22/01/2010

Lettre ouverte au Conseil d'Etat de la République et Canton de Genève

Genève, le 21 janvier 2010

Monsieur le Président du Conseil d'Etat, Mesdames et Messieurs les Conseillers d'Etat,

La présente fait suite à la publication de votre communiqué de presse d'hier annonçant que le Conseil d'Etat charge la police d'interpeller et d'appréhender les mendiants accompagnés d'enfants ou les mendiants mineurs, de signaler ces cas au Service de Protection des mineurs (SPMi), de conduire les mineurs avec ou sans leurs parents au sein de ce service qui pourrait prononcer une clause péril, c'est-à-dire le retrait immédiat du droit de garde des parents sur l'enfant et le placement de celui-ci.


L'association MESEMROM entend dénoncer vivement ces mesures incisives et injustes prises à l'encontre des Rroms de passage à Genève avec leurs enfants.


Nous nous indignons que le Conseil d'Etat n'ait pas tiré les leçons de l'histoire en marchant dans les pas de Pro Juventute, plus précisément dans ceux de l'Oeuvre des enfants de la grande route qui a sévi de 1926 à 1973.


Est-il besoin de rappeler que sous le couvert d'une motivation sociale, des centaines d'enfants tziganes ont été, à l'époque, arrachés à leur famille et placés dans des familles d'accueil. Les activités de l'Oeuvre des enfants de la grande route ont unanimement été qualifiées par la suite comme étant un génocide culturel.


Nous déplorons aussi que cette décision du Conseil d'Etat ait été prise à la hâte et sans aucune concertation avec les acteurs de la société civile proches de la population visée.


Partant sans doute d'un bon sentiment, elle heurte cependant le sens commun dans la mesure où elle revient à une nouvelle mesure discriminatoire et arbitraire frappant une population vivant, faute d'interventions nationales et internationales efficaces, dans des conditions de précarité et de misère extrêmes.


Nous rappelons  que les Roms mendiant à Genève ne séjournent dans notre ville que pour une durée très limitée. S'ils vivent sans logement et sans emploi, ce n'est certes pas par choix délibéré. L'émigration, assortie de la mendicité, constitue un acte de survie en réponse aux discriminations (dont celle de l'accès au marché du travail) dont sont victimes les Roms, notamment en Roumanie.


C'est dans le contexte des instructions que vous avez données que ce matin, à 6 h 30, des policiers du poste de police de la Servette sont intervenus à l'Armée du Salut et ont emmenés trois enfants âgés de 9, 6 et 3 ans, alors qu'ils dormaient et se trouvaient en sécurité avec leur mère.


Malgré nos interventions tout au long de la journée, nous n'avons pas pu savoir ce qu'il est advenu tant de cette maman que de ses enfants, alors que leur père est au désespoir et que nous ne pouvons répondre à ses questions légitimes.


De manière plus générale et forts d'une vision pragmatique, nous demandons aux autorités genevoises de préciser le but réellement visé - qui ne saurait être un nouveau moyen de tenter de les exclure de notre ville - et d'exposer la suite des mesures qu'elles proposent, celles-ci ne pouvant se résumer à appréhender et à retenir/détenir enfants ou parents.

Si nos autorités souhaitent, avec un certain angélisme, assurer des conditions de vie et une éducation appropriée à ces enfants, il conviendra de leur accorder un droit de séjour à long terme, de même qu'à leurs parents, ce qui présuppose aussi des logements et des possibilités de travail.

Une fois de plus, nous attirons l'attention des autorités sur le fait que des mesures coercitives, voire des sanctions pénales, n'apporteront en aucun cas une solution à une problématique liée à la misère, qui ne peut être résolue qu'avec une collaboration active et positive, sur place, des autorités des pays d'origine des Rroms se trouvant à Genève.

Ce n'est que par des interventions politiques efficaces, voire des appuis financiers, sur place, visant à l'éradication des injustices sociales et des discriminations dans ces pays que les autorités genevoises contribueront à ce que les enfants Rroms puissent, à terme, être scolarisés et qu'ils puissent bénéficier des bienfaits de l'éducation.

Nous formulons enfin le vœu que l'histoire sombre de la Suisse ne se répète pas à l'occasion de cette dernière prise de position qui déploie des effets d'une injustice inacceptable et dont les aspects pratiques et le suivi à long terme nous laissent pantois.

