30/04/2017

Les Rroms de Colombie à l'épreuve de la paix

DSC00502.JPGBogota- Un Rrom représentant de sa Kumpania (patrigroupe familial), -  ils sont une dizaine venus de tous le pays - ,  se lève devant les membres du Ministère de l’intérieur colombien  et les interpelle, la séance qui se déroule dans une salle de réunion d'hôtel, a pour but d'écouter les revendications des Rroms dans le cadre du processus de paix signée à Cuba, à la Havane  avec les FARC et de sa mise en pratique. Une paix tirée au forceps et pour laquelle de nombreux Colombiens interrogés trouvent que les négociations ont été mauvaises, mais que mieux  vaut  mettre le poing dans sa poche pour les générations futures et offrir la paix à leurs enfants malgré la douleur des morts et des déplacés. 

Pour les Rroms, c'est la première opportunité historique  de sortir de l'ombre, les accords de paix prévoyant une place pour les indigènes dont les Rroms et leurs droits entiers, sans exclusion et sans discrimination avec une reconnaissance totale de leurs spécificités. Ils ne veulent pas manquer le train en marche. 

Le chef  interroge la délégation gouvernementale colombienne : 

"Que savez-vous de la culture rrom, que savez-vous de notre langue ?  Que savez-vous de nous, on n’a jamais existé à vos yeux. Combien sommes-nous, le savez-vous ? Pour vous,  nous sommes un peuple invisible, nous sommes le peuple de l'ombre" . En face, profond silence ! 

Avec les accords de paix et la mise en place d’un processus rapide d'implémentation des accords et  de leur mise en oeuvre gouvernementale appelée “Fast track” et qui met fin à plus d'un demi-siècle de conflit armé, les Rroms de Colombie ont décidé de sortir de leur statut d’invisibles et d’entrer dans l’Histoire par la grande porte. La tâche est grande tant ils sont peu connus. On en recense plus de 4'000 en Colombie, six millions en Amérique latine. 

Consultation politique, reconnaissance de leur statut de groupe ethnique par la création d’une circonscription qui leur serait propre, la 17ème sur les 16 autres qui regroupent des réalités territoriales spécifiques, le peuple itinérant ne veut pas rentrer dans cette logique administrative qui ne leur correspond en rien. Etre associés sans distinction aux autres groupes ethniques leur paraît impossible.

DSC00505.JPGDroit à l’éducation, droit à la santé, droit à la reconnaissance de leur identité propre, de leur langue, de leurs coutumes. Ils expliquent comment ils ont vécu le conflit armé, les déplacés, les assassinats, même invisibles, ils ont été frappés de plein fouet, et eux aussi, comptent  leurs morts et leurs disparus. L'homme qui est assis à côté de moi, raconte, la voix étranglée,  la disparition de son frère et de toute sa famille sauvagement assassinés dans leur finca. Quelles réparations jusque-là ?  L'Unité des Victimes, n'a même pas pris sa demande en considération.

Ils demandent aux representant du gouvernement de pouvoir participer aux discussions à la Havane qui se tiendront prochainement pour défendre la paix, eux qui ont toujours été un peuple de paix, ils veulent s’assurer d’être associés aux discussions et non plus rester les exclus, les rejetés, les laissés-pour compte.

A la commission nationale du dialogue du peuple Rrom, organe de consultation des Rroms, les femmes y sont très présentes, elles parlent tantôt en romanès,  tantôt en espagnol. 

Invisibles pour la Colombie mais aussi pour le reste du monde. Aujourd’hui, on dénombre plus de 6 millions de Rroms en Amérique latine. Les premiers débarqués en Colombie, sont arrivés lors du troisième voyage de Christoph Colomb vers le Nouveau Monde, en 1498. Embarqués de force, ou clandestins fuyant l’Espagne, interdits d’y mener leur mode de vie sous menace d’emprisonnement, fuyant l’esclavage en Valachie, fuyant le nazisme, les Rroms sont arrivés par vagues successives  au cours des siècles.

En Colombie, pour la première fois, ils veulent eux aussi participer à  la construction de cette nouvelle ère porteuse de paix, ils veulent devenir acteurs de leur vie et prendre ce tournant historique. Il leur aura fallu attendre six siècles pour passer de l’ombre à  la lumière. 

