attend des informations supplémentaires à ce propos.

35. Le 14 janvier, il a eu l'occasion de se rendre une nouvelle fois, après sa visite de juin 2008, dans le camp rom semi-régulier de Casilino 900, à Rome. Ce camp regroupe environ 650 Roms, dont près de la moitié d'enfants, de l’ex-Yougoslavie. Il a également visité quatre campements roms irréguliers près de Rome, à Cave di Pietralata (abritant une soixantaine de personnes), à Quintiliani (quelque 66 personnes dont des familles et des enfants), à Monte Tiburtini (une quinzaine de familles avec des enfants) et à Palmiro Togliatti (une centaine de personnes dont des familles et des enfants). Les habitants de ces quatre campements étaient des Roms de Roumanie.

36. Avant la visite du Commissaire, il avait plu pendant plusieurs jours et les sites de Casilino 900, de Quintiliani et de Palmiro Togliatti étaient couverts de boue et difficiles d'accès à pied. A Cave di Pietralata et Monte Tiburtini, les Roms occupaient des entrepôts abandonnés et dans un garage. Aucun de ces cinq campements ne disposait d'un raccordement correct à l'eau ou à l'électricité ni aux eaux usées. Le camp de Casilino 900, qui existe depuis une quarantaine d'années, se compose de caravanes, de baraquements et de toilettes chimiques ; les autres campements susmentionnés sont beaucoup plus récents et dateraient de neuf mois à un an. Le dernier camp visité existait depuis environ neuf mois et avait été créé à la suite d'une expulsion d'un autre campement ; il se composait de baraquements et de tentes et les habitants signalaient la présence de rats. A l'évidence, les conditions de vie y étaient très difficiles, surtout pour les enfants qui essayaient malgré tout d'aller chaque jour à l’école italienne.

37. Le Commissaire a noté avec regret que les conditions de vie dans tous les campements visités étaient inacceptables et suscitaient de très graves inquiétudes sur l'état de santé des habitants, en particulier des enfants.

38. Il a apprécié les discussions qu’il a pu avoir avec des Roms vivant dans ces campements. Nombre d'entre eux se sont dits très déçus par le manque de dialogue entre les communautés roms et les autorités municipales ou nationales. Des représentants roms du camp de Casilino 900 ont confié leur angoisse au Commissaire, ont évoqué l’intolérance des riverains et du projet présumé des autorités locales de fermer le camp et de transférer rapidement la population rom dans trois nouveaux grands campements à la périphérie de Rome. Certains ont exprimé le souhait de rester dans le camp, à condition que des mesures soient prises pour y améliorer les conditions de vie, évoquant des bonnes pratiques en matière de logement appliquées dans d'autres villes italiennes comme Turin ou Padoue. Le déplacement forcé de familles vers d'autres quartiers de Rome affecterait sérieusement la vie des enfants roms et leur scolarisation – un grave problème dont les autorités doivent tenir compte.

39. Le Commissaire a abordé ces questions lors de sa réunion avec le maire de Rome et a noté avec satisfaction l'engagement pris par celui-ci de se pencher attentivement sur ces problèmes malgré les retards constatés jusqu'alors. Le maire a mis l’accent sur ses projets visant à mettre à disposition avant la fin de l'année des campements officiels pour tous les Roms établis dans sa circonscription. La construction de ces campements devrait aussi permettre de fournir des opportunités d'emploi aux Roms. Le maire a indiqué au Commissaire qu'il projetait de rencontrer des représentants roms dans la semaine suivant sa visite, faisant ainsi un pas vers l’instauration d’un contact et d’un dialogue directs avec les communautés roms de la capitale. Il a également indiqué que tous les nouveaux campements roms disposeraient de représentants roms, de manière à permettre une communication et des consultations directes. Le Commissaire a apprécié l'ouverture du maire et de ses conseillers vis-à-vis d'un dialogue avec les communautés roms et leur volonté affichée de consacrer du temps et des ressources à l’amélioration rapide des conditions de vie des Roms de la capitale, notamment sur les plans de la santé et de la scolarisation.

40. Les Roms du camp de Casilino 900 ont une nouvelle fois fait part au Commissaire de leur inquiétude particulière concernant des Roms originaires de l'ex-Yougoslavie qui sont apatrides en fait ou en droit, en particulier des mineurs qui, bien qu'ils puissent aller à l’école italienne jusqu'à seize ans et aient généralement accès aux soins de santé, se heurtent à de graves difficultés d’ordre administratif. Le 15 janvier, le Commissaire a discuté de cette grave question avec le sous-secrétaire d’Etat, M. Mantovano, qui a fait preuve de compréhension et a informé le Commissaire qu’un projet de loi concernant les mineurs de treize à dix-huit ans avait été soumis au Sénat pour approbation puis transmis au Parlement pour examen dans le cadre d’un projet de loi sur la nationalité. Le Commissaire attend des informations supplémentaires à ce sujet.

