31/10/2011

HONGRIE - Les larmes du ghetto de Gyöngyöspata

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Jeudi 13h- Tout est calme dans ce village de 2'800 habitants, trou du cul de Judas, dont personne n'aurait dû en entendre parler . Gyöngyöspata est rarement mentionné sur les cartes routières et pourtant ce petit village est devenu le centre de tous les regards depuis que les milices Véderö au printemps y ont installé leur camp d'entraînement avec laser, berger allemand, matraque et surtout toute leur haine. Par la suite Jobbik, le mouvement d'extrême-droite néo-fascisant s'est imposé par la force à la tête de la mairie et a décidé de lancer son programme en transformant le ghetto - un parmi les 1'100 répertoriés en Hongrie-  où habitent 450 Rroms en laboratoire-test et en forçant les Rroms aux travaux obligatoires.

 

 

P1040390.JPGUn calme étrange après la tempête médiatique , les rues sont désertes, même chats et chiens semblent faire profil bas, un silence qui plane et qui en dit long.  Une voiture de police ralentit , il paraît que nous venons de croiser de peu la  visite de Gábor Vona, chef du parti Jobbik, là,  5 minutes plus tôt et qui a  fait un passage-éclair dans le ghetto certainement pour apprécier l'avancée de son programme-pilote. Le ghetto se situe en bas du village, il faut emprunter une pente raide et méchante de terre battue pour parvenir au milieu des quelques maisons délabrées. Ce sont 126 familles vivant sur trois générations qui se répartissent dans une vingtaine de maison. Les routes,  des chemins de terre sont à peine dessinées. Les  maisons du ghetto se situent à proximité d'une rivière dont chaque crue fait des ravages et peut  se targuer d'avoir déja noyé bien des gens.

 

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Janush, nous attend, à notre arrivée,  il surgit précipitamment de chez lui et nous montre la caméra de surveillance installée sur le poteau électrique,  droit sous ses fenêtres. Les policiers tournent autour de notre voiture.  Notre hôte nous happe littéralement à l'intérieur de la maison. Les deux uniformes s'éloignent un peu hésitants mais ne peuvent guère intervenir, nous sommes en visite privée chez un particulier.

Janush Farkas senior est  vice-président du Mouvement national Rrom des droits civils.  Comme il se plaît à le souligner, il est  un paysan investi depuis 21 ans dans la vie politique pour sa communauté et personne ne pourra lui enlever cette expérience.  Le Martin Luther King de Gyöngyöspata, il crie à la révolte depuis que les milices ont débarqué dans son village devenu le fief de l'extrême-droite.  Leur vie déjá si précaire ne ressemble dorénavant à plus rien, du moins, on ne peut plus appeler cela une vie. Sa femme, ses enfants et le reste du village  restent traumatisés par le défilé de ce terrible mois d'avril, où une nuit, 7'500 hooligans hongrois supporters du Újpest scandaient d'une voie sombre et caverneuse, à  faire trembler les murs, "Ria- Ria-Hungaria!", en tenant des torches et en marchant au pas militaire le bras tendu à la façon des hitlériens.   Ils venaient provoquer ce ghetto de pauvres, le commissaire affolé a du donner ordre aux Rroms de tous rester cachés chez eux et surtout de ne pas sortir sous peine d'être battus, voire tués. Il montre son coeur qui depuis cette nuit,  va mal, s'emballe pour un rien,  sa femme, Clara,  doit prendre des anti-dépresseurs. Des dizaines d'autres familles, se sont enfuies pour le Canada. C'est devenu un lager ce ghetto, sur le modèle de ceux qui se trouvaient être en Pologne selon le témoignage des  proches de Janush qui ont vécu dans les  camps.

Mais lui, Janush ne partira jamais : "la Hongrie, c'est mon pays, je suis Hongrois, cela fait 600 ans que nous sommes là. Ni  les crues  de la rivière, premier fléau, ni Jobbik , le second, ne nous feront quitter ce pays et ce village. Malgré la terreur physique, psychique, spirituelle, nous ne renoncerons pas à la Hongrie.

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Ils utilisent une méthode de harcèlement constant auprès des Rroms du ghetto. 4 policiers sont engagés à plein temps pour nous contrôler et nous amender de facon arbitraire. Pour exemples, une femme pousse la poussette de son enfants au bord de la route parce que les trottoirs sont quasi inexistants ou troués de nids-de poule et inaccessibles pour un véhicule á roulettes. Les policiers lui infligent une amende pour n'avoir pas utilisé le trottoir. Un enfant de 5 ans fait pipi au bord du chemin de terre, et encore une autre amende, elles pleuvent comme la septième plaie d' Egypte.  On nous reprend d'un côté,  ce que l'on vous donne de l'autre. Ici, c'est l'apartheid. des amendes de 10'000 (environ 33 euros) , 35'000 forint Hongrois à donner, alors qu'on n'a même plus de quoi manger.

Concernant les enfants, on nous envoie des psychologues qui après des tests concluent  qu'ils sont  sont arriérés mentaux et qu'ils doivent aller dans les classes spéciales, tout ceci parce que dans les classes hongroises normales, ils ne veulent pas de nos enfants. D'autres psychologues de Budapest, totalement neutres,  viennent et disent tout le contraire, que nos enfants sont vifs et intelligents.

Il y a un racisme, une ségrégation insidieuse qui empoisonne la vie des gens.  Et ce sont toujours quoiqu'il arrive les Rroms qui ont tort, il n'y a pas de justice. Depuis la chute du régime communiste, nous sommes plus seuls que jamais, discriminés et abandonnés à notre sort. Au moins avant nous pouvions tous travailler, emprunter de l'argent à la banque, nous avions des petits salaires, mais des emplois fixes, c'était un vrai système plus démocratique que celui actuellement mis en place.

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Après les dernières crues, trois familles ont du être relogées ,  la Croix-Rouge avait réuni de l'argent pour la construction de maisons ailleurs dans un autre quartier avec des Hongrois. Ceux-ci se sont farouchement opposés à leur arrivée. Et la campagne de haine de racisme via sa chaîne TV  Barikad (Barricade) Jobbik sa campagne haineuse et destructrice n'a rien arrangé.  Ils ont profité de la mort de Josef Toth, un villageois,  qu'on a retrouvé pendu chez lui pour nous faire porter le chapeau. Mais Josef, un vieux retraité qui s'entendait bien avec nous, même il nous rendait des services en nous véhiculant sur ses machines agricoles contre quelques pièces,  n'a jamais eu le moindre problème. Jobbik a déclaré qu'il s'est pendu parce qu'on l'avait torturé. Heureusement, l'enquête de police a conclu aux vraie raisons de son   suicide entraîné, en réalité,  par un cancer déjá trés avancé et que Josef ne le supportait plus et c'est ainsi que nous tous , à notre étonnement, nous avons appris qu'il était très malade, qui l'aurait soupçonné, cet homme, cet ami qui n'a pas pu partir avec son secret  ?

Nous quittons Janush pour nous rendre auprès des travailleurs Rroms recrutés pour le nouveau programme de travaux forcés.

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C'est l'heure de la pause des travailleurs, à  grandes enjambées on parcourt les 5 kilomètres qui nous mènent au sommet de la colline là ou travaillent une quarantaine des Rroms. Cette colline si riante aux dégradés chauds et chatoyants d' un automne encore joyeux, si généreux en lumière et en éclat doré.  Le carillon léger des cloches de l'église du petit village fend l'air et parvient jusqu'à nous comme un triste glas. Lugubre tocsin annonciateur des libertés bientôt enterrées. Un carillon léger enseveli sous le bruit de bottes lourdes et écrasantes, témoins de l'omniprésence d'un extrémisme assourdissant et qui transforme tout en fureur épouvantable.

 

 

 

 

P1040480.JPGOn arrive essouflés, les travailleurs prennent leur pause, ils sont assis entrain de discuter et de fumer. Lorsqu'on leur demande ce qu'ils en pensent de ce travail forcé,  les Rroms eux haussent les épaules, impossible de savoir ce qu'il faut en penser.De toutes les façons, ils n'ont pas le choix.  Pour 8-10 heures par jour, ils gagnent environ 150 euros par mois, le salaire miminum est d'environ 350 euros . Ils sont répartis en deux groupes, un premier groupe qui défriche le chemin de terre avec de vieux outils et avec leurs mains au sommet de la colline, il paraît que des milices y installeront une base militaire pour observer et surveiller en bas de la colline le ghetto confiné avec aussi des caméras de surveillance. Ces  travailleurs rroms  ont aussi travaillé pour le compte de propriétaires  pour débroussailler les chemins privatifs. Un second groupe est chargé de participer á la rénovation du poste de police de Gyöngyöspata.

 

 

 

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Une dame âgée de 57 ans est assise et discute de ses  conditions de travail, de toutes les facons, elle sait qu'elle n' a pas le choix, elle est grand-mère de six petits-enfants et il faut bien les nourrir. Mais, elle espère vraiment tenir jusquà la retraite, en espérant réussir à continuer à   travailler dans ces conditions difficiles.

Une Hongroise du village faisait remarquer que ce programme établit par le Jobbik n'a aucun sens. On occupe bêtement les Rroms avec l'argent du contribuable pour leur faire faire des travaux dont on verra les résultats que dans dix ans (il est aussi prévu de leur faire planter des arbres ). Alors que Jobbik  s'il prétend trouver des solutions et bien qu'il relance un vrai programme économique comme réouvrir les usines de la région, la raffinerie de sucre et de proposer du travail á tout le monde, pas seulement aux Rroms mais aussi aux Hongrois. Aujourd'hui, nous avons tous besoin de travailler, au lieu de cela, avec leur idée bête,  ils arrivent encore á jeter l'argent de nos taxes par la fenêtre.  Elle soupire un peu lasse :"Ce travail qu'on leur fait faire est un non-sens."

 

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Pour un autre Rrom de Budapest, c'est comme obliger un condamné à creuser sa propre tombe pour ensuite le flinguer et le pousser dans la fosse, ces travaux en vue de la préparation du camp des milices ou des militaires allez savoir et de la rénovation du commissariat de police se résument á cette image. Les Rroms sont des condamnés qui creusent leur propre tombe !

Il est l'heure de repartir, nous redescendons quasiment en courant parmi les hautes herbes pour nous diriger droit sur le ghetto.

Un fait troublant qui me dérange, je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Dans la cuisine quelque chose qui dérange, qui titille ma conscience, qui perturbe l'âme. Je tâtonne, repasse tout en revue; l'horloge, les photos de mariage, le vieux frigo qui hoquette à force d'être vide, le formica grenat de la table, les  peintures jaunes du mur, la lampe suspendue, les expressions sur les visages tantôt souriants tantôt tristes.  De mémoire je revois tous les détails, les  après les autres. Et ça y est, enfin, ça remonte à la surface  ! Lorsque Janush, aussi grand-père  est allé chercher ses petits-enfants á la sortie de l'école et qu'il les a ramenés á la cuisine, il n'y a rien qui  cuisait, ni réchauffait, ni grillait, ni mijotait, ni bouillait sur le gaz. Ces enfants de retour de l'école allaient juste devoir se contenter d'un morceau de pain. Il faut bien se serrer encore davantage la ceinture pour les payer les amendes arbitraires.

 

Suite á venir ,  interviews: avec Agnes Osztolykan, parlementaire Rrom. Jeno Zsigó, sociologue, musicien et éditeur du site  Andodrom.

Kristof Domina, chercheur à  l'Athena Institute de Budapest, qui est un observatoire  des mouvements extrémistes

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Crédit photos D. Chraïti

Cet article et les photos sont soumis au droit d'auteur et  ne peuvent  être utilisés qu'après approbation de l'auteur dchraiti@infomaniak.ch

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13/10/2011

Gyöngyöspata - Le laboratoire-test du néo-fascisme

thimage.aspx.jpegLe village Hongrois de 2'800 âmes se trouve à moins de 100 km de Budapest au Nord du pays, bourgade qui  donne froid dans le dos. Il est devenu un laboratoire-test  des méthodes fascistes du Jobbik qui a gagné l' élection municipale  partielle grâce au coup de force des milices qui ont tout simplement installé, Oszkár Juhász, en poussant l'ancien maire à démissionner.

Ce village aux allures de carte postale revêt un manteau d'un brun douteux, après les défilés des milices fascistes de Magyar Garda et des Véderö (Forces de défense pour un avenir meilleur ) issus de l'ancienne faction interdite Magyar Garda,  après l'installation d'un camp d'entraînement en mars  de ces  milices en bottes noires qui défilent en chantant des chants militaires, voilà revenu le temps du "STO", Service du travail obligatoire qui vise principalement les Rroms contraints de travailler et qui rappelle les pires heures de l'histoire.

Ce petit village est devenu le symbole de la montée de l'extrême-droite qui a su imposer ses méthodes. Le travail par la coercition des Rroms tenus de travailler sous la menace de ne plus toucher les allocations sociales durant trois ans. Ces mêmes rroms exclus qui vivent dans des maisons délabrées au milieu des chemins de terre battue qui à la moindre pluie se transforment en torrent de boue.

Des "camps de protection de l'ordre public" sont prévus. Les Rroms seront tenus d'y présenter un laisser-passer pour entrer et sortir du camp sous menace de ne plus en sortir à vie en cas de non-respect de ces règles.

Crânes rasés, uniformes noirs, insignes fascistes, des milices provoquent les villageois Rroms, urinent  devant leur maison sous le regard amusé des policiers complices. Ces milices sont,  aujourd'hui, parties et de nombreux rroms aussi.

