Tsiganophobie et négation de l’identité rromani

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Marcel Courthiade
Professeur à l'INALCO,
responsable des études linguistiques Rromani,
Commissaire à la langue et aux droits linguistiques de l'union Rromani internationale, Paris








(suite LE RROMANI : UNE LANGUE PAUVRE ET NUE ?)

En effet, on ne compte plus les formes, patentes ou, plus souvent, maquillées en politiquement correct, que prend la tsiganophobie. Or, comme la langue rromani – qu’elle soit effectivement en usage dans une communauté ou bien que ne subsistent plus que quelques mots avec le souvenir d’ancêtres qui la parlaient (comme dans les paggerdilectes), est l’un des piliers essentiels de l’identité rromani, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle soit la cible des attaques les plus diverses et les plus sournoises.
L’existence d’une langue qui, spécifique au peuple rrom, continue de s’épanouir près de mille ans après son exode initial de la vallée du Gange, témoigne de l’unité originelle de ce peuple – malgré comme nous l’avons vu des différences d’une région d’Europe à l’autre. Cette unité n’est en soi bien entendu ni une valeur ni une contre-valeur. Elle est une simple donnée historique mais bien des gaзés , qui de par leur culture associent l’idée d’unité à celle de domination – comme c’est le cas des États prétendus modernes, redoutent que la conscience de cette unité ne conduise le peuple rrom à la tentation d’en dominer d’autres ou du moins, par la réalisation d’une force politique, de se mesurer à l’ordre établi. Il est clair pourtant que la domination est une perspective bien étrangère à la tradition rromani, puisque jamais les Rroms n’ont cherché à "tsiganiser" le monde. Le rêve d'assimilation est au contraire un trait des puissants du moment, comme ceux qui aujourd'hui, de la politique au commerce et de la sécurité au spectacle, cherchent à uniformiser le monde pour le réduire en un vaste gisement de consommateurs (tout en prétendant promouvoir la diversité et la démocratie, celles des apparences). La culture rromani, bien perçue et comprise, est en effet un véritable défi subversif à l'alignement de la planète sur le modèle européen urbain technocratique et consumériste, qui se croit aboutissement mirobolant mais n'est qu'un épisode parmi d'autres de l'histoire du monde.
Ainsi derrière le mépris toujours très présent vis-à-vis des Rroms, on observe chez bien des autorités en place une forte inquiétude de rencontrer un obstacle à leurs desseins, ce qui entraîne de leur part un refus obstiné de reconnaître aux Rroms une identité ethnoculturelle et linguistique propre, refus qui cherche à transformer la totalité de ce peuple en une masse de miséreux, d’exclus, de marginaux, "d’asociaux et d’antisociaux ", et en fin de compte de délinquants et/ou de victimes par atavisme et donc par prédestination inéluctable. Pour motiver cette approche, la manipulation est simple : il faut ignorer les 30 ou 40% de Rroms qui vivent en bonne harmonie avec le reste de la société, ce qui se fait en leur déniant leur identité rromani et en prétendant que les « vrais Rroms » sont ceux qui correspondent au stéréotype du tsigane miséreux, marginal, bourru, analphabète et indomptable – mais si libre et si attachant ! Ceux-là, ces Rroms conformes au cliché, ceux que les peuples d’Europe n’ont cessé de rejeter, il suffit de les amalgamer avec la partie misérable d’autres peuples, de préférence mal définis (car longtemps n’ayant pas été jugés « dignes » de reconnaissance – comme les Balkano-Egyptiens ou Ashkali, les Moéso-Roumains, Rudars ou Băieşi/Beás, parfois d’autres groupes, qui peuvent être germaniques ou celtes) et de rebaptiser « tsigane » le cocktail ainsi obtenu – sous prétexte de réalisme. La dénégation du terme « rrom » au profit du mot « tsigane », issu d’un très vieux malentendu des paysans d’Europe du sud-est et transmis de génération en génération comme insulte, facilite grandement ce tour de passe-passe. Or, ces diverses populations, qui ne sont pas rrom mais d’origines différentes, ont aussi des langues différentes et cette disparité des parlers est reprise comme argument pour nier l’existence nationale du peuple rrom – et des autres groupes par la même occasion. En outre les pratiques politiques inspirées par une telle vision des choses rassemblent ces divers peuples dans des activités humanitaires communes censées les aider, ce qui impose aux participants l’usage exclusif entre eux de la langue majoritaire de l’Etat de résidence. Une telle situation présente pour les autorités en place un multiple avantage :
- la dimension linguistique, culturelle et ethnique, c’est-à-dire le patrimoine et toute la richesse apportés par les intéressés est escamotée au profit d’une dimension strictement (a)sociale, donc dépréciative, mais moins susceptible de donner naissance à des revendications de reconnaissance – il est bien plus facile de répondre à des demandes d'ordre strictement social par quelques chèques ;
- tous les débats entre ces groupes ont lieu dans la langue dominante, ils sont donc plus faciles à surveiller et à réorienter par d’éventuelles interventions plus ou moins furtives des organisateurs ;
- même sans intervention extérieure, ils se déroulent alors selon la pensée dominante et dans ses catégories, ce qui conforte les autorités dans le bien-fondé de leur approche conceptuelle ;
- aucune des langues ainsi muselées ne peut profiter de cette occasion pour étendre son espace d’expression aux questions traitées dans ces débats, pour enrichir sa réflexion et s’affirmer, ce qui établirait une communication entre le monde de la citoyenneté active et celui de la vie traditionnelle de la communauté, remettant en cause les directives de démocratie formelle bien en place ;
- enfin, il est très facile d'obtenir de ces groupes perçus comme tsiganes mais qui ne sont pas Rroms (même s'ils sont rebaptisés "Rroms" pour la circonstance politiquement correcte) des déclarations sur leur absence de préoccupations vis-à-vis de la langue rromani, laquelle n'a en fait jamais été la leur. Il n'y a plus qu'un pas pour déduire de leur indifférence que ces "Rroms", nouvellement fabriquées – et donc par extension tous les Rroms, n'ont aucun attachement au rromani. C'est un peu comme si l'on demandait à des travailleurs turcs d'Allemagne quel est leur souci concernant l'allemand littéraire et devant leur indifférence, en déduire que les Allemands ne sont pas attachés à l'allemand.
A la rescousse du vieux divide et impera se précipite son petit frère, non moins pernicieux, confunde et impera !

Lien permanent Catégories : Solidarité 22 commentaires

Commentaires

  • Après l'islamophobie, voila un nouveau terme : "tsiganophobie".

  • On parlera bientôt de Dumitrophobie ou Victorophobie ?

  • @DUDA

    Vous êtes rumanophobe ou quoi? Non, sérieux, on en finira jamais avec toutes ces phobies, la liste va être très longue... de plus en plus longue... et de plus en plus ennuyeuse...

  • Non sottisophobe !

  • Vous connaissez Mihai Pârvu, dit Caiac, et Cătălin Mavriche de Craiova ?
    Là ... peut-être que vous allez comprendre la tsiganophobie et la roumanophobie des tsiganes.

    Criminels, violeurs, voleurs, trafiquants d'armes et de femmes, arnaqueurs professionnels ...

  • il aime bien se remplir la bouche de jésuitisme ce Victor..

  • "il aime bien se remplir la bouche de jésuitisme ce Victor.."

    Laissez donc les jésuites en dehors de ça, voulez-vous?...

    http://www.jesuites.com/actu/2008/rom.htm

  • touchés coulés ...

    :)

  • Luzia, je crois que Victor est devenu Blogdépendant. Partout, du matin au soir, sans cesse à interpeller, secouer, maudire, injurier,sermonner,encenser, insulter, interpeller, menacer. On ne croyait que ça ne touchait que les ado. Notre Victor est peut-être un grand ado dans le fond ?

  • Luzia, comme vous, j'écris avec mes mains, laissez donc ma bouche, prendre une bonne bouffée de fumée ... ah que c'est bon de fumer légalement !

    Merci au président de l'UDC-Genève, Soli Pardo d'être allé jusqu'au Tribunal Fédéral pour nous, les fumeurs !

  • Vous fumez quoi au juste parce qu'on croirait parfois que c'est la moquette ! Et concernant Carlitos et ses airs de vierge effarouchée, il est important de rappeller que la compassion est souvent la passion des cons............

  • "Et concernant Carlitos et ses airs de vierge effarouchée"

    On me l'avait pas encore faite celle-là...

    "il est important de rappeller que la compassion est souvent la passion des cons"

    Tenez, prenez celle-là:

    -- C'est une canaillerie que de se servir des faiblesses de son prochain pour s'exercer à la vertu. ---

    Miguel de Unmamuno, "Abel Sánchez"

  • Tu devrais essayer au moins de écrire correctement: Unamuno et no Unmauno ou Unmamuno.. A croire que finalement tu ne connais rien à ce Unamuno..

  • Ca va, la dyslexie du clavier tu connais pas?...

    "no Unmauno"

    NON Unamuno... ET TOC!

  • @ duda.
    Vous ne saviez pas que l'on peut gagner sa vie avec un blog ?
    C'est mieux que la mendicité, non ?
    Le reste ... n'engage que vous.

  • Ah bon ! et vous Victor, combien vaut votre blog, ça vous rapporte combien par jour de traîner votre blues sur les blogs de tout le monde ?

  • Renseignement top secret.
    Néanmoins, une précision ... ce n'est pas mon blog qui rapporte, mais bien autre chose ...

  • Bof ! Duda je ne crois pas que ce soit du blues qu'il traîne sur les blogs ....Mais simplement en recherche d'une certaine forme de reconnaissance qu'il n'a assurément pas dans la vie . Triste d'exister de cette façon !

  • De toutes les façons, notre Victor a tellement exagéré qu' il s'est fait virer des blogs de la TDG et pour finir il a dû se confondre en excuses saisissantes pour revenir sévir sur tous les blog. Dur , la vie d'un bavard impénitent qui a besoin de ça pour vivre.

  • Ben oui ! et puis passer son temps à rechercher dans la presse ou ailleurs tout ce qui peut alimenter son dégoût des Rôm , et essayer de nous convaincre du bien fondé de ses opinions , bou diou ( comme on dit chez moi , je suis du midi de la France)je le plains de tout mon coeur .Que lui conseiller de faire pour qu'il vive enfin ! J'ai bien peur que le fiel qu'il nourrit finisse par le brûler de l'intérieur , le pôvre .......

  • Je vous dois un petit mot ... Je suis revenue sur ce blog en pensant y retrouver encore et toujours le même intervenant et ses délires ... Un ami est prés de moi , il ne connaissait rien aux blogs , je lui fait découvrir le net , la toile et tout ce qui se balade par ce moyen de communication ......Il découvre effaré certains propos comme ceux de Victor, et bien d'autres encore sur d'autres blogs tout aussi emplis de bêtise humaine ...Triste ...

  • Ah si mes amis tsiganes à moi vous lisait ... ah ...

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