Baxt tai sastimos

Les femmes, intellectuelles engagées et Rroms prennent la parole 

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A lire

Les droits spécifiques des minorités ethniques et culturelles dans l’Accord de paix entre les FARC-EP et le Gouvernement colombien du 24 août 2016
Droits des minorités (Colombie)

https://revdh.revues.org/2526

27/04/2017

L'odyssée des Rroms de Colombie

5844329.image_.jpg"Sont passés et passent encore en Inde quelques gitans et vagabonds, qui utilisent leurs coutumes, leur langue, et continuent à vivre de manière déconcertante parmi les Indiens, qu'il est facile d'influencer par leur simplicité naturelle et qui dans ces royaumes de Castille (sur laquelle notre justice ne parvient pas à effacer les dégâts qu'ils causent) sont si préjudiciables qu'il est nécessaire qu'en Inde, à ces grandes distances, que ce soit ce peuple ou d'autres, qui parviennent à couvrir ou dissimuler des vols, d'appliquer le moyen le plus efficace pour combattre un contact si pernicieux avec des gens si mal inclinés. Envoyons aux vice-rois, présidents, gouverneurs et à nos juges et prévenons-les avec le plus grand soin que nous les informons que nous connaissons véritablement la présence dans les provinces, de Gitans, ou vagabonds paresseux et sans emploi, qui pratiquent leurs coutumes, parlent leur langue, professent leur art et leurs mauvais traitements, volent et font de la magie, puis envoyons ceci dans les royaumes, qu'on les ramène sur les premiers navires avec leur femme, enfants et domestiques et qu'ils n'aient plus aucune raison , sous aucun prétexte de revenir en Inde, ou dans les îles adjacentes."

Loi approuvée par Felipe II en Elvas, le 11 février 1581

Arrivés après maints exploits en Amérique latine lors du troisième voyage de Christoph Colomb, malgré les navires encalminés, après avoir échappés aux corsaires, à la faim, à la maladie, à la soif, les Rrom posent les pieds sur le sol sud-américain, un 13 juillet 1498.
Les conquistadores confondirent d'abord le Nouveau Monde avec l'Inde et ce continent qu'ils voulaient peupler à tout prix, les fit craindre que des Rroms puissent exercer une mauvaise influence sur ces Indiens en voie de conversion forcée et réduits à l'esclavage et leurs efforts d'imposer "leur civilisation" réduits à néant.

D'abord expulsés et emmenés vers le Nouveau Monde, les voilà donc interdits et menacés d'être ramenés en Espagne. Les Gitans s'enfoncent alors dans les terres pour échapper au décret qui menace de les ramener dans ce royaume où l'Inquisition continue à frapper les innocents. Ils deviennent par conséquent invisibles, une invisibilité qui a perduré tout au long des siècles et qui s'étend jusqu'à aujourd'hui sous d'autres formes.

Initialement venus de l'Inde au XVème siècle de la région du Pundjab et Sindh (Pakistan), ils fuyeront d'abord l'invasion violente de l'Islam en se déplaçant vers l'ouest du pays, - ce sont des castes d'artisans originaires depuis des milliers d'années de la rive orientale de l'Indus- , les conquêtes mongoles les pousseront à nouveau plus loin, vers l'Europe cette fois-çi où leur art et savoir-faire sont accueillis à bras ouverts dans une Europe encore moyenâgeuse.

Les Rroms de Colombie continuent à parler leur langue d'origine, le Romanès dont les racines sont le sanskrit et à notre plus grande surprise, on les voit continuer à fabriquer entre autres objets en cuivre, des samovars, un savoir-faire transmis de père en fils et ce depuis les rives orientales de l'Indus.

samovar.pngOn recense plus de 4'000 Rroms en Colombie, plus de 6 millions en Amérique latine, une majorité au Brésil. Les traditions sont restées bien ancrées, les enfants apprennent en plus de la langue du pays dans lequel ils vivent, la langue de leurs ancêtres et les artisans continuent à fabriquer ces objets en cuivre qui se vendent sur les marchés comme des objets d'art tant ils sont d'une facture parfaite. Un art transmis d'une génération à l'autre.

 

 

 

 

Le drapeau des Rrom proche de celui de l'Inde , une roue dans les deux cas.

DRAPEAU RROM

La roue rouge, chakra, avec 16 rayons

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DRAPEAU INDIEN

Au centre Chakra d'Ashoka , une roue bleue avec  vingt-quatre rayons.

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A lire

Les droits spécifiques des minorités ethniques et culturelles dans l’Accord de paix entre les FARC-EP et le Gouvernement colombien du 24 août 2016
Droits des minorités (Colombie)

https://revdh.revues.org/2526

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