19/08/2015

Samaritain de La Courneuve - Mieux vaut un bidonville que le néant !

bidonville-main.jpgLe projet de fermeture imminente du bidonville Samaritain de La Courneuve, où vivent 80 familles,  soit 300 habitants,  relance le débat de quel habitat pour les plus précaires. Comment loger des migrants qui ont tout laissé derrière eux.  Pour les moins imaginatifs, certains sont même allés à proposer d' enterrer vivants des réfugiés dans des abris de protection civile, comme à Genève. 

Férue de Hundertwasser, je soutiens que la question du logement doit rester au cœur du débat humaniste et d’autant plus lorsque ces abris de fortune construits au fur et à mesure des années finissent par créer un espace dans lequel chacun, tant bien que mal s’est reconstruit une vie; a établi un rapport de voisinage, et a vu naître des cours de jeux improvisées. Et on s’étonne de voir qu’une organisation sociale tissant des liens entre les uns et les autres a pris corps au milieu de cet enchêvetrement de tôle et de bois, de masures qui prennent des allures de pièces, puis de chambrettes, des pièces qui reconstituent tant bien que mal nos logements, avec cuisine et pièces communes.

Dans les années 1960, on voyait arriver des Algériens engagés pour leurs bras venir par milliers et entassés dans des baraquements, l’Etat s’est cru obligé de les confiner dans des immeubles gris, faits de ciment et de tristesse. Des bâtisses sombres de lignes droites  qu'avait en horreur l'artiste-architecte autrichien "  La ligne droite est un danger créé par l’homme car elle est étrangère à la nature de l’homme, de la vie, de toute création … "

Quelques décennies plus tard, on les explosera  à la dynamite, convaincus que faire vivre des personnes dans des cages à lapins les isolent, les destructurent, les  réduits à vivre dans des ghettos susceptibles de n’engendrer que de la violence et qui excluent  au lieu d’intégrer.

Pour ma part, je me souviens  dans les années 90, des bidonvilles, en Italie,   dans lesquels vivaient des Rroms ayant fui la guerre en Yougoslavie. Cabanes, roulottes, puis une organisation sociale qui émerge du chaos.  Des plantes devant les maisons, des chats, des chiens, des poussins, des enfants qui jouent. Chacune des familles avait l’impression de s’être reconstruite  grâce à une ingéniosité sans pareille , un lieu où il faisait presque bon vivre, où l’on se sentait  presque chez soi. Il fallait naturellement installer, l’électricité et l’eau courante pour que le bidonville devienne enfin vivable.

 

Détruire tout cela pour aller où, aujourd’hui ? Travailler avec acharnement sur l’exclusion et détisser les relations créées entre les familles qui vivent au Samaritain depuis des années, là où des enfants sont nés et ont grandi ?

 

Les architectes soucieux d’écologie pourraient s’inspirer des bidonvilles pour analyser et comprendre comment sur la base de rien, on recrée du lien à partir de peu, une convivialité  reconstituée au milieu du bric et du broc tissé de couleurs. 

Mieux vaut un bidonville aménagé  qui continuera à s’améliorer que de bousculer ce fragile équilibre pour finalement ne se soucier que d’une chose : cacher la misère ! La réduire en poussière à coups de pied rageurs.

 

Faire disparaître des bidonvilles, à défaut d’autre vision, n'est pas une solution car rien n’est vraiment proposé en contrepartie, si ce n’est une destruction radicale du peu qui existe et qui a pris timidement forme.

 

Manque de vision, manque d’humanisme. Hundertwasser, médecin de l'architecture   ! Au secours.

 

L'idée d'un concours d'architecture : quel habitat idéal pour des réfugiés et des personnes précaires ?

 

 

 

 

 

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