23/12/2017

2018 - Le millénaire Rrom de la sortie de l'Inde

7f9553b22e78f262275b6d56e640a94e.jpgLe 21 décembre 2018, la communauté Rrom de par le monde commémorera le millénaire de sa sortie de l'Inde.

Une occasion de rappeler tout au long de l’année que les Rroms ont une histoire, une origine, une langue et surtout une mémoire historique. La langue rromani a traversé, les pays, les continents, les siècles et elle demeure plus vivante que jamais parmi ses enfants qui continuent à la parler, de l’Orient à l’Europe, de l’Afrique à l’Amérique; une langue qui leur permet de continuer à communiquer entre eux indépendamment du pays où ils se trouvent.

Une occasion de comprendre que nous découvrons une culture riche, plurielle, mosaïque, une culture qui a traversé toute l’histoire et ses grandes épopées, partout où il y a un événement historique on trouvera un Rrom qui a su résister, se confondre, se fondre dans le conflit et ressortir plus fort que jamais dans ce qui le constitue, une identité inviolée jusqu’en 2018.

Une occasion de découvrir un peuple vu autrement que sous l’angle de l’étroit stéréotype des préjugés, de la confusion et de la stigmatisation,  parce que les Rroms peuvent donner des leçons au monde, le seul peuple qui ne s’est jamais battu et n’a jamais formé une armée, mais qui a su résister à toutes les guerres et à toutes les batailles et cela depuis 1000 ans. 

 

« Entre 1001 et 1027, Mahmoud lui-même, sultan de Ghazni (de 999 jusqu’à sa mort en 1030 attaqua 17 fois l’Inde, au cours de 17 raids, non pas pour conquérir de nouvelles terres, ni pour y porter une religion ou une politique nouvelle, comme il s’en vantait, mais seulement pour piller les richesses. Dans toutes les villes qu’il prenait, il abattait habituellement les hommes et souvent aussi les femmes, et systématique toute la population en représailles lorsque le roi local avait fui à l’annonce de son approche.

Il est très étonnant que, lorsqu’en décembre 1018 il attaqua et conquit la ville de Kannauj, que haut lieu de culture et d’économie, une ville étalée sur six kilomètres le long sur le Ganges. Non seulement les brāhmaṇes les plus instruits été appelés "de Kanyakubdja (de Kannauj)" mais la ville avaient atteint là-bas un niveau très élevé de ce que nous appelons aujourd’hui la démocratie et les droits de l’homme tandis que la richesse économique en faisait de facto la capitale, le cœur du pays. et alors que le roi Rajpal avait fui à l’annonce de l’arrivée du sultan, il ne tua pas beaucoup de gens, mais au contraire conduisit la majorité d’entre eux jusqu’au Zaboulistan : 53.000 prisonniers de très haute qualification dans divers métiers (musique, théâtre, architecture, parfums, travail de l’or et de l’argent, stratégie etc.), à pied, enchaînés, jusqu’à Ghazni et pour créer une nouvelle dynastie, celle des Ghazneli ou Ghaznévides .

Ghazni devait devenir « la capitale du monde » et pour cela le sultan a épargné les prisonniers pour utiliser leur savoir-faire .

On lit souvent qu’il n’existe pas de sources sur la déportation des Rroms de Kannauj. Ce n’est pas vrai : on dispose d’environ 20 fragments arabes et persans soit sur ce sujet, soit sur le contexte global. Et il y a aussi d’autres éléments qui jettent de la lumière sur l’Histoire, d’abord il y a la langue rromani : comme l’a montré Ralph Turner en 1927, elle provient du segment médian de la plaine du Ganges, et sa forme ancienne était semble-t-il proche de la langue ancienne connue sous le nom de "prakrit śauraseni", lequel a donné naissance aux langues braj et awadhi – sur la base desquelles a été construite le hindi moderne. De nos jours, le rromani est une des langues le plus proches du sanscrit, plus encore que le hindi qui a intégré massivement des éléments persans.

Mais la source principale de nos connaissance est l’histoire de Mahmoud, telle que l’a écrite son secrétaire privé, Abu Naser al-’Utbi sous le titre de "Kitab al-Yamini" (Yamin ud-Daulah "bras droit de la dynastie, surnom affectueux que le calife de Bagdad avait donné à Mahmoud). Al-’Utbi décrit comment Mahmoud a pris la route pour Kannauj le 27 septembre 1018 avec 31.000 soldats, en abandonnant "la douceur du sommeil et le confort de sa demeure" et comment il est arrivé le 20 décembre devant la porte principale de Kannauj.

 

En un jour, le 21 décembre 1018, les musulmans ont tout détruit dans la cité, les sept forteresses qui la défendaient, ils se sont emparés des biens et ont capturé les habitants, pour les conduire à pied jusqu’au Zaboulistan à travers le dur hiver de 1018-1019.

Al-’Utbi rapporte dans son ouvrage sur l’Inde que parmi les déportés de Kannauj, il y avait des clairs et des sombres – ce qui peut expliquer les différences de teint entre Rroms aujourd’hui.

Un autre point est que parmi les prisonniers de Mahmoud étaient représentées de nombreuses professions et toutes les varṇa, depuis les prêtres (brāhmaṇes) jusqu’aux paysans et aux ouvriers (shudra), ainsi que beaucoup de gens à l’extérieur des varṇas : c’est la raison pour laquelle la langue rromani est encore vivante mille ans plus tard. Des groupes sociaux différents ont été pris dans la déportation – et on sait qu’une langue reste vivante plus longtemps lorsque les groupes qui la parlent sont socialement hétérogènes, ceci d’autant plus que parmi eux on rencontre des gens cultivés, conscients de la valeur de leur langue et de leur patrimoine culturel. Comme on peut le constater, les langues d’autres réfugiés meurent au bout de deux ou trois générations car les locuteurs ne voient dans leur langue que le côté pratique de la communication et rien d’autres, tandis que le rromani, jusqu’à aujourd’hui, mille ans après la sortie de l’Inde, reste très vivace et plein de force dans toute l’Europe et au-delà, en dehors d’elle.

Malheureusement (ou bien heureusement) les proto-Rroms, qui était surtout hindouistes, ou hindous – comme les appelaient péjorativement les musulmans, ne pouvait pas (ou ne voulait pas) faire ce que leur demandait Mahmoud le musulman. Il y avait des différences très importantes entre leurs cultures : parmi les proto-Rroms on avait au premier plan l’ahiṁsa (c’est-à-dire de ne pas tuer ni violenter les autres, de ne pas leur faire de mal) et le respect vis-à-vis des diverses religions et confessions, tandis que Mahmoud était un meurtrier impitoyable et qu’il voulait porter partout la religion musulmane – du moins telle était son discours. Alors quand il y a vu la contradiction, très rapidement il les a vendus aux riches seigneurs et commerçants du Khorassan (régions septentrionales de son royaume). Tout porte à croire en effet que très vite après 1018 (peut-être dans les années 1020-1030) Mahmoud Ghaznavi s’est děbarrassé de ces gens qu’il avait apportées de force de Kannauj, lorsqu’il a vu qu’ils n’exécutaient pas ce qu’il demandait d’eux."

C’est ainsi que commencera le lent exil des Rroms qui suivront des routes différentes mais tous originaires des bords du Gange, arrivés en Europe par l’Asie et le Bosphore.

Extrait du texte de Marcel Courthiade que je remercie au passage.

Enseignant de langue et civilisation rromani (INALCO) et commissaire aux droits linguistiques de l'Union rromani internationale, auteur d'une "Histoire des Rroms" qui retrace la longue épopée de la sortie de l'Inde du peuple rrom.

Le programme vous sera transmis au fur et à mesure de l’année 2018 .

 

 

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05/12/2017

Les poétesses du peuple Rrom - Combien de chants étouffés dans leurs gorges ?

1-2.jpgBien peu de gens savent  qu'au sein du peuple rrom, les femmes ont été parmi les premières à écrire et qu'elles sont aujourd'hui pratiquement les seules. Nous pourrons entendre en original rromani et traduction française cinq des principales auteures de ce peuple méconnu, dans un échange sur la position et le rôle de la femme dans la société rrom des quelques pays d'Europe représentés. Ce sera aussi l'occasion de présenter la modeste anthologie "Combien de chants étouffés dans leurs gorges ? – Voix féminines dans la poésie des Rroms" (plus de 50 textes de deux douzaines d'auteures) et de promouvoir le projet "Une voix en ligne pour la littérature rromani" qui permet d'écouter en ligne des centaines d'enregistrements littéraires avec le texte rromani et la traduction française (projet soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication – Direction générale à la langue française et aux langues de France).

 

Le foin

L’herbe a une senteur de foin

Le foin me transporte

Dans une délicieuse langueur

Au temps où je rêve

De rester toute la nuit

Pieds nus-cheveux défaits

Cachée dans un village

Perdu de la surface du monde

Mon Dieu, dans une couche de foin

 

Cette langueur je la connais bien

Elle brûle en moi

Chaque fois que l’été s’en va

Que je vois les brins d’herbe se faner

Entre les fleurs sauvages

Il m’appelle

Il m’attend au-delà du temps

Ce village pour la nuit

Là-bas dans les immenses rochers

Le foin en moi est souffrance

(…)

Pourquoi ne puis-je dormir

Pieds nus-cheveux défaits

Dans le foin qui me veut

Juste une nuit que je dorme là-bas

Là où l’herbe sent le foin.

 

Luminița Cioabă

écrivaine roumaine de langue rromani

 

 

Jeanne GAMONET (France – présente)
Jeta DUKA (Albanie – présente)
Luminiţa CIOABĂ (Roumanie – présentée par Ema Dei)
PAPÙŚA (Pologne [1910-1987] – présentée par Mireille Perrier)
Sali IBRAHIM (Bulgarie – présente)
Valeria YANISZEWA (Russie – à confirmer)
Modératrices: Diana KIRILOVA & CANDELA
Musique: Ismet JAŠAREVIĆ (Serbie – violon)


date lieu adresse heure
11 déc. Médiathèque Matéo Maximoff 59, rue de l'Ourcq 75019 Paris 19:00-21:00
12 déc. Hôtel de ville de Clichy-sous-Bois
(salle Charlotte Petit) Avenue Allende, près de la Place du 11 Novembre 1918 93390 Clichy 19:00-21:00
13 déc. Maison de la Poésie 157 Rue Saint-Martin 75003 Paris 18:00-20:00

 

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