Il est urgent de se poser la question : Qui pourra arrêter ces manoeuvres d'intimidation et de violence à l'encontre des Rroms ? Le Jobbik fait oeuvre de rouleau compresseur que plus personne ne peut arrêter et qui ne craint plus personne.

 

L'exemple de Gyöngyöspata pourrait s'étendre aux 700'000 rroms de Hongrie et faire taches d'huile sur le reste de l'Europe.

Nous sommes en droit de nous poser la question : la Hongrie est-elle encore un pays civilisé ? Où sont donc les voix qui s'élèvent face à cette situation, ou alors plus fort, s'il vous plaît,  car on ne les entend plus sous ce bruit de bottes. Comment les Hongrois peuvent-ils accepter qu'un groupe d'extrême-droite offre au regard du monde un tel paysage de désastre et de monstruosité à l'égard d'une minorité ? Faudra-t-il après les presque camps de travail, attendre les camps de la mort pour qu'enfin cette nation se réveille et les autres Européens avec, eux,  qui semblent profondément assoupis face à une situation d'urgence qui ne fait qu'empirer tous les jours ?

Il est temps de se révolter et de s'indigner:  ce qui se passe en Hongrie est inacceptable, odieux et inadmissible !

"Quand ils sont venus chercher les Rroms, je n'ai pas protesté , parce que je ne suis par Rrom"..........vous connaissez la suite............

 

En savoir plus sur Jobbik avec l'article suivant : Jobbik un parti "pornopolitique" qui donne des leçons de citoyenneté :   http://www.hu-lala.org/2011/10/13/jobbik-un-parti-pornoli...

"Le parti d’extrême droite Jobbik a déposé mardi au Parlement un projet de loi électorale inédit. Il s’agirait de restreindre le droit de vote à ceux qui ont un niveau minimum d’éducation, comme l’a annoncé son leader Gabor Vona, lors d’une conférence de presse." Devinez qui est dans le viseur ?

 

 

 

 

 

 

 

00:03 | Tags : gyöngyöspata, jobbik | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

12/10/2011

AU BONHEUR DES DAMES

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une magnifique photo signée ERIC ROSET photographe RP et un grand merci pour ce moment de joie
photo publiée avec accord du photographe

10:12 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

01/10/2011

LA HONGRIE MET LES RROMS AU TRAVAIL OBLIGATOIRE

                                                              

                                                             Article rédigé et signé par http://fr.myeurop.info  images.jpeg- Depuis le 1er septembre, en Hongrie,  le gouvernement nationaliste de Viktor Orbán oblige un millier de bénéficiaires d'allocations chômage, en majorité des Rroms, à travailler sur des chantiers publics. A terme, ce dispositif est censé toucher 300 000 personnes.

"Outils du XIXème siècle"

Sandor Szöke, à la tête du "Mouvement des droits civiques hongrois", s'est rendu sur le site de Gyönggyöspata: il décrit des conditions de travail indignes, l'absurdité de ces chantiers et l'absence de réaction de la population.

Il témoigne:

"Avant d'arriver sur le lieu de travail, les personnes doivent parcourir environ 7,5 km. Elles enchaînent dix heures de travail sur la journée. Elles nettoient un terrain boisé en vue de la construction de résidences pour la classe aisée. Les outils semblent tout droit sortis du XIXème siècle: on travaille à la faucille ! Il n'y a rien à disposition : pas d'eau, pas de toilettes, pas d'abri contre le soleil, pas de protection contre les guêpes... C'est humiliant. Le dirigeant du chantier, du parti d'extrême-droite Jobbik, n'a pas hésité à brusquer une dame de 58 ans à demi-paralysée pour qu'elle aille plus vite. La paye est de 180 euros bruts mensuels, pour un travail qui aurait pu être fini en une après-midi par des tracteurs."

Camps de travail pour Rroms?

Si le lieu de travail est à plus de 35 km, les travailleurs pourraient, alors, être obligés de dormir sur place dans des containers transformant alors, bel et bien, les chantiers en camps de travail.

 

Retour des grands travaux

Principale cible de ce programme : les Roms dont le taux de chômage avoisine les 50 % - faiblement qualifiés et victimes de discrimination à l'embauche, pousse de nombreuses  de familles à vivre  de l'aide sociale.

Mille chômeurs sont pour l'instant réquisitionnés pour participer à des travaux d'aménagement, sous peine d'être privés de leurs allocations. Ils sont répartis sur six lieux, de véritables "labos-test" avant l'extension du dispositif à des centaines de milliers de personnes dans les prochains mois. La Commission européenne a déclaré le 20 septembre ignorer l'existence de tels travaux.

Ce projet de travail obligatoire qui figurait dans le programme du parti Jobbik (extrème droite) a été repris par la droite nationaliste. Pire encore: le plan présenté par le gouvernement prévoit la construction de centres de logements collectifs, pouvant être dans certains cas des containers aménagés pour les personnes dont le lieu de résidence serait trop éloigné des chantiers.

Et pour surveiller ces camps, Viktor Orban, le premier ministre hongrois, a eu une très bonne idée : des policiers fraîchement partis à la retraite pourraient assurer la sécurité...",

Main-d'œuvre bon marché pour investisseurs chinois

Si certains sites d'extrême gauche ne se privent pas de comparer ce plan avec les méthodes fascistes - les camps de travail obligatoires gardés par des policiers ramènent aux pires heures de l'Histoire européenne - le Tageszeitung souligne, quant à lui, que "ce n'est pas un hasard si l'annonce de ces mesures intervient après la visite du Premier ministre chinois, Web Jiabao à Budapest.  La grande puissance asiatique veut racheter la dette hongroise mais aussi investir dans l'industrie et les projets d'infrastructures du pays". Et la possibilité de bénéficier d'une main-d'œuvre bon marché ne serait pas pour lui déplaire.

Le spectre du "camp de travail obligatoire" justifie les propos lancés par Daniel Cohn-Bendit, qui début juillet, aux termes d'une présidence hongroise ponctuée de polémiques, s'en était pris directement à Viktor Orban l'accusant de "dégrader l'Europe".

Je défendrai toujours la Hongrie contre les remarques et critiques, de Bruxelles ou d'ailleurs. La Hongrie n'est pas subordonnée à Bruxelles, Bruxelles n'est pas le centre de commandement de la Hongrie",

avait alors répliqué le dirigeant hongrois. Sauf qu'il est parfois de sinistres références qui devraient, on l'espére, obliger Bruxelles à taper du poing sur la table...

A l'annonce du programme en juillet, le quotidien allemand Die Tageszeitung estimait :

Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour comprendre que cette mesure vise principalement les Roms".

Szandor Szöke a pu le vérifier à Gyönggyöspata:

Sur les quarante travailleurs du chantier, 39 sont des Roms. En réalité, les Hongrois 'de souche' ont trouvé des justificatifs pour échapper à ce travail forcé. Ce que ne peuvent évidemment pas faire les Roms."

Ce n'est pas un hasard si le village de Gyönggyöspata est en pointe de la nouvelle politique. En avril dernier, une milice formée par le parti d'extrême-droite Jobbik avait défilé pour intimider les Roms et affirmer sa politique sécuritaire. Une démonstration de force qui a manifestement plu à la population puisque le Jobbik a gagné les élections municipales il y a un mois et demi.

Le peuple hongrois sans réaction

La dernière fois qu'un programme visait un groupe racial, c'était dans le début des années 1940 !",

s'insurge Sandor Szöke. Des propos qui peuvent sembler alarmistes, mais qui trouvent un écho dans certains détails du programme. En effet, le gouvernement  projette à terme d'encadrer les travaux forcés par des anciens de la Police et de l'Armée. A Gyönggyöspata, le parti Jobbik met peu à peu en place une gendarmerie,  un corps disparu en 1945 qui traîne une sinistre réputation... C'est cette gendarmerie qui mettait les juifs dans les wagons en partance pour les camps de concentration pendant la Seconde guerre mondiale ; elle encore qui sévissait lors de la dictature communiste. Mais le plus étonnant de l'affaire reste l'absence de réaction du peuple hongrois. Sandor Szöke explique:

Le populisme du gouvernement se nourrit de l'ignorance de la population, et inversement. La Hongrie n'a pas suffisamment travaillé sur son Histoire, donc celle-ci se répète. De 5 000 à 25 000 militants, tout au plus, s'affichent ouvertement contre ce programme. Le problème principal tient au fait qu'il n'y a pas d'opposition, pas d'alternative politique valable. Le Parti socialiste hongrois, le MSZDP, est vieillissant. Ses membres ne proposent plus rien, ils s'entredéchirent dans des luttes internes. De l'autre côté de l'échiquier, on trouve le Jobbik, crypto-fasciste et antiparlementaire... Enfin,la presse est muselé par les lois récentes instituant une pseudo-déontologie que doivent respecter les médias sous peine d'être sanctionnés financièrement."

Sources  : http://fr.myeurop.info/2011/09/26/le-travail-obligatoire-...

 

Lundi 19 septembre, le dossier du 20h de France 2 était  consacré aux travaux d'intérêt général des chômeurs -

 

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