18/02/2018

Génocide des Rroms en Suisse et enfants placés

yéniches.pngA l'heure des indemnisations pour enfants placés de force en Suisse et arrachés à leurs parents, je relaie une partie de l'article  du quotidien La Liberté, en date du 9 septembre 2011. Une interview coup de poing signée Pascal Fleury, de l'historien Thomas Huonker, auteur avec Regula Ludi du rapport de la Commission Bergier sur le sort des gens du voyage pendant la Seconde Guerre mondiale et la politique qui s'en est suivie. Jusqu'en 1981, les enfants rroms, sinti et yéniches  ont été placés de force. Une page la plus sombre de l'histoire suisse.

"Déportations, persécutions, séparations de familles, vols d’enfants, internements, stérilisations et castrations forcées: la «politique tsigane» de la Suisse à l’époque du national-socialisme fait froid dans le dos. L’historien Thomas Huonker, auteur avec Regula Ludi du rapport de la Commission Bergier sur le sort des gens du voyage pendant la Seconde Guerre mondiale, il revient sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire de notre Etat démocratique, multiculturel et plurilingue.

Depuis 1471 déjà, la Suisse a mené une politique cruelle de déportation et de persécution des Tsiganes. Avec «succès», puisqu’il n’y a jamais eu de population légale de Roms ni de Sintis dans notre pays. Ces deux groupes ethniques n’ont pu entrer en Suisse légalement que pendant de très courtes périodes, entre 1848 et 1888, et depuis 1972. Ceux qui sont là aujourd’hui sont arrivés principalement comme travail- leurs d’ex-Yougoslavie ou comme réfugiés des Balkans.

Placement forcé

(....) L’objectif final de l'institution de Pro Juventute, par l'Oeuvre des enfants de la grand-route  était d'en finir avec ce groupe ethnique, en dissolvant les familles. Les enfants étaient transférés dans des familles non yéniches, tandis que les hommes et les femmes étaient internés pour des années par la justice administrative, dans des établissements de travaux forcés comme Witzwil ou Bellechasse. Au total, 600 enfants ont été arrachés à leur famille sur plusieurs générations par l’œuvre de Pro Juventute, sans compter les cas réglés directement par les cantons. Finalement, la quasi-totalité des familles yéniches  de Suisse ont été touchées. C’est le cas par exemple des membres de la famille de l’écrivaine suisse Mariella Mehr, qui ont été séparés pendant des générations. Elle-même a été bringuebalée entre 17 homes et institutions psychiatriques et diagnostiquée comme anormale. (...) Les cantons qui ont le plus coopéré avec Pro Juventute ou qui avaient leur propre politique anti-tsigane étaient les Grisons, St-Gall, Zurich, Argovie, Schwyz et le Tessin.

L'Oeuvre pour les enfants de la grand-route bafouait à tel point les droits humains que son action pouvait être qualifiée de  «génocide».  En fait c’est une dénomination officielle de la Convention de l’ONU pour la prévention et la répression du crime de génocide. Dans son article 2, elle inclut le transfert forcé d’enfants d’un groupe national ou ethnique à un autre groupe. D’autre part, l’œuvre de Pro Juventute affirmait elle-même que l’une de ses tâches était d’abaisser le taux de naissance chez les Yéniches par une limitation des mariages, des stérilisations et des internements. Ces exactions sont également assimilables à un génocide.

La Suisse fut d’ailleurs le premier pays européen à pratiquer les théories eugénistes ou d’«hygiène raciale» contre des êtres qualifiés d’anormaux ou de dangereux par hérédité. Dans ce cadre, des milliers de personnes ont été stérilisées en Suisse, dont des Yéniches, sur la base de diagnostics psychiatriques et avec des moyens chirurgicaux. Il s’agissait surtout de jeunes femmes. Cela a commencé en 1892 à Zurich, à l’initiative du professeur Auguste Forel. Le dernier cas remonte aux années 1980: le mariage d’une femme yéniche sous tutelle a été conditionné à sa stérilisation.

L’Œuvre des enfants de la grand-route de Pro Juventute a été dissoute en 1973.Mais les enfants n'ont pas été rendus à leurs parents. Ils ont été mis sous tutelle cantonale. Beaucoup d’entre eux ont continué d’être enfermés dans des institutions jusque dans les années 1980.

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Ndlr : Le génocide en Rromani s'appelle Samudaripen : Le Samudaripen, en langue rromani, signifie génocide. Mais le terme n’a pas le sens qu’il prend en hébreu, dans le mot Shoah. En rromani, il ne signifie pas l’extermination d’un groupe spécifié, mais celle de n’importe quel groupe humain.

 

L'article intégral (copier-coller le lien)
 
https://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/a-lire/3387359.html/BINARY/histoirevivante_ve090911_0.pdf

Bienvenue chez les Rroms - Roms, Sintis et Yéniches, le livre qui fait mal

http://roms.blog.tdg.ch/archive/2009/05/24/rroms-sintis-e...

 

«Roms, Sintis et Yéniches – La politique tsigane suisse à l’époque du national-socialisme», Thomas Huonker et Regula Ludi.

 

 

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Commentaires

Il est bon de s'en souvenir ! on peut d'ailleurs se demander ce qu'aurait pensé les enfants Juifs cachés et traités avec humanismes s'ils avaient su que des enfants en Suisse placés de force en foyers et à la même époque subissaient des maltraitances et humiliations de toutes sortes
Au sujet des exactions corporelles infligées à nombre d'enfants celles ci n'était pas réservées aux foyers religieux ,l'éducation battre comme plâtre son enfant n'avait rien d'exceptionnel c'était pour nombre de parents le seul moyen de les " dresser " afin de leur apprendre à respecter le monde des adultes
Tout n'a pas été raconté et heureusement pour certains parents cependant pour amoindrir le ressentiment à leur égard on peut aussi reconnaître que naitre pendant et en fin de guerre n'était sans doute pas pour beaucoup le meilleur moment pour venir brouiller des situations déjà bien complexes au sein de nombreuses familles pauvres
Les futures mamans pour beaucoup étant sous alimentée ,vous y ajouter l'obligation de garder l'enfant religion oblige et bonjour aux malheureux qui ont brouillé toutes les cartes et par là même tous les esprits avant de naitre
Bonne journée Djemâa

Écrit par : lovejoie | 19/02/2018

Je ma permets d'ajouter ceci ! concernant les éventuelles questions de la part des enfants juifs ,remarquez les pauvres n'en auraient sans doute même pas eut le force ce n'était pas une critique mais une simple constatation

Écrit par : épvejoie | 19/02/2018

Je me demande ce que pense Géo de cet article!?


"La Suisse fut d’ailleurs le premier pays européen à pratiquer les théories eugénistes ou d’«hygiène raciale» contre des êtres qualifiés d’anormaux ou de dangereux par hérédité. Dans ce cadre, des milliers de personnes ont été stérilisées en Suisse, dont des Yéniches, sur la base de diagnostics psychiatriques et avec des moyens chirurgicaux. Il s’agissait surtout de jeunes femmes. Cela a commencé en 1892 à Zurich, à l’initiative du professeur Auguste Forel. Le dernier cas remonte aux années 1980: le mariage d’une femme yéniche sous tutelle a été conditionné à sa stérilisation."

Écrit par : Patoucha | 19/02/2018

J'en pense la même chose que vous ! Eh oui, même Auguste Forel s'y est mis. Mais
comment sera jugée l'hystérie (pseudo)humanitaire qui consiste à ne pas défendre nos frontières contre les invasions barbares actuelles dans 50-100 ans, par exemple ? L'eugénisme était dans l'air du temps comme le réchauffisme aujourd'hui.
Ce que je veux dire ? Il vaudrait mieux exercer son esprit critique sur ce qui nous entoure aujourd'hui plutôt que juger un peu vite nos ancêtres...

Écrit par : Géo | 19/02/2018

50-100 ans? LOL Quel optimisme..... vous voulez dire 5-10ans!?

« .... un peu vite nos ancêtres »

1980..... nos ancêtres ?!

À part ces points..... on ne peut vous démentir.

Écrit par : Patoucha | 19/02/2018

"50-100 ans? LOL Quel optimisme..... vous voulez dire 5-10ans!?"
Je parlais du jugement de l'Histoire, pas de l'actualité...
"1980..... nos ancêtres ?!" 1980 ? Un peu la fin de la comète de cette politique. Un peu beaucoup, même. Mais peut-être insinuez-vous autre chose ?

Écrit par : Géo | 20/02/2018

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