41. Pour ce qui est du recensement des Roms réalisé en 2008, le Commissaire a pris note de la très vive inquiétude exprimée par le Parlement européen dans sa résolution du 10 juillet 2008 « sur le recensement des Roms en Italie sur la base de leur appartenance ethnique »21, qui a fait suite à l’instauration par le Président du Conseil, le 21 mai 2008, d'un état d'urgence à propos de « campements nomades dans les régions de la Campanie [Naples], du Latium [Rome] et de la Lombardie [Milan] » et à la promulgation d’ordonnances par le Premier ministre le 30 mai 2008 faisant référence à une « grave alarme sociale » causée par les « nombreuses personnes nomades extracommunautaires en situation irrégulière » établies dans des campements « extrêmement précaires ».

42. Le Commissaire a observé avec une inquiétude particulière que, bien que le recensement des Roms dans les campements officiels et irréguliers des régions de la Campanie, du Latium et de la Lombardie ait débuté en juin, peu après la promulgation des trois ordonnances du Président du Conseil du 30 mai 2008, l’Autorité italienne chargée de la protection des données a fait savoir par un communiqué de presse du 14 juillet 200822 qu’elle n’avait reçu aucune information sur le recensement à cette date et qu’elle n'était par conséquent pas en mesure de se prononcer sur cette question. Par une décision du 17 juillet 2008, elle a néanmoins approuvé le projet de lignes directrices du ministère de l'Intérieur concernant le déroulement du recensement dans les régions susmentionnées. Ces lignes directrices ont été rendues publiques le même jour.

43. Elles prévoient que les données collectées avant cette date « cesseront d’être exploitées et/ou conservées si leur traitement enfreint [les lignes directrices] ». Elles disposent également qu’« aucune base de données ne sera créée » et que « les informations réunies seront à terme archivées et conservées de la même façon que les données concernant tous les citoyens, sous la responsabilité des organismes habilités à détenir ces informations (par exemple les services des archives, la police, la sécurité sociale, les autorités sanitaires, etc.) ». On peut également y lire que le « commissaire du gouvernement confiera à la Croix-Rouge italienne la responsabilité de traiter les données recueillies durant leur collaboration, ce qui devrait garantir que les données sensibles demeurent confidentielles et soient utilisées exclusivement aux fins prévues par la législation en vigueur ».

44. Le 21 juillet 2008, dans leur réponse au mémorandum du Commissaire, les autorités italiennes ont expliqué que dans le cadre de ce recensement « diverses formes d’identification peuvent être utilisées : l'identification peut se faire au moyen d'une description, d'une photographie, de mesures anthropométriques ou d'empreintes digitales », cette dernière méthode ne pouvant être utilisée que s'il n'est pas possible « de parvenir à une identification valable sur la base des documents disponibles et dans certaines circonstances ». En ce qui concerne les mineurs en particulier, leurs empreintes digitales sont prélevées uniquement à partir de l'âge de quatorze ans « lorsque les autres moyens ne peuvent être mis en œuvre ». Les autorités ont cependant ajouté que les empreintes digitales des mineurs de six à quatorze ans pouvaient aussi être prélevées « en vue d'accorder une autorisation de séjour [...] sur demande de la personne détenant l'autorité légale sur l'enfant concerné [ou] après accord du tribunal pour enfants et par l'intermédiaire de la police judiciaire ». Elles ont également précisé que les empreintes digitales des enfants de moins de six ans seraient prélevées de manière exceptionnelle dans des cas où ces enfants ont été abandonnés ou risquent d’être victimes d'actes criminels. En vertu des lignes directrices, ces données, une fois collectées, « ne doivent pas être conservées dans un registre distinct mais dans les archives déjà prévues par la loi, par exemple dans les registres de ressortissants étrangers tenus par les commissariats, ou à la préfecture pour les personnes qui demandent un titre de séjour, ou dans les archives relatives à la nationalité pour les personnes qui demandent la nationalité [italienne] ».

45. Le Commissaire a appris que plusieurs Sintis italiens et deux organisations non gouvernementales avaient engagé une action devant le tribunal civil de Mantova (Lombardie) le 21 juillet 2008 contre la déclaration d’« état d’urgence » et les ordonnances du Premier ministre relatives au recensement des Roms et des Sintis dans leurs campements, faisant valoir que ces actes visaient les Roms et les Sintis de la région et qu'ils étaient par conséquent discriminatoires sur le plan ethnique. Le tribunal a rejeté la requête le 9 janvier 2009, au motif qu'il n'était pas compétent pour se prononcer sur cette question. Il a indiqué que le tribunal administratif de Rome était la juridiction compétente en la matière.