Vous remerciant de l'attention que vous porterez à la présente, nous vous prions de croire, Monsieur le Président du Conseil d'Etat, Mesdames et Messieurs les Conseillers d'Etat, à l'assurance de notre haute considération.

Pour MESEMROM

Doris Leuenberger, Membre du comité
Dina Bazarbachi, Présidente

Source : http://www.mesemrom.org/

 

12:41 Publié dans Solidarité | Tags : mesemrom, genève, mendiants rroms | Lien permanent | Commentaires (20) | |  Facebook | | | |

21/01/2010

Le kidnapping officiel des enfants rroms

photo-1340105-L.jpgLa Suisse n'a rien retenu des leçons de l'histoire. Souvenez-vous, de 1926 à 1973, la fondation Pro Juventute et sa scandaleuse  oeuvre d'entraide "Les enfants de la grand-route", dont le but était de lutter contre le "vagabondage" en séparant les enfants jenisch de leurs parents.   600 enfants ont été ainsi placés chez des parents nourriciers, dans des homes pour enfants, des orphelinats, des cliniques psychiatriques et des maisons d'éducation. Cette oeuvre d'entraide a bénéficié du soutien des autorités cantonales, mais aussi de la Confédération. Face aux dégâts psychiques, aux souffrances infligées aux familles, dès 1985, des efforts ont été entrepris pour réparer le tort causé aux personnes concernées et des excuses à la pêle.

 En 2010, on s'assied et avec un magnifique mépris sur ce chapitre peu glorieux de l'histoire suisse, et on occulte en  tournant  la page. Oublier  et recommencer tout comme avant.  En décrétant des mesures tout aussi aberrantes qui démontrent le refus absolu de voir des gens vivre autrement.  Des mesures qui ne mèneront à rien, si ce n'est alourdir déjà la facture de l'assistanat alors que de nombreux  Suisses n'y ont même pas accès. Derrière, cette volonté, c'est surtout vouloir  stigmatiser les pauvres qui mendient en les menaçant d'enlever leurs enfants.   Sous prétexte d'aider, on  véhicule et on applique des clichés avec les mêmes motivations qu'autrefois, une motivation pas  sociale pour deux sous mais plutôt eugénique. Quelle protection des enfants ? On a vu des enfants emprisonnés l'été passé, des campements détruits par la police, des enfants réveillés à l'aube dans leur bunker et arrachés à leurs parents.

Derrière les arguments bienfaisants, c'est toute la politique du compassionnel  caritatif détestable qui engendrera bien des maux à long terme. Ne menons pas une politique qui nous forcera juste à devoir présenter nos excuses  encore une fois face à notre incurie.  La solution doit être pensée et appliquée au niveau européen et avec les pays concernés et dont son originaires les rroms.

La prochaine étape ? La stérilisation des femmes rroms  peut-être. Il n'y a qu'un pas !

 

15:05 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (26) | |  Facebook | | | |

10/01/2010

Le purgatoire français des Rroms d'Europe

 

290338.jpgLe 16 novembre 2009, dans le centre de Montreuil, rue de Paris, face au palais des congrès qui abritera neuf jours après le Salon du livre pour la jeunesse, trente hommes femmes et enfants trop visibles sont chassés par la force publique d'une friche où ils habitent dans des baraques, détruites sur le champ. Affolés, ils poussent alors en colonne des charriots où sont rassemblés des restes de leur habitat détruit par les autorités jusqu'à un abri sauvage plus loin dans la ville, où dorment des clochards. Des chiens et leurs maîtres en uniforme d'une société de sécurité leur en ferment l'entrée. Ils poursuivent jusqu'à un terrain étroit où ils campent la nuit, cachés au milieu de leurs effets, et sont réveillés le jour par des agents de la mairie et de la police qui leur ordonnent de fuir.

Affaiblis par la force publique qui les harcèle, les prive de sommeil, de nourriture, d'hygiène, ils reforment pendant plusieurs jours la petite colonne qui erre puis s'arrête sur un trottoir entre la friche purgée des ruines de leur ancien logis et la halle Marcel-Dufriche où le ministre de la culture M. Mitterrand et la sénatrice-maire Mme Voynet célèbrent l'ouverture du Salon. Un des hommes de la colonne avance et menace de se brûler face à la ligne d'hommes en armes, CRS rieurs et grimaciers, qui l'écartent de la foule des spectateurs.

