16/08/2008

Le devoir de mémoire et de connaissance


Un texte qui été envoyé sur le blog suite à - Berlusconi - Les racines de la haine ou la frérocité - et qui mérite de reparaître.
Merci Dr Georges Yoram Federmann, citoyen psychiatre à Strasbourg, de nous rappeler à travers un discours tenu lors de la commémoration 2008 sur le Génocide Arménien, le rôle de la mémoire et le travail de connaissance pour éviter encore et encore le massacre du tiers exclu.
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Nous avons été frappés au cours de nos recherches et de nos combats pour la reconnaissance des expérimentations réalisées sur l’homme à Strasbourg et au Struthof en 1943 par la prise de conscience que ce sont les médecins qui participent dès 1933 à la rédaction des premières lois raciales nazies (dont la stérilisation des sourds-muets), que c’est la profession qui adhère dans la plus grande proportion au nazisme et que ce sont les médecins allemands qui cumulent le plus de prix Nobel de médecine jusqu’en 1933.
Pour moi les expériences de Struthof et d’Auschwitz ne sont pas l’œuvre de médecins fous ni la conséquence d’un accident de l’histoire, ce serait fautif de ne retenir de ces tragédies que ce constat qui nous permettrait de nous situer définitivement, à partir de Nuremberg, du côté du «bien», autorisés dès lors à dénoncer le «mal».
Les choses sont beaucoup plus nuancées et je ne peux m’empêcher de poser la question du lien existant entre «la meilleure médecine du monde» et la réalisation de ces forfaits.
Les 2 éléments ne pourraient-ils pas être liés?
Par ailleurs comment intégrer dans notre recherche de compréhension l’incarnation la plus accomplie de l’idéologie médicale nazie que je situe, personnellement, plus encore au Struthof qu’à Auschwitz.
Dans le cadre de notre travail nous nous sommes toujours attachés à associer tous les groupes sociaux, politiques ou religieux qui avaient été stigmatisés par les nazis : malades mentaux, sourds-muets, Témoins de Jéhovah, homosexuels notamment et nous sommes battus pour lutter contre le relatif déni du génocide des Roms (Samudaripen en romani)
Nous avons toujours travaillé à honoré la mémoire des victimes des autres génocides du 20 ème siècle dont celui de nos frères ARMENIENS, en 1915.
Est-il pertinent d’essayer de s’identifier aux victimes, non pas pour se réapproprier leur expérience et leur témoignage sacrés et se substituer à eux, mais pour sensibiliser les générations futures à ce qu’ont pu être les «appels» des Sonderkommandos, les Musulmans, le froid, la faim, la soif, le renoncement à la pudeur et à la solidarité, la puanteur….
Est-il pertinent de s’identifier aux bourreaux et notamment aux médecins à partir du principe que l’exercice de la médecine est universel et intemporel et de la proposition de Levi : «L’oppresseur reste tel, et la victime aussi : ils ne sont pas interchangeables, il faut punir et exécrer le premier (mais si possible, le comprendre), plaindre et aider la seconde, mais tous deux, devant le scandale du fait qui a été irrévocablement commis, ont besoin d’un refuge et d’une protection, et ils vont instinctivement à leur recherche. Pas tous, mais les plus nombreux, et souvent pendant toute leur vie» (In les naufragés et les rescapés, page 25)

Qu’aurions-nous faits nous-mêmes si nous avions été médecins en 1933 en Allemagne?.
Notre mémoire d’Auschwitz doit rester vivante.
Qui en sera dépositaire quand tous les rescapés auront disparu?
Comment la reconnaître, comme l’identifier, comment l’étudier, comment la transmettre?
Y-a-t-il une pédagogie de la Shoah, y-a-t-il une pédagogie du Samudaripen?
Cette mémoire doit nous inciter à améliorer son enseignement et cela passe nécessairement par celui du contenu et de l’essence du procès de Nuremberg dans les facultés de médecine et de sciences en Europe.
Il nous faut aussi espérer que l’on puisse remettre à chaque étudiant en première année de médecine en France le rapport d’autopsie des professeurs SIMONIN, FOURCADE et PIEDELIEVRE, daté du 15 janvier 46, qui décrit méticuleusement l’autopsie, réalisée à Strasbourg de 17 sujets entiers et de 166 segments de corps appartenant à 64 personnes au moins.
17 matricules étaient déjà identifiés.
Rapport d’autopsie, dont j’ai suggéré au Président SARKOZY il y a un mois à peine, de pouvoir le remettre à chaque étudiant en médecine de première année.
Doit-on considérer cet emblématique drame comme un évènement anachronique ou en rechercher, en permanence la modernité, en mettant de manière obsessionnelle la médecine au service des plus démunis et des traumatisés d’aujourd’hui?
Sommes-nous capables de rendre Médecins du Monde inutile en revendiquant d’accueillir l’ensemble des misères de notre pays dans nos cabinets?
Nous célébrerons Yom Hashoah ,dans quelques jours, le 4 mai 2008.
Ce sera l’occasion solennelle de lire le nom de tous les juifs Bas-Rhinois qui ne sont pas revenus de déportation.
Les noms seront lus l’un après l’autre en présence de Mr Terry DAVIS.

La particularité strasbourgeoise de cette cérémonie réside dans le fait que nous tenons à associer depuis 3 ans « le devoir de connaissance » concernant le génocide des Roms
dont on estime à 600 000 le nombre de disparus du fait du totalitarisme nazi.

Nous voulons travailler à faire reconnaître le préjudice subi par ces communautés dans toute l’ Europe et notamment par le régime de Vichy.
Rappelons que « nos » derniers manouches n’ont été libérés des camps d’internement de Vichy…qu’en juillet 1946 !

Nous tenons à associer la mémoire des premières victimes du nazisme qui durent subir à partir de 1934 les stérilisations forcées : nous voulons parler des sourds muets et malentendants.
Demandez-vous comment ils ont pu témoigner de leur persécution ?
Une traductrice en langue des signes sera avec nous pour « signer ».

Nous évoquerons la liste de 210 noms de résidants des trois départements annexés ( Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle) arrêtées au titre du motif 175 (Homosexualité).
Le seul à avoir témoigné reste le Mulhousien Pierre SEEL qui nous a quittés en décembre 2005.
Nous évoquerons les 100 malades mentaux de Hoerdt et Stéphansfeld transférés le 5 janvier 1944 à Hadamar pour y être gazés dans le cadre du programme d’euthanasie T4.

Nous honorerons la mémoire des 86 victimes juives des expérimentations sur l’ Homme réalisées par le Professeur Hirt en 43.
Nous donnerons le noms des 4 victimes Sintis ,connues, des expérimentations sur le phosgène du professeur BICKENBACH.
Les médecins allemands ayant adhéré au nazisme étaient ,à Strasbourg, parmi les meilleurs du Monde.

Notre travail est certes « un travail de mémoire » mais il se veut avant tout « un travail de connaissance » qui marque un des aspects fondateurs de l’ Identité Européenne et qui nous montre l’aspect dépassé de toutes les aspirations et revendications nationalismes ainsi que de la tentation de redéfinition « d’une identité nationale » irrémédiablement archaïque, comme nous le montre bien l’œuvre de l’école d’ Aimé Césaire.

Honorer chaque nom , c'est faire honneur à la mémoire de l' Humanité entière.

Dr Georges Yoram Federmann




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Commentaires

"""Le devoir de mémoire et de connaissance"""...mais c'est exactement ce que la Croix Rouge Italienne veut faire...en prenant ampreintes, dates, filiation...

Ils se doivent de retracer quel enfant apparrtient à quel parent...c'est bien pour connaître...non ?

Pour connaître le nombre, la provenance...etc.

La Croix Rouge Italienne vous aide, tout simplement, ils apportent leur soutien...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 16/08/2008

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