46. Par une lettre du 5 décembre 2008, les autorités italiennes ont informé le Commissaire que le recensement des Roms dans les campements par les « commissaires du gouvernement » s'était achevé le 15 octobre 2008 et qu'il représentait « une étape préliminaire fondamentale en vue de garantir l'adoption par les pouvoirs publics italiens de mesures sociales, de bien-être et d'intégration visant à améliorer les conditions de vie des Roms ». Le sous-secrétaire d'Etat, M. Mantovano, l'a confirmé lors de sa réunion avec le Commissaire le 15 janvier. Il a également souligné que les mesures législatives et administratives prises d'urgence au sujet des campements roms avaient été jugées nécessaires pour préserver l'ordre public dans ces lieux.

47. D’après le courrier susmentionné, 167 campements ont été dénombrés, dont 124 irréguliers et 43 autorisés. Au total, 12 300 personnes ont été enregistrées, dont 5 400 enfants. Lors de la visite du Commissaire, le président de l'Autorité italienne chargée de la protection des données a observé que la majorité des Roms enregistrés étaient des ressortissants italiens. Les autorités ont également expliqué que le recensement avait été mené par la police nationale en étroite coopération avec la Croix-Rouge italienne et les forces de police municipales et que « la collecte de données et la procédure d’archivage » seraient conformes à la loi nationale sur la protection des données à caractère personnel (n° 196/2003) et aux directives de l'Autorité chargée de la protection des données.

Conclusions et recommandations

48. Le Commissaire tient à souligner que la vaste majorité des Roms et des Sintis qui vivent dans la plupart des Etats membres du Conseil de l'Europe, y compris en Italie, ont toujours un besoin urgent de voir leurs droits fondamentaux, et notamment leurs droits sociaux, comme le droit à un logement correct et à l'éducation, être effectivement protégés par les autorités locales, régionales et nationales.

49. Il exhorte une nouvelle fois les autorités italiennes à adopter et appliquer rapidement une stratégie nationale et régionale cohérente et globale, dotée de ressources suffisantes et accompagnée de plans d'action, d'objectifs et d'indicateurs à court et à long terme. Cette stratégie aura pour but de mettre en œuvre des politiques propres à combattre la discrimination juridique et/ou sociale à l'encontre des Roms et des Sintis, conformément à la Recommandation Rec(2008)5 du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe sur les politiques concernant les Roms et/ou les Gens du voyage en Europe23. Les autorités sont notamment appelées à superviser et publier des rapports d'évaluation réguliers sur la mise en œuvre et l'impact des plans d'action susmentionnés, comme le prévoit ladite Recommandation.

50. Le Commissaire recommande aux autorités d’accorder une priorité à la mise en place d'un système d'aide juridique, éventuellement en coopération avec les organisations non gouvernementales compétentes, afin de fournir une aide juridique effective aux Roms et aux Sintis qui en ont besoin, tout particulièrement ceux qui sont apatrides en fait ou en droit.

51. Parallèlement, les autorités sont invitées à créer un mécanisme consultatif, aux niveaux national, régional et local, destiné à garantir un dialogue institutionnalisé, ouvert, sincère et continu avec les représentants des Roms et des Sintis d’Italie sur toutes les questions importantes touchant à leur vie quotidienne, en particulier le logement et l'éducation des enfants. Ces organes consultatifs devraient avoir un statut juridique clair, être ouverts à tous les intéressés et être représentatifs, de manière à promouvoir la participation effective des Roms et des Sintis à la vie culturelle, sociale et économique ainsi qu’aux affaires publiques, conformément aux normes du Conseil de l'Europe24.

52. En ce qui concerne les expulsions de Roms et de Sintis, le Commissaire souligne qu'elles ne devraient jamais avoir lieu si les autorités ne sont pas en mesure de proposer des solutions de relogement adaptées, au sujet desquelles les personnes concernées devraient être consultées. Si une expulsion est considérée comme justifiée, elle devrait être effectuée d'une manière qui respecte pleinement la sécurité et la dignité des intéressés. Des voies de recours effectives devraient par ailleurs être à la disposition des personnes visées par les ordonnances d'expulsion. L'attention des autorités est attirée sur la jurisprudence pertinente du Comité européen des droits sociaux25 et sur les lignes directrices relatives aux expulsions forcées adoptées par le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies en 199726 et par le rapporteur spécial des Nations unies sur le logement convenable en 200727.

53. Il convient de s'attacher tout spécialement à la protection effective des droits fondamentaux des enfants roms et Sintis, comme le prévoit notamment la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant. En cas d'expulsion ou de déplacement consenti, les autorités devraient accorder une attention particulière à la scolarisation des enfants roms et Sintis, qui est inévitablement perturbée dans de telles circonstances.

54. Pour ce qui est du recensement achevé des Roms et des Sintis dans les campements, le Commissaire salue l’intention déclarée des autorités d'adopter, au moyen de ce recensement, « des mesures sociales, de bien-être et d'intégration visant à améliorer les conditions de vie des Roms ». Cependant, il reste très préoccupé par la pertinence d'une opération aussi vaste qui a pour l’essentiel été gérée par la police et qui était liée à la déclaration d’un « état d'urgence à propos des campements nomades » et à une situation de « grave alarme sociale ».

55. Il faut souligner que les données à caractère personnel collectées et traitées dans ce contexte sont par définition « sensibles » puisqu'elles concernent exclusivement des personnes ayant une origine ethnique ou raciale bien précise. Le traitement de ces données, en principe interdit par le droit européen, est autorisé dans des conditions très strictes (voir ci-après).

56. Le Commissaire note que la collecte et le traitement de ces données sensibles, combinés au climat politique extrêmement polarisé qui a résulté de l’« état d'urgence » et des déclarations publiques de certaines autorités, ont eu de graves répercussions sur les populations roms et Sintis prises pour cible et sur leur image au sein de l'opinion publique en général.

57. Le Commissaire rappelle que la collecte et la conservation (le traitement) des données sensibles à caractère personnel des Roms auraient dû respecter le principe fondamental de la nécessité, inscrit dans la législation européenne sur la protection des données à caractère personnel28. En d'autres termes, la collecte et la conservation de données sensibles à caractère personnel concernant des Roms auraient dû être absolument nécessaires à la réalisation de l'objectif des autorités consistant à garantir « l'adoption de mesures sociales, de bien-être et d'intégration visant à améliorer les conditions de vie des Roms ». Par ailleurs, dans la mesure où la plupart des personnes enregistrées sont des ressortissants italiens, on peut légitimement penser que cet objectif aurait pu être atteint sans effectuer dans l'urgence un recensement d'une telle ampleur et sans traiter les données sensibles à caractère personnel.

58. Le Commissaire rappelle également les normes du Conseil de l'Europe relatives à la collecte et au traitement des données à caractère personnel, en particulier celles qui concernent l'origine ethnique (données « particulières » ou « sensibles »). Les lignes directrices pertinentes en la matière se trouvent notamment dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, dans la Convention de 1981 du Conseil de l’Europe pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel et dans la Directive 95/46/CE du Parlement européen et du Conseil relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données.

59. Sur la base de ces sources juridiques, il n'est pas inutile de rappeler les principes suivants : a) Tout traitement de données à caractère personnel doit être fondé sur une loi interne qui réponde aux critères de qualité prévus par la Convention européenne des droits de l'homme, c'est-à-dire qu’il doit être précis, accessible et prévisible et offrir un certain degré de protection juridique effective contre une ingérence arbitraire des autorités ;29 b) La collecte de données sensibles concernant des personnes, comme celles qui ont trait à l’origine ethnique, est en principe interdite. Des exceptions peuvent être prévues par une loi qui respecte les critères ci-dessus mais elles doivent se limiter strictement aux cas énumérés à l’article 8, paragraphe 2, de la Directive 95/46/CE ; c) La durée pendant laquelle des informations collectées peuvent être conservées doit être limitée ; d) Toutes les opérations de traitement de données à caractère personnel doivent faire l’objet d’un contrôle strict et efficace effectué par des autorités indépendantes et impartiales chargées de la protection des données.

60. Le Commissaire demeure vivement préoccupé par la compatibilité du recensement des Roms et des Sintis avec les principes susmentionnés. Il réaffirme que les pouvoirs publics doivent manifester leur engagement à améliorer les droits fondamentaux des Roms et des Sintis en adoptant et en appliquant d’urgence une stratégie nationale, conformément à la Recommandation Rec(2008)5 du Comité des Ministres sur les politiques concernant les Roms et/ou les Gens du voyage en Europe évoquée plus haut, en étroite coopération et en consultation avec les populations roms et sintis concernées.

Le rapport dans sa totalité sous le lien suivant
https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?id=1431595&Site=CommDH&BackColorInternet=FEC65B&BackColorIntranet=FEC65B&BackColorLogged=FFC679

15:13 Publié dans Solidarité | Tags : italie, conseil de l'europe, droits de l'homme, thomas hammarberg | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |