22/09/2008

Viktòria Mohàcsi - Une Cléopâtre Rrom

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La belle Viktòria ne se fatigue jamais de dire qu'elle n'est pas d'accord, elle finit toutefois ses phrases par un soupir en soulevant légèrement les épaules.
34 ans, Rrom de Hongrie, au Parlement européen depuis quatre ans, elle est une des rares dans cette glorieuse assemblée europarlementaire à ne pas tenir la langue de bois. Elle se bat pour le peuple Rrom, pour son peuple, pour ces dix millions d'Européens qui ne sont pas prévus dans le paquets des mesures sociales de l'Europe pendant les dix prochaines années encore.
De sa voix chaude, de son ton énergique qui attaque le sujet, Son regard triste se pose sur vous comme un voile de velours noir. Elle ose les mots qui vont droit au but et les pose sur la table d'une traite comme un paquet trop lourd. Ses mots, c'est son armée, elle les sort comme des armes tranchantes, et les grenaille , courts et efficaces.
De ce corps frêle se dégage une force intense qui nous interpelle, qui force l'admiration.
Après ses visites éclair des camps Roms en Italie, elle lâche son verdict :
“The situation of the Roma people in Italy is horrible. It is hard to believe that in a democratic country there are people who are deprived of rights. There is a need for an urgent integration programme, especially for the people arriving from new EU Member States. Elle était la première à les visiter, en mai déjà , dont celui de Casilino 900. Témoin d'une persécution, elle dénonce le génocide qui se prépare sous nos yeux.
"Dosta !" répète-t-elle, "Dosta" - ça suffit en Rromani. Souhaitons-lui de finir, à force d'insistance, par se faire entendre.


pour l'écouter lors du sommet à Bruxelles
http://mefeedia.com/entry/vikt-ria-moh-csi-about-the-summit-on-roma/11617368/



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Lors du sommet sur les Rroms qui s'est tenu le 16 septembre à Bruxelles, une deuxième femme s'est notamment distinguée, Soraya Post, suédoise, qui d'emblée s'affirme sans détours. Présidente du Réseau international des femmes rroms, femme solide, bien campée sur ses jambes. Qui la cherche, la trouvera et plus vite qu'on l'imagine. Quand elle vous regarde, ses yeux bleus vous farfouillent jusque dans l'âme.
Elle a dénoncé la politique de «fichage ethnique» prônée par les autorités italiennes, inspirée selon elle par «l'idéologie fasciste des années 1930». sur sa lancée, elle insiste : "J'espère que le sommet européen de décembre verra se concrétiser l'illégalité du fichage ethnique en Europe".


Ses deux femmes assises quasi côte-à-côte, si différentes et si proches dans leur combat, avec cette même passion, cette volonté de convaincre, de défendre la cause des plus faibles et la cause des justes. Admirable !

21:14 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Êtes vous sur de vos chiffres ?
Les 10 millions ... ce ne sont pas tous des mendiants, des "habitants" des camps en Italie ... non ?
Vous comptez aussi les ... "assimilés" parmi ces 10 millions ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 22/09/2008

Victor
Encore...
Donc, les Rroms seraient tous des mendiants, des "habitants" des camps en Italie et trois points? Puis ceux qui ne seraient dans aucune de ces catégories, celle "trois points" compris, seraient selon vous "assimilés"? Assimilés en quoi? Moi, à votre avis, je suis aussi assimilé, parce que je sais écrire? Mohacsi serait aussi assimilée parce qu'elle est député? Rajko Djuric, longtemps président de l'Union rromani internationale et actuellement député et responsable de la plus grande agence de presse serbe serait lui-aussi assimilé, malgré ses nombreux écrits de littérature en rromani?
Puis, les Roumains,les Bulgares, les Français, les Polonais etc. qui habitent aussi dans des camps en Italie ou ailleurs, qui mendient, eux seraient assimilés en Rroms?
Vous savez, les Russes aussi, disent à propos des Roumains: "Roumain, ce n'est pas une nationalité, c'est une profession", expression reprise une fois par le général de Gaulle!

Écrit par : voxrromorum | 23/09/2008

voxrromorum
Encore...

Les sédentaires, oui ou non, sont-ils rroms, pour vous ?
N'y a-t-il aucune différence entre les sédentaires et les nomades ?
Viktòria Mohacsi, se bat-elle aussi pour ceux qui n'en veulent pas ?

Vous vous emportez bêtement et stupidement.

"Elle se bat pour le peuple Rrom, pour son peuple, pour ces 10 millions d'Européens qui ne sont pas prévus dans le paquets des mesures sociales de l'Europe pendant les dix prochaines années encore."

C'est le texte de l'article, qui m'a fait poser la question.
Ceux qui n'ont aucun problème, on les défends contre leur propre gré ?

Elle, elle fait bien de la politique.
Madalin Voicu aussi.
Des centaines d'autres aussi.
Alors ... de quels paquets parlez vous ou bien l'auteur de cet article ?

MESEMROM, à Genève, se bat pour des mendiants rroms, venus de Roumanie, non pas pour les rroms qui travaillent, ni en Italie, ni en Espagne et encore moins pour ceux de Roumanie, Bulgarie, etc.

Donc, votre fantasme concerne qui ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 23/09/2008

10 millions, sédentarisés ou pas sont concernés par la discrimination. Discrimination à l'école, refus au logement, refus l'emploi. Le chemin vers l'égalité à l'égard des rroms est encore long.

Écrit par : duda | 23/09/2008

Viktoria MOHACSI (SZDSZ, Hongrie) a conclu: "Plus de 10 millions de Roms dans l'UE attendent l'abolition des discriminations multiples et persistantes dont ils sont victimes dans tous les domaines, de la ségrégation dans l'éducation à la violation des droits de l'homme les plus fondamentaux. La communication de la Commission peut être considérée comme une bonne base pour l'élaboration d'une stratégie complète de l'UE vis-à-vis des Roms, ce qui est primordiale pour réduire effectivement l'impact social provoqué par discrimination. Une telle stratégie doit comprendre des mesures efficaces et détaillées contre la discrimination à mettre en oeuvre au niveau de l'UE mais surtout dans les Etats membres. J'espère que la Commission répondront aux espérances des citoyens de 27 Etats membres".

Écrit par : duda | 23/09/2008

Bien Victor,
Je réponds "bêtement et stupidement" à vos questions hautement "intelligentes et pertinentes":
1. Les nomades sont nomades parce qu'ils vont d'un lieu à un autre, essentiellement suivant des cycles de leur activité économique: cueillettes et chasse essentiellement. Au Moyen-Age il y en avait beaucoup, notamment des populations d'Asie Centrale, comme les Seldjouks. De nos jours, il n'en reste que très peu.
2. Les sédentaires sont des populations fixées. Cela ne veut pas dire qu'elles sont immobiles, surtout dans un monde où la mobilité est de plus en plus nécessaire.

Jusqu'ici, nous avons donc parlé de nomades et de sédentaires. Les deux catégories sont définies par référence à leur relation à la mobilité: régulière chez les uns, occasionnelle chez les autres.

3. Les Rroms sont un peuple qui se caractérise par une histoire, une langue et une culture. Arrivés en Europe il y a 7 siècles, ils s'y sont installés. Une partie d'entre eux a continué à circuler jusqu'à plus ou moins récemment. Aujourd'hui, on évalue à environ 4% la partie des Rroms qui mènent une vie mobile ou semi-mobile. Ces 4% sont concentrés dans l'Ouest de l'Europe, notamment en France et en Angleterre.

J'espère donc que malgré la "stupidité" et la "bêtise" de ma réponse, vous comprendrez que le nomadisme n'a rien de rrom. A l'inverse, pour les 4% des Rroms qui mènent une vie mobile ou semi-mobile, il représente un trait identitaire fort, qui doit être respecté.

Vous parlez de MESEMROM, disant qu'ils s'occupent des mendiants. C'est très bien. Mais le fait qu'ils mendient ne veut nullement pas dire qu'ils sont nomades.

Puis, vous parlez de Madalin Voicu. Je ne connais pas assez le personnage, mais certaines de ses déclarations m'ont profondément déplu. Vous savez, il y a une différence entre être Rrom et le devenir pour faire de la carrière. J'en connais un certain nombre qui ont toujours nié être Rroms jusqu'au jour où ils pouvaient en tirer un profit. Là, ils sont devenus les plus Rroms de tous. Cela s'appelle de l'opportunisme et ce n'est pas une maladie ethnique, c'est un fléau universel. L'un de ceux-là on l'a même qualifié de "curiosité obstétrico-gynécologique" dans une réunion officielle, puisqu'il était né Rrom à l'âge de 50 ans.

Enfin, il faut bien se rendre compte que la question n'est pas sociale, mais bel et bien politique. La dimension sociale qu'on y voit (une partie n'est pas visible par tout le monde) n'est que le sommet de l'iceberg. La problématique est trop souvent renversée, et vous n'êtes pas le seul à la voir renversée. Tant qu'on n'a pas intégré l'idée que nous sommes un peuple, et non pas un ramassis de gens victimes de toutes sortes de fléaux tels que le racisme, le rejet, l'exclusion etc., on ne peut pas comprendre.

Et pour finir, le vocabulaire roumain n'est pas pour vous faciliter la tâche, puisqu'en roumain, les "nomazi" étaient ceux qui habitaient sous des tentes, et non pas forcément ceux qui nomadisaient. Savez-vous pourquoi ils habitaient sous des tentes? En tant qu'esclaves, ils n'avaient pas le droit d'avoir un toit, et ceci jusqu'en 1856. Puis, affranchis, ils n'ont eu aucune orientation et encore moins une aide des autorités, contrairement à leurs anciens maîtres, qui étaient indemnisés pour la perte de leurs esclaves. Et puis il y a eu la déportation, et surtout, le silence absolu sur les 5 siècles d'esclavage, qui est assourdissant encore aujourd'hui.

Je ne sais pas si ces quelques éléments vous serviront à votre réflexion, mais même dans le cas contraire ils serviront peut-être à d'autres.

Écrit par : voxrromorum | 23/09/2008

@ voxrromorum,

"Savez-vous pourquoi ils habitaient sous des tentes?"
Oui.
J'ai lu cet article, qui est édifiant, mais pas le seul.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Migration_des_Roms_de_l%27Inde_%C3%A0_l%27Europe

Par habitude, tradition, us et coutume tribale.

Les Seldjoukides sont, comme tous les Turcs, des nomades pastoraux.
Ils élèvent moutons et chevaux, se déplacent en hordes avec attelages et tentes et parcourent les steppes d’Asie centrale.
Le mot turc ordo (français : "tente") donnera le mot "horde", le nom de la langue des cours musulmanes de l'Inde, l'ourdou - ou «langue du camp militaire» - et en romani, le mot vurdon (français : "chariot").

Les Seldjoukides se replient à l’Est de l’Anatolie et fondent le Sultanat de Roum (rum = pris aux Romains, l'empire de Rome).
Ils se sédentarisent dans les villes et se font construire des milliers de palais et d’édifices grandioses pendant que les tribus Turkmènes et Oghouzes incontrôlées continuent de vivre sous la tente à la périphérie du sultanat transformant les terres cultivées en steppes pour leurs troupeaux.
Seldjoukides, Turkmènes et Roms ne représentent pas plus de 10% de la population d’Anatolie composée majoritairement de Grecs et d’Arméniens.

L’arrivée des premiers « Tsiganes » dans les Balkans coïncide avec celle des Ottomans.

A l'époque de Gengis-Khan et de ses successeurs, une vaste confédération nomade se forme, composée de Mongols (l'élément fédérateur), de turcophones Oghouz et Tatars, et de Roms.
Ces derniers se mettent sous la protection des Tatars dont ils sont à la fois les éclaireurs, les éleveurs de chevaux, les bûcherons, les charretiers, les forgerons, les saltimbanques et les fossoyeurs; en échange, ils ont droit à une part du butin pris sur les sédentaires.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 24/09/2008

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