20/09/2011

HISTOIRE DU PEUPLE RROM EN COLOMBIE -Chronique d'une violence sur un peuple invisible (1)

 

Butsule.jpgLa fin de kumpania de Itagüí

Le vieux Frinka (65 ans) était un homme respectable et non seulement dans la kumpania de Itagüí où il vivait mais aussi auprès d'autres kumpniyi du pays. Ses 65 ans lui donnaient l'expérience suffisante pour contribuer à résoudre les conflits et controverses qui se présentaient au sein de  son peuple.

En 1986, en un jour et un mois qui ne peuvent pas être précisés par la mémoire, pris  au dépourvu Frinka traversait une rue près du quartier Santa Maria en Itagüí , il fut poignardé  mortellement sur le dos, causant sa mort de manière instantanée. Le coup de couteau lui avait été donné avec tant de force et précision qui lui atteint  le cœur , « Avant de s'effondrer et de tomber au sol, il était déjà mort » , dit son fils Fardy.

Fardy signale en plus que son chef de clan familier avait été à plusieurs reprises menacé pour qu'il cesse d'investiguer auprès des autorités sur l'état et l'évolution des recherches . Certains Rroms pensent que les menaces que la famille pointent derrière cet assassinat se trouvaient des gens de grand pouvoir, liés à des organisations mafieuses.

Les menaces ont eu  leur effet, puisque la famille garda le silence, ne recommença plus à aller auprès des autorités et  le crime de cet honorable Rrom resta impuni.

L'étrange mort de Frinka a marqué le commencement de la fin de la kumpania d'Itagüí, laquelle après plusieurs décennies d'existence et en sa plus grande splendeur, fini pour se dissoudre du à ce que les chefs de clan des familles devant l'augmentation démesurée de la violence déclenché par le Cartel de Medellín dans sa guerre déclarée contre l'État, craingnant  pour leurs vies, se sont vus forcés de se déplacer vers d'autres villes du pays et vers l'étranger , principalement l'Argentine, le Venezuela et le Mexique. Ce déplacement de chefs de clan des familles Rrom qui composaient cette kumpania est passé totalement inaperçu et personne n'a trouvé étrange que les voyageurs Rrom finirent par s'en aller du lieu.

 

GitanosCaldereros.jpgJulupe, le doublement survivant

 

C'était pendant l'an 2008, Julupe ( 38 ans), voisin de la kumpania de Ciénega d'or ( Córdoba) qui au moment où il était en train de se reposer dans une modeste habitation de Pueblo Nuevo ( Córdoba) fut violement agressé par trois hommes inconnus qui entrèrent à l'intérieur de la maison et qui sans dire un mot se jetèrent sur lui, lui donnant une monumentale raclée, le laissant à terre, puis les agresseurs  le croyant mort, abandonnèrent  le lieu comme si de rien n'était.

Julupe se trouvait en Pueblo Nuevo en tant que part d'un groupe qui une semaine auparavant  avait entrepris dans toute la région ce qu'ils savaient mieux faire : faire du commerce avec des montures, chaises et outils. Ses familiers racontent que ça allait tellement bien ce voyage d'affaires , que  en peu de temps il avait réussi à acheter trois petits (luminaires ? lampes ?) et une motocyclette qu'il utilisait dans ses déplacements.

Un témoignage déclare que Julupe avait été signalé auprès  des groupes armés illégaux crées suite à la démobilisation des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC) lesquels agissent en larges zones de Córdoba comme faisant part des toiles logistiques des rebelles et que pour cette raison l'ordre d'assassinat avait été émis.

De nos jours Julupe vit encore en Ciénega de Oro mais les séquelles de l'agression auxquelles il  avait survécu par miracle, l'ont laissé incapable pour le reste de sa vie de travailler : il a des difficultés à bouger et un poumon affecté lui déclenche des permanents problèmes respiratoires.

Même au coeur des grandes difficultés économiques que sa famille traverse, malgré que les toiles de réciprocité et aide mutuelle de sa kumpania se soient mobilisés en sa faveur, Julupe, qui survit maintenant à  la vie même, avec entêtement insiste et rêve malgré  que son cas restera couvert pour toujours pas l'ombre de l'impunité.

PORTRAIT 1

 

Traits de l'histoire d'un "peuple sans histoire "

 

En accord avec le Procès Organisationnel  du Peuple Rrom (Gitan) de Colombie (PRORROM), un préliminaire parcours à travers l'histoire des Rrom, on doit prendre en considération huit moments clefs.

En un premier moment (1492 et 1570), la couronne espagnole pas seulement a permis l'entrée des Rrom à ses colonies américaines mais elle a songé au fait que la solution au  « Problème Rrom » dans la péninsule Ibérique allait passer par leur massive déportation vers les terres « à peines découvertes »

En un deuxième moment qui  s'est caractérisé par le fait que  l'immigration Rrom ver les Amériques a eu lieu de manière illégalle et clandestine (1570) à partir de l'ordre donné par Felipe II interdisant l'entrée des Rroms aux colonies d'outre-mer et exigeant  leur capture et déportation massive vers les  métropoles de tous ceux qu'allaient être trouvées sur ces terres .

Les Rrom alors, passèrent entre les mailles d'extrêmes contrôles coloniaux en se convertissant en un des principales groupes de populations qui furent connus come les « sous la pluie » terme utilisé à l'époque pour se référer aux passagers clandestins et aux émigrants irréguliers qui arrivaient en Amérique.

Un troisième moment de la présence Rrom apparait associé à l'allusion  réitérée dans les documents coloniaux des normes dirigées à mettre en règle ceux qu'on appelle les « vagabonds » lesquels avec leur façon de vivre nomade, libre et sans attachement pour la terre, défiaient systématiquement l'ordre colonial. Étant donné les efforts de la couronne espagnole pour assimiler les  Rroms à un modèle standard de soumis obéissant , la couronne arriva même à interdire l'utilisation du ethnonyme Gitano et autres similaires, on peut ainsi affirmer que sous le terme « vagabundos » se cachaient parmi d'autres groupes d'habitants les Rroms.

 

En un quatrième moment il faut tenir en compte que dans le commun dénominateur de certaines régions de ce qu'aujourd'hui est la Colombie , il y a eu l'existence d'une variété de « rebelles » , c'est à dire de groupes proches de gens qui vivaient en marge de l'ordre établi et que avec les  des années passées avaient réussi à configurer des petites sociétés alternatives au système de dénomination en vigueur  à cet époque. Entre les « rebelles » il y avait beaucoup de clans familiaux Rrom.

 

Le cinquième moment, autour de la moitié du siècle XIX, situe la période dans laquelle la propre histoire oral documente les clans de familles Rrom arrivés d'Espagne plus précisément de Catalogne et France qui arrivèrent en Colombie. Les témoignages des vieux Rroms confirment que dans le contexte des guerres d'Indépendance il était fréquent de voir des caravanes de groupes Rrom qui avaient des itinéraires établis le long des différents pays de l'Amérique du Sud.

Un sixième moment clé se suit approximativement entre 1821 et 1851, période pendant laquelle en Colombie et autres pays de la région décrétèrent d' importantes lois orientées pour l' abolition de l'esclavage, lesquelles  faisaient allusion de  préférence à celles que subissaient les descendants d'africains, pouvaient s'étendre aussi à celles qui supportaient d'autres peuples en d'autres lieux de la planète qui pouvaient entrer dans le pays.

Sans aucun doute cette situation a encouragé l'arrivée de nombreux groupes familiaux de Rroms, provenant surtout de Roumanie, lesquels entraient au pays en fuyant l'esclavage et parce que récemment ils avaient été libérés et ils arrivaient là à la recherche de nouveaux horizons

Le Septième moment peut se situer entre 1880 et 1950 quand les successifs gouvernements de Colombie adoptaient différentes dispositions légales pour  en même temps chercher de promouvoir l'immigration et la création de colonies d'européens dans le pays, tout en  interdisant l'entrée de peuples déterminés et groupes de population considérés comme indésirables.

Aux Rroms a été prohibée l'entrée au pays, indépendamment de la nationalité qu'ils avaient. Pourtant, malgré ces prohibitions et comme ils l'avaient déjà fait en d'autres époques, plusieurs groupes familiaux Rrom arrivèrent au pays, certains avec la volonté de s'établir et d'autres uniquement avec l'intention de continuer leur itinérance vers d' autres pays moins racistes et beaucoup plus tolérants.

Un huitième moment a lieu dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale quand certains petits groupes familiaux Rrom provenant principalement de Grèce, Russie et Serbie, arrivèrent au pays pour se sauver du O Porraimos littéralement « la dévoration », cet-à-dire, le génocide du peuple Rrom perpétué par les nazis en Europe. Cette date a été la dernière vague transatlantique de clans familiaux Rrom qui est arrivée au pays.

 

* Reporters de Colombie est une initiative de moyens pour la Paix, la Papale Université Javeriana et le Cinep-Programme pour la Paix. qui réunit journalistes de différentes régions du pays engagés à  couvrir de manière responsable  le conflit armé et les efforts de construction de la paix en Colombie.  www.reporterosdecolombia.net

 

**Les noms on été changés à la  demande des interviewés .

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Merci à Luzia pour l'aide à cette longue  traduction

 

 

SOURCE :

http://www.revistanumero.com/index.php?option=com_content&view=article&id=725

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Commentaires

Décidément, les Roms ont toujours dérangé, leur liberté nous à toujours fait sentir le poids de nos chaînes c'est sans doute une des raisons des persécutions subies encore de nos jours, considérez, le comportement du gouvernement Français à leur égard, le rôle de boucs émissaire qu'ils jouent toujours, comme si ils étaient cause de la délinquance dans ce pays, j'en ai honte...

Écrit par : jipe | 01/10/2011

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