La nuit tous rentrent au trottoir proche où ils survivent sous la pluie contre le mur du chantier d'une future synagogue où, quelques jours après, un arrêté de "désinfection" est affiché. Il est certifié sur papier exécutoire par la maire Mme Voynet, et annonce dans la bouche des agents qui viennent l'exécuter une opération de dératisation. La colonne se reforme et avance jusqu'au square de la République où des agents de police viennent les forcer sur ordre de la mairie de quitter le lieu au prétexte qu'y jouent des enfants non-roms.

290339.jpgSi ces Roms originaires d'Alba Iulia en Roumanie prennent au fond de leur désolation la figure de fantômes, c'est que la politique dont ils sont l'objet est une fabrique de revenants. C'est une machine juridique dont le moyen est de criminaliser la présence des êtres afin de produire et reproduire leur disparition. La circulaire de 2006, signée par Claude Guéant  pour le ministère de l'intérieur, relative aux conditions de séjour et de travail des ressortissants roumains à l'entrée de leurs pays dans l'Union européenne soumet leur accès au travail à une procédure impossible qui, dans son principe, entrave sa fin. Ce qui leur reste alors comme moyen de subsitance et d'habitation là où ils ont le droit d'être, tombe sous le coup des deux lois Sarkozy sur la sécurité et l'immigration qui achèvent de les exclure du champ des droits civiques.

Dans l'esprit et dans la lettre, cette juridiction exceptionnelle est similaire à celle instituée par le décret-loi Daladier du 2 mai 1938 sur la police des étrangers. Les conséquences jusqu'ici sont, d'une part, le développement sur le territoire français d'une persécution irrationnelle des Roms roumains et bulgares, d'autre part, la falsification du nombre d'expulsions annoncées au ministère de l'identité nationale par la répétition des disparitions de ceux dont le retour est, en vertu de la juridiction européenne, le droit. La logique de cet esprit veut que le fichage biométrique par prélèvement ADN sur base raciale est virtuellement effectif dans le corps de la loi, mais rendu inactuel par la condamnation officielle, par les instances européennes, d'une action similaire de l'Etat italien.

La dernière conséquence de cette juridiction purgative, c'est la formation à l'iniative de municipalités d'opposition d'un dispositif qui retient à chaque purge un dixième environ de la population destinée à disparaître en la maitenant en vie dans d'étranges purgatoires qui portent le titre de "villages d'insertion".

Le prèlèvement de la fraction sur le nombre de la purge est arbitré par une maîtrise d'œuvre et suivant des critères sociaux et sanitaires qui décident du partage entre la rétention d'une présence privée de droits et sa disparition revenante. Ces villages pour fantômes ont la forme matérielle le plus souvent de baraquements alignés sur plusieurs rangs fermés par une enceinte. Une seule porte étroite est ouverte et gardée par des chiens et leurs maîtres en uniforme de société privée par où seuls les êtres inscrits comme hébergés sont libres de passer. A tout autre vivant l'accès est interdit. Le bâti est apporté par l'ancienne Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens (Sonacotra) dont l'histoire est celle d'un conflit violent entre hébergés et hébergeants. L'ambition des concepteurs de ces dispositifs est de les voir s'étendre à l'ensemble du territoire au motif que leur expansion sera à la mesure de la croissance interne et rentable de leur maîtrise.

290349.jpgUn purgatoire est une zone qu'inventent les vivants pour se défendre du retour parmi eux de ceux qu'ils ont fait disparaître, dans l'attente d'un enfer dont ils ne reviendront pas. Ces villages d'insertion sont en fait et en droit similaires à des "centres de séjour surveillé" tel celui de Gurs ouvert en mars 1939 par le gouvernement d'Edouard Daladier, qui dans le mouvement de sa très rapide mutation enferme de nombreux fantômes fabriqués par le décret-loi du 3 mai 1938, dont la philosophe juive allemande Hannah Arendt. Si le contexte de 1939 est celui d'une menace d'invasion par un ennemi militaire, le Reich, le contexte de 2009 est celui de la formation abstraite d'un ennemi imaginaire, l'islam, dont les Roms pourraient être partie de la cinquième colonne.

Si les camps sont à l'aurore de l'Europe reconstruite, les signes actuels et actifs de sa ruine indiquent qu'ils peuvent aussi bien être le lieu de son prochain crépuscule. Tant que des Etats d'Europe manifesteront les signes de sa ruine des Roms et d'autres manifesteront les stigmates de leur désolation.

Pierre Chopinaud est traducteur de la langue romani

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/01/11/le-purg...

 

PHOTO  : Fab William Alexander http://fabwilliamalexander.darqroom.com.

07:04 | Tags : pierre chopinaud, fab william alexander | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

09/01/2010

Kosovo : jours amers pour les Rroms expulsés d’Europe occidentale

rroms_expulsion0004-229e5.jpgAfin d’être un jour éligible au processus de libéralisation des visas avec l’Union européenne, le Kosovo vient de signer des accords de réadmission avec plusieurs pays de l’UE, dont la France. Cependant, les conditions d’accueil demeurent catastrophiques pour les ressortissants du Kosovo expulsés d’Europe occidentale, notamment pour les minorités ethniques. "A noter que roms et les juifs sont encore interdits de se porter candidat aux élections."

Une correspondante,  Serbeze Haxhiaj, témoigne :

Alors que le gouvernement du Kosovo vient de signer de nouveaux accords avec les pays européens pour la réadmission des sans-papiers kosovars, Faik Idrizi n’a toujours pas assez d’argent pour nourrir sa famille. Ce rrom de la région de Gjakovë/Djakovica a été récemment rapatrié d’Allemagne. Il y vivait avec sa femme et ses trois enfants. Âgé d’une quarantaine d’années, Faik se retrouve aujourd’hui dans une cabane en bois à Skivjan avec, pour tout revenu, quarante euros d’aide sociale par mois. « Ici, il n’y a pas de travail. Si ça continue, mes enfants vont mourir de faim. Est-ce l’objectif des pays qui nous rapatrient ? », demande Faik, qui pensait qu’en tant que Rrom du Kosovo, il serait « épargné » par les autorités allemandes.

Non à l’accord de réadmission avec le Kosovo !

Les accords de réadmission sont une des conditions du processus de libéralisation des visas. Le Kosovo tente de respecter ces conditions, même s’il ne fait pas concrètement partie du processus, étant donné que cinq pays de l’Union européenne ne reconnaissent toujours pas l’indépendance du pays.

Le gouvernement du Kosovo a signé dernièrement des accords de réadmission avec l’Albanie, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Suisse et la Norvège. Au ministère de l’Intérieur et au ministère du Travail et du Bien-être Social, personne ne connaît le nombre exact des kosovars qui devraient être rapatriés l’année prochaine. Fisnik Rexhepi, conseiller du ministre de l’Intérieur, fait savoir que depuis 2002, quelque 4.000 kosovars ont été rapatriés chaque année. « Environ 30.000 personnes de toutes nationalités ont été rapatriées pendant cette période », ajoute-t-il. Ismet Hashani, ministre-adjoint au ministère du Retour n’a pas non plus d’idée précise du nombre exact de sans-papiers qui pourraient être rapatriés.

Néanmoins, selon certaines évaluations, quelque 70.000 Kosovars devraient être prochainement rapatriés. L’enjeu est bien évidemment la réintégration de ces personnes, qui n’arrivent pas à s’accommoder aux mauvaises conditions de vies, surtout les rapatriés de la communauté RAE.

Zylfi Merxha, député rrom à l’Assemblée nationale du Kosovo, s’oppose au rapatriement des Rroms du Kosovo. « La situation économique est généralement désastreuse au Kosovo, mais c’est sans aucun doute la communauté rrom, ashkali et égyptienne qui vit la situation la plus difficile. L’Union européenne et les gouvernements respectifs européens doivent trouver une solution pour ces personnes avant de procéder aux réadmissions », revendique Merxha.

En effet, l’exemple de Fadil Maxhuni, qui vit avec sa mère, sa femme et ses deux enfants dans une tente à Skivjan donne raison au parlementaire rrom. « Que voulez-vous que je fasse ? Le froid approche et je ne sais pas quoi faire. Dois-je apporter mes enfants gelés devant la porte du maire ou du Premier ministre ? », dit cet expulsé rrom d’Allemagne. Le ministère du Travail et du Bien-être social n’a pas pu héberger la famille Maxhuni plus d’une semaine. Le ministre Nenad Rašić explique qu’en raison du manque d’argent, le gouvernement kosovar ne peut prendre soin des rapatriés. « Le processus de rapatriement est maintenant lancé plus concrètement. Seule l’Allemagne va rapatrier environ 10.000 rroms et d’autres sans-papiers du Kosovo », prévient Rašić.

Pour les spécialistes de l’économie kosovare, le rapatriement des sans-papiers kosovars va détériorer encore plus la situation économique et sociale du Kosovo. « Il ne s’agit pas seulement de problèmes de nature politique ou économique, mais aussi sociaux. Les rapports sociaux vont se tendre encore plus, étant donné le taux élevé de pauvreté au Kosovo », explique l’économiste Safet Gërxhaliu. En parallèle, les responsables municipaux prévoient aussi des problèmes sérieux d’hébergement. « Une partie de leurs maisons qui furent totalement détruites pendant la guerre n’ont pas été reconstruites », s’inquiète Gani Toska, responsable du Bureau pour les Communautés au sein de la municipalité de Peja/Peć.

Alors que les experts locaux exigent des programmes concrets de réintégration et de resocialisation pour que le processus de réadmission se transforme en une opportunité et non pas en un cercle vicieux de migration continue, le Kosovo reste toujours le pays le plus pauvre d’Europe. Selon les dernières statistiques de la Banque Mondiale, plus de 45% des habitants du Kosovo vivent dans la pauvreté, dont 15% sous le seuil d’extrême pauvreté.

Écoutez sur Balkanophonie :
Les Rroms bulgares et roumains, des citoyens européens victimes de la culture du chiffre (1/2)
Les Rroms bulgares et roumains, des citoyens européens victimes de la culture du chiffre (2/2)

 

Source :  http://balkans.courriers.info/article14284.html

leTraduit par Belgzim Kamberi
Mise en ligne : vendredi 8 janvier 2010

10:11 Publié dans Solidarité | Tags : rroms du kosovo | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

07/01/2010

Villages d'insertion pour les Rroms - Les camps de la honte !

knowledge-against-prison.gif75% du budget des villages d'insertion est consacré au gardiennage et à la surveillance alors que les statistiques en 2009 démontrent que la part dévolue au gardiennage des administrations pénitientiaires en France n'a été que de 35,9%, soit plus de deux fois inférieure !

Depuis 2006, des « villages d’insertion pour les Rroms » sont mis en place dans des villes de la Seine-Saint-Denis. Y sont placées des familles sélectionnées après une enquête sociale menée par Pact Arim, une association mandatée par la préfecture. Les bénéficiaires, Rroms roumains et bulgares, n’obtiennent aucun titre de travail de la préfecture et ne peuvent donc travailler légalement. Pour ce faire, ils doivent suivre, comme tous leurs concitoyens, la procédure mise en place à la veille de l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Union européenne, qui dans les faits rend l’obtention d’un titre de travail quasiment impossible.

Ces derniers jours une information a fait surface depuis le fond opaque où sont développés ces projets pilotés conjointement par la préfecture, des municipalités de gauche, des entreprises et la solidarité bienveillante d’associations dites « humanitaires » qui bouchent les trous  ou forment des judas : 75% du budget de ces villages est consacré au gardiennage et à la surveillance. En effet, des vigiles de sociétés privées sont chargés de garder ces lieux fermés, dont l’accès est interdit à toute personne extérieure, sauf autorisation spéciale délivrée par le gestionnaire.
Ces éléments révèlent que la finalité réelle de ces projets est le contrôle et la surveillance d’une partie des Rroms migrants originaires de Roumanie et de Bulgarie, quand la partie restante, la majorité, est condamnée  à courber l’échine sous la matraque et s’en aller. D’une part les lois  privent des hommes et des femmes, entre autres, de leur droit élémentaire au travail, d’autre part ces projets font croire que la seule manière d’insérer les « hors-la-loi » qu’elle a fabriqués est  de les coincer « dans des villages d’insertion pour Roms ». L’accompagnement social vers l’emploi de personnes qui n’ont pas le droit de travailler relève du camouflage de cette politique d’enfermement et de contrôle menée par les autorités. Cette politique exclut simplement les Rroms qu’elle prétend insérer du champ d’application de la déclaration des droits de l’homme, donc de l’humanité. Que fait la société civile ?
Le collectif Romeurope, rassemblant des associations dites de soutien aux Rroms et financé par la Fondation Abbé Pierre, ne s’est jamais exprimé au sujet de ces projets. Une vingtaine d’associations, pour la plupart membres de ce collectif, dénonçaient fin 2009 l’expulsion de 2200 Rroms de leurs lieux de vie dans la région parisienne. Cependant, aucune mention n’est faite dans le communiqué des « villages d’insertion », par ailleurs présentés comme des alternatives à ces expulsions répétées.
Un article de l’Humanité cite M. Malik Salemkour, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme : « Si encore ces expulsions avaient pour but de mettre ces personnes dans un dispositif pour les prendre en charge… Mais ce n’est pas ça ». Quelques jours plus tard, le 29 décembre, dans un autre article intitulé « Villages d’insertion, un début de solution ? », M. Salemkour s’exprime en ces termes : « Ils sont clairement discutables, autant l’accompagnement social d’insertion par le travail et le logement est une bonne chose, autant il y a lieu de s’interroger sur sa logique ethnique puisque, dans ces villages, il n’y a que des Roms. ». Peut-on rester dans la langue de bois pendant qu’on considère des humains comme de la matière première ? Car « s’interroger » est une chose, répondre à ses questionnements c’en est une autre. Qualifier quelque chose de « discutable » c’est une chose, la discuter réellement c’en est une autre. Pourquoi M. Salemkour, la LDH, Romeurope etc. ne discutent pas ce sujet et ne répondent pas aux questions qu’ils se posent? Qu’est-ce qui les retient ?
La voix des Rroms a demandé par courrier adressé le 29 décembre 2009 à toutes les associations signataires du communiqué susmentionné de prendre une position claire et publique sur les « villages d’insertion », comme La voix des Rroms l’a fait depuis 2007. Sans réponse au 4 janvier, elle a renvoyé un rappel, mais le silence se poursuit.
Dans ces conditions, La voix des Rroms demande à toutes les structures se disant soutenir « les Rroms migrants » : Soit de dire publiquement, clairement et rapidement leur position vis-à-vis des « villages d’insertion », soit de se taire une bonne fois pour toutes et de ne plus « s’indigner » des conséquences d’un traitement qu’elles refusent de dénoncer.

20:51 | Tags : villages d'insertion | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook | | | |

06/01/2010

De l'or pour Madonna

49a113c618bf3.jpgLe «roi» des Rroms, le Roumain Florin Cioaba, a annoncé mardi qu'il offrirait une plaque en or à la star américaine Madonna pour la remercier de son message contre les discriminations envers les Rroms adressé l'été dernier à l'occasion d'un concert à Bucarest.

«Madonna a un très grand mérite. Elle a pu sensibiliser le monde entier aux discriminations» dont sont victimes les Roms, a déclaré M. Cioaba au cours d'une conférence de presse à Sibiu, où il réside.

Selon l'agence de presse roumaine Mediafax, la plaque a été commandée à un bijoutier d'Italie et sera fabriquée en or de 24 carats.

«Nous avons voulu lui donner un cadeau pour lui exprimer notre reconnaissance pour ce qu'elle a dit», a précisé M. Cioaba, qui s'est unilatéralement proclamé «roi» des Rroms.

En août, Madonna s'était déclarée «attristée» par les «discriminations envers les Rroms et les Tziganes, très présentes en Europe de l'Est». Plusieurs milliers de spectateurs sur les quelque 60 000 présents au concert avaient hué la chanteuse américaine après son discours.

 

En Roumanie, malgré une amélioration sur ce plan, les Rroms sont toujours l'objet d'un ostracisme, sept Roumains sur dix ne voulant pas qu'un Rrom fasse partie de leur famille, selon une étude publiée en septembre dans le cadre d'une campagne gouvernementale contre les discriminations.

Pour sa part, Amnesty International avait dénoncé l'année dernière l'absence de mesures de la part des autorités roumaines contre les discriminations envers les Roms, «un problème largement répandu et profondément ancré dans les mentalités».

 

AFP - Roumanie - Bucarest

19:43 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |