14/05/2017

Les Gitans du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord

gawazi.jpgEn Afrique du Nord, il faut rappeler que ce ne sont ni des Juifs, ni des Berbères, ils ne parlent pas l’hébreu ni le tamazight bien qu’ils puissent avoir appris et l’un et l’autre et l’arabe, mais ce sont bien des Rroms qui appartiennent véritablement à ces descendants de castes indiennes parmi « les intouchables » aux métiers reconnus impurs par la société brahmanique et interdits de sédentarisation. Ils ont quitté les rives de l’Indus ou le Sindh au XVème siècle pour venir par la route du Nord, jusqu’en Espagne, soit ils appartiennent à la toute première vague antécédente qui dès le X et XIème siècle avec les troupes Mongols, arriveront  par l’Afghanistan et l’Iran et que l’on voit vivre encore aujourd’hui dans tout le Moyen-Orient et appelés Doms parlant le Domari, une langue du sous-continent indien ou Nawars par les Arabes, terme qui fait référence au feu parce qu'autrefois ils étaient  forgerons et maréchal-ferrants.

Surnommés, Beni Adass en Algérie et devenus un terme péjoratif pour décrire tout nomade, certains venaient de Tunisie en 1962 et dont les femmes mendiantes et voyantes étaient surnommées en Algérie guezenettes.

On a identifié très tôt, les célèbres Ghawazi d’Egypte qui faillirent mettre en déroute l’armée de Napoléon, les soldats hypnotisés par ces danses orientales que l’on appellera ensuite la danse du ventre et dansées par ces femmes magnifiques dans les harems puis dans les lieux publics par la suite et lors de mariages ou de rituels religieux soufis, étonnamment encore autorisés lors des moulids  Un proverbe égyptien fait référence à ces danseuses "la vie est comme les Ghawazee, elles ne dansent qu'un instant pour chacun." mais elles ne se possèdent pas. 

A l’époque des pharaons, des danseuses sont déjà dessinées nues et arborant une ceinture autour de la taille, les Rroms y auraient importé les premiers chevaux. On les croyait alors venus d’Egypte, ce qui leur vaut l'appellation de Gitans (qui vient de l’Egypte) , puis Bohémiens parce que venus de Bohème, mais à l'origine, ils sont  tous de l’Inde et ce sont bien ces danseuses-là qui amèneront les castagnettes utilisées déjà par les Ghawazi d’Egypte que l’on croira espagnoles et l’art du tatouage qui se répandra dans tout l’Orient.

Les Rroms ou Doms  du Moyen-Orientet de l' Afrique du Nord nous sont peu connus. Ils ont suivi les grands courants, chassés par les guerres, la faim, les génocides, ils gardent tous ceux issus de la route du Nord et ceux issus de la route du Sud , les mêmes traditions, une langue rromani ou Domari en arrière-fond, des langues indiennes venues autrefois du Punjab et du Rajasthan , le goût pour les arts et la musique, le spectacle de rue, la voyance.

Partis plus tôt que leurs frères rroms de la route du Nord, on voit dès le XIème siècle déjà des Droms en Iran, les musiciens y sont invités en masse. Al Firdusi, philosophe et historien perse mentionne dans son livre des Rois, l’arrivée en 1010, de 12'000 musiciens rrom dans la cour du roi Bahrâm Djour et à sa demande.

Les Beni Addas d’Algérie ont souvent été confondus avec des tribus berbères, on les trouve encore, mais très peu,  à Oran ou à Constantine, ils pratiquent la voyance et des tours de magie dans les parcs ou dans la rue.

Ibn Khâldoun, né à Tunis d’une famille originaire du Yémen et établie en Andalousie, comme Léon l’Africain décrivent déjà ces populations qui se distinguent par les arts et la musique et se différencient des autres tribus. Ibn Khâldoun premier sociologue de son temps et qui rédige « Une histoire des Berbères » réalise qu’un peuple proche mais différent existe proche des hilaliens et issus des Balkans.

Après la guerre d’Algérie, arrivés en nombre à Marseille, on les surnommera les gitans pied-noirs venus de Tunisie et d’Algérie. Dans le campement Fenouil, terrain qui accueillera de nombreux réfugiés, on réalise que certains Rroms venus d’Algérie parlaient encore l’espagnol et dansaient le flamenco, une lignée qui a quitté l’Espagne et l’Inquisition, un pont existait déjà entre l ‘Andalousie maure et les pays d’Afrique du Nord, il suffit de voir le parcours d’Ibn Khâldoun.

En Syrie, les Doms ont fui la guerre et se sont réfugiés dans les pays voisins, parfois ils se disent seulement syriens pour ne pas être stigmatisés, au Kurdistan, ils se disent Kurdes et son appelés Qurbat, Zott en Iran, Ghorbat en Irak,  un groupe actif de Dom s'est établi à Jérusalem, mais un fin observateur connaissant la langue rromani, ou domari reconnaîtra comme lieu de géographie et identitaire des Rroms, cette langue qui se mêlant à d’autres parvient à se transmettre et identifiable entre toutes car d’origine sanscrite et dont les dernières réminiscences pour certains groupes nous permettent de les identifier.

Les Rroms du Moyen-Orient est un volet encore peu connu, tant on les a confondus avec des peuples nomades ou bédouins, ou berbères ou que sais-je encore.

Mais comme partout, depuis toujours, depuis la nuit des temps, les Rroms ne se laissent pas dénombrer de manière précise, car quant on commence à les compter, ils savent qu’ils risquent de disparaître et que c'est le seul objectif du recensement. 

Combien de Gitans au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ? Seuls eux  peuvent y répondre. Un chiffre de cinq millions a été avancé au Moyen-Orient avec une majorité en Syrie.

Sujet peu renseigné par des sources écrites, nous avons toutefois beaucoup de traces orales en Afrique du Nord.  Donc continuez à témoigner de ce que vous savez selon la tradition orale. 

 

Pour ma part, j’ai croisé les voyantes alors que j’étais petite sans doute d’origine tsigane en Tunisie et on ignorait qu’elles l’étaient, les attribuant à un groupe berbère, elles allaient d’une maison à l’autre dire la bonne aventure en lisant les lignes de la main. Elles sortaient toujours d’un air mystérieux de leur sein un sachet rempli d’herbes magiques pour envoûter ou enlever le mal. Tous les matins, une « degezze » s’arrêtait devant mon portail et j’adorai la regarder, elle tenait pour moi du mystère et nourrissait tout mon imaginaire.

En Egypte, j’ai pu voir les Ghawazi danser dans des cabarets, je n’avais jamais vu un tel spectacle et ce fut la première et la dernière fois. Je pense que les Islamistes ont fait le reste du travail et les effacer du paysage égyptien.

En Italie, dans les camps rroms, j’ai identifié un groupe familial de gitans d’Algérie qui parlaient, le rromani ou le domari,   l’arabe, le français et l’italien, ils faisaient du café à l’oriental assis sur des tapis en écoutant Om Kalthoum. J'étais stupéfaite de découvrir des Rroms d'Algérie dans un camp italien, tous d’une beauté saisissante.

 

Les Banat Mazin de Luxor, les dernières Ghawazi (1967)


3u-Massin sisters, Luxor, Egypt--some of the last performing Ghawazee.jpg

 

 

THE ROMANI TRAIL  

https://www.youtube.com/watch?v=OqgjYybGllY


 

Nawar de Jordanie


 

El gitana del desierto 

 

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Commentaires

Un tout grand MERCI pour ce très enrichissant historique!
Bon dimanche pour Vous

Écrit par : lovejoie | 14/05/2017

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