BIENVENUE CHEZ LES RROMS

  • "Si l'on vous retire la fierté de vos origines, on vous retire tout votre être"

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    IMG_20190704_185523.jpgUn billet de mon invité Marcel Courthiade* - Dans un magnifique discours de près de vingt minutes, la maire de Paris, Madame Anne Hidalgo, a rendu un ardent hommage au patrimoine et à la créativité des Rroms en France et dans le monde à travers l'œuvre de Delia et Alexandre Romanès, qui dirigent le cirque tsigane du même nom, puisqu'elle leur a remis la médaille de vermeil de la Ville de Paris. Delia et Alexandre tiennent tous deux au nom de "tsigane" – mot apparu pour la première fois sous cette forme en français en 1826 au lieu de Bohémiens ou Romanichels dans la lettre n˚ 30 de "Six ans en Russie" de Jacques-Arsène-François-Polycarpe Ancelot. Déjà dans cette lettre de Russie, la dimension d'envoûtement artistique portée par ces "tsiganes" est éclatante: "Je ne connais rien de plus harmonieux, écrit Ancelot, que ces chants exécutés en parties et avec une précision admirable, par ces voix d'hommes et de femmes merveilleusement mariées; mais c'est surtout l'aspect de leur danse délirante qui, portant dans l'âme un trouble inexprimable, explique l'empire que ces femmes étrangères exercent sur les jeunes seigneurs russes." Ancelot, intarissable d'éloges, explique que les "Bohémiens [...] sont appelés ici des Tsiganes" (en russe).

    Mais l'œuvre d'Alexandre et Delia va bien au delà de cette vision classique, puisque celui-là est l'auteur de plusieurs recueils d'une poésie empreinte d'une subtile et fraîche sincérité, recueils pour la plupart publiés chez le très exigeant Gallimard, tandis que celle-ci a entièrement renouvelé le cirque en le transposant d'un sensationnel prosaïque à une poésie tant visuelle que musicale. Car c'est là le trait commun de ce fils d'un peuple qui n'a jamais tenu à laisser des traces après lui – on pense à l'anitya... et de sa rromni venue de Braşov : manifester la poésie qui anime aussi bien l'écrit que la scène et le quotidien – douce et réconfortante turbulence magnétique de notre être. D'ailleurs le lien ombilical d'Alexandre à la pensée rromani est évidente, comme je l'ai ressenti lorsqu'il y a quelques années j'ai traduit en rromani son livre "Un peuple de promeneurs" et que j'avais l'impression non pas de traduire, mais de restituer un original. Au delà de la langue, le souffle, l'âme, restait fidèle à ce qui va au delà des mots, qui palpite en dessous du dit du vu. Ce cirque n'est pas un cirque, c'est un message, un rappel à nos sociétés embrigadées que la vie existe – espérons qu'il est encore temps... