07/01/2010

Villages d'insertion pour les Rroms - Les camps de la honte !

knowledge-against-prison.gif75% du budget des villages d'insertion est consacré au gardiennage et à la surveillance alors que les statistiques en 2009 démontrent que la part dévolue au gardiennage des administrations pénitientiaires en France n'a été que de 35,9%, soit plus de deux fois inférieure !

Depuis 2006, des « villages d’insertion pour les Rroms » sont mis en place dans des villes de la Seine-Saint-Denis. Y sont placées des familles sélectionnées après une enquête sociale menée par Pact Arim, une association mandatée par la préfecture. Les bénéficiaires, Rroms roumains et bulgares, n’obtiennent aucun titre de travail de la préfecture et ne peuvent donc travailler légalement. Pour ce faire, ils doivent suivre, comme tous leurs concitoyens, la procédure mise en place à la veille de l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Union européenne, qui dans les faits rend l’obtention d’un titre de travail quasiment impossible.

Ces derniers jours une information a fait surface depuis le fond opaque où sont développés ces projets pilotés conjointement par la préfecture, des municipalités de gauche, des entreprises et la solidarité bienveillante d’associations dites « humanitaires » qui bouchent les trous  ou forment des judas : 75% du budget de ces villages est consacré au gardiennage et à la surveillance. En effet, des vigiles de sociétés privées sont chargés de garder ces lieux fermés, dont l’accès est interdit à toute personne extérieure, sauf autorisation spéciale délivrée par le gestionnaire.
Ces éléments révèlent que la finalité réelle de ces projets est le contrôle et la surveillance d’une partie des Rroms migrants originaires de Roumanie et de Bulgarie, quand la partie restante, la majorité, est condamnée  à courber l’échine sous la matraque et s’en aller. D’une part les lois  privent des hommes et des femmes, entre autres, de leur droit élémentaire au travail, d’autre part ces projets font croire que la seule manière d’insérer les « hors-la-loi » qu’elle a fabriqués est  de les coincer « dans des villages d’insertion pour Roms ». L’accompagnement social vers l’emploi de personnes qui n’ont pas le droit de travailler relève du camouflage de cette politique d’enfermement et de contrôle menée par les autorités. Cette politique exclut simplement les Rroms qu’elle prétend insérer du champ d’application de la déclaration des droits de l’homme, donc de l’humanité. Que fait la société civile ?
Le collectif Romeurope, rassemblant des associations dites de soutien aux Rroms et financé par la Fondation Abbé Pierre, ne s’est jamais exprimé au sujet de ces projets. Une vingtaine d’associations, pour la plupart membres de ce collectif, dénonçaient fin 2009 l’expulsion de 2200 Rroms de leurs lieux de vie dans la région parisienne. Cependant, aucune mention n’est faite dans le communiqué des « villages d’insertion », par ailleurs présentés comme des alternatives à ces expulsions répétées.
Un article de l’Humanité cite M. Malik Salemkour, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme : « Si encore ces expulsions avaient pour but de mettre ces personnes dans un dispositif pour les prendre en charge… Mais ce n’est pas ça ». Quelques jours plus tard, le 29 décembre, dans un autre article intitulé « Villages d’insertion, un début de solution ? », M. Salemkour s’exprime en ces termes : « Ils sont clairement discutables, autant l’accompagnement social d’insertion par le travail et le logement est une bonne chose, autant il y a lieu de s’interroger sur sa logique ethnique puisque, dans ces villages, il n’y a que des Roms. ». Peut-on rester dans la langue de bois pendant qu’on considère des humains comme de la matière première ? Car « s’interroger » est une chose, répondre à ses questionnements c’en est une autre. Qualifier quelque chose de « discutable » c’est une chose, la discuter réellement c’en est une autre. Pourquoi M. Salemkour, la LDH, Romeurope etc. ne discutent pas ce sujet et ne répondent pas aux questions qu’ils se posent? Qu’est-ce qui les retient ?
La voix des Rroms a demandé par courrier adressé le 29 décembre 2009 à toutes les associations signataires du communiqué susmentionné de prendre une position claire et publique sur les « villages d’insertion », comme La voix des Rroms l’a fait depuis 2007. Sans réponse au 4 janvier, elle a renvoyé un rappel, mais le silence se poursuit.
Dans ces conditions, La voix des Rroms demande à toutes les structures se disant soutenir « les Rroms migrants » : Soit de dire publiquement, clairement et rapidement leur position vis-à-vis des « villages d’insertion », soit de se taire une bonne fois pour toutes et de ne plus « s’indigner » des conséquences d’un traitement qu’elles refusent de dénoncer.

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Commentaires

Quoi que vous fassiez c'est toujours mal pour ses personnes, qui n'hésitent pas à laisser leurs bébés, leurs petites enfants et leurs vieux au froid pour du fric!

Écrit par : dominiquedegoumois | 07/01/2010

Et que fait on pour les français qui sont dans la dèche?

Écrit par : dominiquedegoumois | 07/01/2010

Cher(e) Dominique,
Je ne commenterai pas vos propos sur les Rroms qui, selon vous, laissent leurs bébés, leurs petits enfants et leurs vieux au froid pour du fric. Vous les voyez seulement quand ils mendient apparemment et ça vous dérange. Evidemment, ça les dérange plus que vous qui ne faites que passer, mais contrairement aux bureaux, les rues où ils sont obligés de mendier parce qu'ils n'ont pas le droit de travailler, n'ont pas encore la clim'.
Quant aux Français (majuscule, SVP) qui sont dans la dèche, moi, qui suis Rrom, je ne leur souhaite pas des camps de ce type, pas plus qu'aux Chinois, aux Juifs, aux Russes ou aux Allemands.

Écrit par : La voix des Rroms | 08/01/2010

Arrêtez de noircir le tableau. Le travail ne manque pas en Roumanie et en Bulgarie dans les champs à la campagne mais comme il est plus facile de s'exiler et mendier afin de gagner dix fois plus qu'un salarié roumain ou bulgare, alors le calcul est vite fait. Ils savent qu'ils seront nourris et hébergés en hiver.

Écrit par : demain | 08/01/2010

ça rapporte de mendier "La voix des Roms". Comment peut-on tolérer cela et ensuite voir le fourgon mercedes qui vient les récupérer en fin de journée.
Serait-ce toi qui le conduit. Bon business pour certains.

Ce que je relate est effectif à Genève. Il y a un Rom (plaque roumaine) qui fait ce lucratif commerce (faire mendier ses compatriotes pour son compte) et hier c'était un enfant de huit ans dans les rues Basses.

Écrit par : Pascal | 08/01/2010

"Pour ce faire, ils doivent suivre, comme tous leurs concitoyens, la procédure mise en place à la veille de l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Union européenne".

Ben oui bien sûr, d'après vous ils devraient être au dessus des droits qui s'appliquent normalement a leurs concitoyens (ainsi qu'aux locaux d'ailleurs)?

Écrit par : Eastwood | 08/01/2010

Bonjour,
Je vois qu'encore une fois, les gens préfèrent répéter des poncifs, manifester leur mauvaise humeur, plutôt que de s'informer et de réfléchir en lisant un billet intelligent et raisonnable.
C'est d'un affligeant.
Ils n'ont jamais rien résolu, mais ils balancent les "gnaka" à tire-larigot.
Les Rroms roumains, hongrois, ..., sont discriminés, sont des citoyens de seconde zone dans leurs pays.
Chez nous, les quelques Jenisch, suisses depuis plusieurs générations, continuent à ne pas être trop bien vus (cf. par exemple les conditions de vie qui leur sont faites dans le campement de Versoix), et j'ai des souvenirs cuisants concernant une de mes élèves d'origine jenisch, le système scolaire s'entêtant à la harceler et exerçant des pressions sur moi pour que je relaie cette pression.
Il n'est pas normal qu'un gouvernement, quel qu'il soit, ne protège pas tous ses citoyens de la même manière et veille à ce que la dignité de chacun soit respectée en tant que personne. Et ce qu'échoue à faire encore aujourd'hui, la Roumanie, en particulier. Malheureusement.
Pour ce qui concerne les mendiants dans nos rue : ce n'est pas un spectacle réjouissant, que cette mendicité soit le fait de Rroms ou de gens du lieu. Dans tous les cas, et à tout le moins, nous pouvons au moins avoir de la compassion et même du respect pour ces personnes. Peu importent dans le fond ce que les a amenées là.

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 08/01/2010

"Peu importent dans le fond les raisons qui les ont amenées là", pour écrire français...
J'ajoute que le traitement décrit par Mme Chraïti dans son billet par les autorités françaises aux Rroms est tout à fait indigne.

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 08/01/2010

Je me pose une question : qu'ont fait les roms pour être chassé des Indes ?

Peut-être n'étaient-ils pas si clean...

Écrit par : Hypolithe | 08/01/2010

A ma connaissance, les Rroms n'ont pas été chassés de l'Inde.

Selon Wikipedia
"On connait de mieux en mieux l'histoire des Roms, même si la transmission est non écrite. Elle est fortement liée aux légendes et à l'imagination, qui font partie de leurs traditions. L’origine des Roms a été l’objet de tous les fantasmes. (…).
(L'hypothèse) sur laquelle s'accordent la plupart des ethnologues, (c'est que) dans l'Inde brahmanique, les bûcherons, les bouchers, les équarrisseurs, les tanneurs, les fossoyeurs, les éboueurs, les chiffonniers, les ferronniers, les mercenaires (Rajputs) et les saltimbanques exerçaient des métiers nécessaires à la communauté, mais considérés comme impurs. Ils n'avaient pas le droit d'être sédentaires et étaient hors-caste (çandales), comme ceux que l'on désigne aujourd'hui comme intouchables. En Inde, où ils sont connus sous les noms de Romani, Banjaro, Doms, Lô. les ancêtres des Roms étaient des groupes sociaux/professionnels plutôt qu'ethniques, leurs origines étaient géographiquement et socialement multiples et leurs groupes très perméables (un enfant issu d'une union non-autorisée, un proscrit pour quelque raison que ce soit, étaient aussi « impurs » qu'eux et pouvaient donc les rejoindre).
De l'Inde, certains de ces groupes migrèrent (peut-être pour échapper au rejet de la société brahmanique) vers le plateau iranien et l'Asie centrale, où on les appelle Kaoulis et Djâts. En Asie centrale, certains se mirent, comme charriers, éleveurs de chevaux, servants et éclaireurs, au service des mongols, qui les protégèrent et leur laissèrent, en échange, une part du butin. Avec la Horde d'Or et Tamerlan, les Roms parvinrent ainsi en Europe, en Anatolie et aux portes de l'Égypte".

On le voit donc ici aussi, le fait de tenir une partie de sa population à l'écart, de la discriminer négativement, peut mener ses personnes à ne pas rester où on les méprise et à préférer l'exil.

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 08/01/2010

Evidemment, relecture et regasp "peut mener CES personnes"... ah là là

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 08/01/2010

les coptes égyptiens sont aussi largement discréminés et parfois tués devant leurs églises. Ils sont chiffonniers au Caire, artisans ou agriculteurs mais aucun d'entre eux n'auraient l'idée de mendier ou de voler. Leur communauté est soudée par la religion certes mais ils ont une certaine fierté. Les Rroms qui échouent chez nous ne cherchent pas à sortir de leur condition au contraire adopte la mendicité et le vol ou petits larçins pour survivre.

Écrit par : demain | 08/01/2010

Madame Brunner, je vous rejoins entièrement sur vos commentaires.
Et je n'arrive décidément pas à comprendre ce qui provoque tant de haine et de mépris à l'égard des Rroms qu'on voit à Genève et dont le seul crime est de mendier (et de nous mettre leur misère sous les yeux). Je n'ai personnellement jamais vu ici un(e) Rrom insister ou être agressif quand quelqu'un refuse de donner une pièce (par contre, souvent, beaucoup de reconnaissance aux gens qui donnent). Ce ne sont pas des délinquants, contrairement à ce que certains ont l'air de penser. Ils ne méritent pas cette haine.

Écrit par : Anne | 08/01/2010

C'est un troupeau d'Anne sur ce site donc!

Ah!!!!!!!!!!!!!!!!!
Y'a toujours de bonnes âmes sur ce blog, ceux qui savent tout mieux que les autres!

Il y a ici à Genève des pauvres, qui sont d'ici, qui ont perdu leurs travail et qui n'osent pas aller demander d'aide, pour ma part je fais ce que je peux pour eux, chacun ses priorités!

Je vois beaucoup de roms dans nos rues avec des portables, quand je dis beaucoup c'est une dizaine il y a quelques jours!

Ces gens veulent rester marginaux, ils doivent donc en subirent les désagréments!

L'année prochaine deux fois plus nombreux, que toutes les bonnes âmes de ce blog les prennent chez eux!

Écrit par : dominiquedegoumois | 09/01/2010

M. Degoumois : contente de voir que vous aidez les personnes dans le besoin de chez nous.

Toutefois, je souhaite savoir où j'aurais demandé à qui que soit de prendre chez lui un mendiant, Rrom ou autre, voire de donner quoi que ce soit à ces personnes. J'ai juste plaidé pour un peu de respect et de compréhension.
Au demeurant, je ne sais pas si les Rroms nous font grief de leur situation...

J'aimerais rappeler qu'il y a environ quarante ans, des Rroms traversaient nos régions et venaient proposer aux habitants des services divers : vente de colifichets, rémoulage, rétamage, empaillage de chaise, jardinage, ...
Ms parents mettaient de côté les objets à réparer que mon père ne pouvait pas entretenir et attendaient l'arrivée de ces personnes. Le quartier où j'habitais était un quartier ouvrier, et chacun confiait du travail à l'une ou l'autre d'entre elles. Si elle n'avait pas bien accompli le boulot, croyez que mes concitoyens ne se faisaient pas faute de le lui faire remarquer, parce qu'ils respectaient sa dignité de travailleur. On finissait par les connaître, et je me souviens que l'un d'entre eux venait systématiquement chez nous, et mangeait avec nous.
Aujourd'hui, ces métiers ont disparu : les objets "fichus", on les jette ; les portes sont fermées...

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 09/01/2010

@ Anne-Marie Brunner
Je vous suggère de lire cet article paru dans le blog "Courrier des Balkans"
Il est plus qu'éloquent et met en évidence l'état d'esprit régnant au Kosovo cher à toute la gauche réunie et aux Verts genevois :

Kosovo : jours amers pour les Rroms expulsés d’Europe occidentale

http://balkans.courriers.info/article14284.html

A noter que les roms et les juifs sont interdits de se porter candidat aux élections dans ce merveilleux pays où fleurissent les trafiquants de drogues et autres crapules profiteurs de notre "Assurance invalidité".

Écrit par : Daray | 09/01/2010

Pas la peine de perdre du temps avec des gens d'un racisme endémique. RIEN NE SERT DE PERSISTER A MONTRER LA LUNE A UN CHIEN QUI S'ENTETE A REGARDER L'INDEX!
Mme. Brunner exprime dans d'autres termes ce sentiment que je partage. Quelqu'un ici veut trouver LE MAL chez les Rroms depuis leur départ de l'Inde, il y a 1000 ans! Moi, le Rrom, je l'emmerde, et je n'ai ni le temps, ni l'envie d'être bien élevé avec des gens qui ne le sont pas. "E 3uklençar 3uklanes", dit un proverbe rrom (traduction: avec les chiens, la langue des chiens).

Écrit par : La voix des Rroms | 09/01/2010

Pour ceux et celles qui voudraient quand même connaitre l'histoire des Rroms, c'est ici, en français et soustitré en albanais: http://www.youtube.com/voxrromorum#p/c/1945F4971D6912FF/0/X07wghweRKY

Écrit par : La voix des Rroms | 09/01/2010

A Daray : J'ai un grand nombre d'amis kosovars albanas, et chaque fois que je lis ou apprends une nouvelle négative de leur pays, j'en suis très triste et fâchée. Le fait qu'ils aient été longtemps soumis à des vexations et à des mesures d'ostracisme ne leur donne pas le droit de se comporter d'une manière honteuse à mes yeux. Aucune excuse dans ce domaine.
A part ça, et une fois plus, et moi pas la dernière, nous avons dévié du propos amené par Mme Chraïti : le fait que la plus grande partie des dépenses de fonctionnement des "village" de "socialisation" des Rroms sert à payer du gardiennage, et non du soutien à la "socialisation", transformant de facto ceux-ci en "camp", voire en "prison". Glissement pas seulement sémantique.

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 10/01/2010

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