18/09/2008

UE- Sommet sur les Rroms- Mais que veulent les Rroms ?

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Marcel Courthiade
Professeur à l'INALCO,
responsable des études linguistiques Rromani,
Commissaire à la langue et aux droits linguistiques de l'union Rromani internationale, Paris
Sur la photo, il tient entre ses mains un seau en plastique inscrit dessus, "Colle de haute qualité pour couvrir le mensonge pour une surface de 10 m2- Et sur le pinceau - malheureusement - désolé!"


Impossible de discuter de choses importante avec 350 personnes qui se connaissent ou qui ne se connaissent pas, qui n'ont pas de liens entre elles. Il faut créer une articulation entre nous , faciliter des moyens de communications plus efficaces, favoriser un vrai networking, créer des bureaux locaux qui permettent d'échanger entre nous, tout au long de l'année. Les demandes de fonds exigent un cadre très rigide qui correspond davantage aux attentes de la Commission qu'à nos véritables besoins.

Ce qu'on craint c'est de renforcer le regard social, c'est le refrain social qui nous a mis dans des situations de dépendance depuis 50 ans au moins. Il Il y a des programmes sociaux qui ne font qu'empirer notre situation. Tant qu'on est dans le social, on est dans la mendicité, dans la compassion, dans l'humanitaire. Nous ne sommes pas et ne devenons pas de véritables partenaires. On est associé à des animaux en voie de disparition qu'il faut sauver, une espèce de mouche venue d'on ne sait où.


Il est plutôt indispensable de reconnaître notre identité, notre patrimoine qu'on doit respecter. Ce n'est pas parce qu'on a pas de territoire qu'on est éparpillé dans le monde entier qu'on existe pas, Ce n'est pas parce qu'on est pas dans des schémas classiques avec des frontières, des ministres qu'on existe pas. Il y a une autre façon d'être européen, une autre alternative, pendant que les Européens vont vers la pluralité, on nous pousse vers la négation de cette pluralité.

En 2000, nous avions proposé des statuts-cadre suite à la demande du parlement belge qui voulait ainsi contrer la montée du racisme en montrant que des efforts seraient faits pour nous donner une chance de mieux nous présenter. Donc, nous avons fait des propositions comme la reconnaissance de notre langue, de notre culture, de notre contribution économique à l'Europe. Et deuxièmement , définir qu'il y a une entité Rrom qui n'est pas seulement liée à la misère, à la mendicité. Il y a des réalisations positives de projets intéressants en Europe mais qui ne sont pas pérennes. Elles peuvent disparaître du jour au lendemain en fonction du gouvernement en place. Le vent peut tourner. Les statuts-cadre ont pour but d'assurer une continuité des programmes qui réussissent. Rédigés en 2000 en vue de l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'Union européenne, aujourd'hui , nous les avons mis à jour en août 2008.


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Saimir Mile -Président de l'Association La Voix des Rroms

Le fait que la France lors du Sommet de Bruxelles (dans la bouche de Boutin) dise qu’il y a environ 400.000 Rroms en France, est une avancée. Jusqu’ici, elle ne reconnaissait que des « gens du voyage », définis donc par référence à une mobilité soit inexistante soit limitée, et déconsidérait tout aspect historique, culturel ou linguistique de l’identité rromani. C’est la première fois qu’on appelle les choses par leur nom, et c’est un bon signe. C’est aussi un bon signe que Christine Boutin dise qu’elle s’engage pour la suppression des titres de circulation et pour que tout le monde ait une carte d’identité de droit commun.
Je suis rassuré dans une certaine mesure, mais je reste très vigilant.
Les dernières semaines de l’année 2008 seront déterminantes, avec les deux réunions préparatoires du Conseil européen de décembre. Si la France apprend à tirer bénéfice du potentiel rrom qui existe sur son sol et se poser en leader de cette initiative européenne pour les quelques semaines qui lui restent dans la présidence, nous pourrons encore espérer.
Quand je dis « potentiel rrom », je parle notamment de l’INALCO, seul établissement universitaire dans le monde à délivrer une licence, et bientôt un master de langue et civilisation rromani, ou encore du fonds documentaire exemplaire des Etudes tsiganes, ou encore du travail accompli par l’ancien Centre de recherches tsiganes à l’université Paris 5, dont a hérité le Groupe d’Etudes pour l’Europe de la culture et de la solidarité (GEPECS) au sein de cette même université, mais aussi, du point de vue historique, de la place qu’a eue la France dans la naissance et le développement d’un mouvement rrom au niveau international : c’est une initiative de Rroms de Montreuil qui a abouti à la création de l’Union rromani internationale, ONG reconnu aujourd’hui par l’ONU, où elle a un statut consultatif.

En conclusion, si la France oriente l’action européenne vers une reconnaissance de l’identité rromani comme une composante intégrante de l’Europe, comme un apport et comme un potentiel, par opposition à un regard exclusivement social sur la question, nous aurons gagné un combat qui dure depuis des décennies. Et avec nous, l’Europe aura gagné le pari qu’elle a fait et la France aura gagné la place qui devrait être la sienne sur la scène européenne : celle d’un pays qui ne reconnait pas formellement les minorités, mais qui par son action mets celles-ci sur un pied d’égalité avec toutes les autres populations, dans une Europe où le concept même de minorité devient caduque.






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