18/09/2011

HISTOIRE DU PEUPLE RROM EN COLOMBIE -Chronique d'une violence sur un peuple invisible

 

COPIA1.jpg"Nous, les Rroms n'avons qu'une seule  religion : La liberté

Pour elle, nous renonçons à la richesse, au pouvoir, à la science et à la gloire.

Nous vivons chaque jour comme s'il était le dernier ."

Loin d'être étrangers ou récemment arrivés, les Rroms (Gitans) habitent dans ce pays  appelé aujourd'hui  Colombie, depuis l'époque de la domination hispanique de nombreux  siècles avant l'établissement de l'actuelle République. Originaires du nord de l'Inde, vers l'année mille de notre ère, les Rroms représentèrent la plus grande diaspora de nos jours qui n'en finit plus et que les a disséminés par les cinq continents.

L'arrivée  des Rroms vers l'Amérique s'est simultanément réalisée  avec l'invasion de ce continent par les Européens. On a pu  établir  que Christophe Colomb dans son troisième voyage en Amérique (1498) a inclus dans  son équipage quatre Rroms - identifiés à l'époque comme Egyptiens. Ils fuyaient la condamnation à mort ou la prison à vie en Espagne en acceptant le travail forcé dans les galères en route vers ce qu'on croyait être les  Indes en réalité l'Amérique.

De cette  époque à aujourd'hui le peuple Rrom dérange. Un peuple qui s'est trouvé confronté violemment au conflit armé interne de la Colombie. Des reporters de la Colombie, dans un partenariat avec la "Revista Numero", a voulu contribuer à la mémoire collective nationale, le vécu d'un peuple, souvent invisible aux yeux des Colombiens, mais qui a subi les effets du conflit armé comme des  millions d'entre eux.

 

Une mémoire et une résistance

Le peuple Rrom construit sa mémoire à partir des événements qui revêtent une signification pour son groupe propre. Dans des cas exceptionnels, il se remémore un fait historique d'un pays pour autant qu'il ait une répercussion sur sa propre histoire et qui permet de retracer une période de sa vie constitutif de son monde culturel et familier.

Par exemple un Rrom relate le fait qui serait arrivé il y a dix ans en se souvenant de la noce son fils mineur, alors qu'un autre Rrom pour se rapporter aux événements similaires pourrait prendre comme référence la réalisation d'une Kriss Romani (tribunal propre aux Rroms) à travers lequel a été jugé le cas d'un parent impliqué.

Chaque groupe familial Rrom tisse sa propre  histoire en faisant appel presque exclusivement aux référence qu'il a construites au cours de sa vie culturelle et familial , et en accordant aux mêmes événements des interprétations différentes selon un événement familial, tel que tel père a marié son fils et tel  grand-père qui a participé à une Kriss.

La mémoire des Rrom est sélective et malléable, dirigée pour le temps présent de façon fonctionnelle, ce temps présent dans lequel ils vivent et rêvent. Comme tout peuple nomade qui se  concentre que sur ce qui est réellement indispensable dans l'instant présent. Ils ne se surchargent pas de façon additionnelle pour être bien là ici et maintenant.

Aussi ce qu'il advient du  souvenirs qui permettent de  donner une forme et un contenu à sa mémoire, les Rroms ne peuvent pas s'offrir le luxe de s'attacher aux morts dans un lieu sédentarisé. Après avoir accompli les rituels que la tradition ordonne d'accompagner ses défunts de vie à trépas, les Rrom laissent définitivement derrière eux les morts pour éviter de créer un pont entre le monde des morts et des vivants et créer ainsi un déséquilibre dans le monde culturel des Rroms.

Face à ses morts, les Rros déploient un sentiment ambivalent qui va de  la crainte ouverte qui les envahit devant l'éventualité que ces esprits décident de revenir pour dévoiler un déshonneur passé ou présent, jusqu'au respect profond que l'on garde pour  les êtres intimes de la famille.

Sur la relation que les Rroms établissent avec leurs morts émerge deux questions. La première est que en pratique, les cimetières sont convertis en lieux tabou, et la deuxième, est qu'il n'y a pas  pire offense pour un clan familial  Rrom que ses morts soient dérangés par la colère d'un membre vivant d'un autre clan. Ils évitent ainsi de déranger la mémoire des morts et empêcher que leur présence vienne interférer dans le cours normal de la vie culturelle, sociale et économique.

A cette particularité du rapport aux morts, d'autres craintes sont enracinées, celles que les Rrom ont  pour  les institutions de la société majoritaire et surtout par la manière qu'on les Gadge (non rroms) de résoudre les conflits et controverses, des  scène d'hostilité de l'époque suffisent à inciter les Rroms à évoquer des faits violents dont ils ont été  victimes dans le contexte du conflit armé interne colombien.

Tableau désolant. Nous avons affaire à un groupe collectif qui ne veut pas surcharger sa mémoire avec des souvenirs douloureux, et qui ne lui plaît pas d'éveiller et moins d'en parler à propos de ses morts et qui sentent  que les gadge fouillent toujours dans  les vies de façon qu'on ne saurait décrire.

Malgré cela , à travers  PRORROM, le Processus Organisationnel du peuple Rrom, s'est établi un contact avec quelques membres de la communauté Rrom qui craignent de diffuser des fragments d'histoire  vécues de très de près ou relayées par  d'autres Rrom de cas de victimes du conflit armé.

 

Un peuple nomade subissant les assignations à résidence

mama_de_Lupe2.jpgEstebo, Carmenza et Yenni **, les trois Rroms qui ont offert leurs témoignages afin que ces fragments d'histoires de violence ne se perdent pas avec le passage inexorable du temps, constatent d'une même voix que le peuple Rrom est sorti de l'invisibilité coutumière dans laquelle il était plongé par un fait des plus paradoxal : c'est « grâce » au conflit armé interne qu'ils se sont rendu visibles, et c'est de cette même façon que les acteurs armés - légaux et illégaux - avec le gouffre de violence politique qu'ils ont déclenché, ont fini par affecter à ce conflit une telle importance qu'il n'y a jamais eu d'antécédents pareil dans l'histoire du pays.

C'est ainsi qu'un peuple traversa sans encombres toutes les multiples guerres civiles bipartisanes qui annoncèrent l'arrivée du XXe siècle.  Transcendant sans difficultés les actions armées de « Chulavitas » et de « Pajaros » perpétrées pendant l'époque nommée « Violence » des années cinquante, celui-ci supporta sans grands problèmes l'émergence et la consolidation de différentes organisations de guérilla. Le peuple trouva également le moyen d'esquiver les conséquences des guerres du narcotrafique du milieu des années 80, sans échapper pour autant au scénario de terreur générale provoqué durant des décennies par le phénomène des paramilitaires dont le pays n'a toujours pas réussi à se débarrasser.

Dans une communication envoyée le 25 juin 2006 de la « kumpania » de Bogota  à monsieur Walter Kalin, rapporteur  spécial des Nations Unies pour le Déplacement Interne, qui se trouve  dans des missions en Colombie,  Ana Dalila Goméz Baos, Coordinatrice  Generale de PRORROM, a écrit ceci : «  à la suite du conflit armé, on configure des territoires du pays où les Rroms exerçaient leurs activités économiques traditionnelles, lesquels par peur - soit dérivées de facteurs objectifs ou subjectifs - ne se font plus ou du moins pas avec la même fréquence et la même intensité qu'auparavant. Cette situation a été assumée par certaines kympeniyi (groupes familiaux différents faisant alliance pour vivre ensemble et partager les rituels de deuil) comme une sorte de confinement, qui, en empêchant la mobilité, a affecté leurs activités économiques, actuellement à des niveaux de précarisation jusque là jamais vu. Paradoxalement, alors que le nombre de personnes déplacées dans le pays a grandi ostensiblement depuis quelques temps, les Rroms qui, part leur nature se déplacent d'un lieu à l'autre, n'ont pu le faire comme autrefois. »

Estebo, loquace par excellence, a les mots précis pour décrire avec éclat la réalité que son peuple vit. Face à la question qui fut pour les Rroms la conséquence directe du conflit armé interne, il médite un moment et nous livre cette affirmation simple mais accablante : "notre pays s'est rétréci".

(Un grand merci à Julia Chraïti-Martin pour l'aide à la traduction du deuxième paragraphe)

 

PROCHAINEMENT SUITE LE TEMPS DE CONTINUER LA TRADUCTION

El fin de la kumpania de Itagüí

 

SOURCE :

http://www.revistanumero.com/index.php?option=com_content&view=article&id=725

 

 

 

 

 

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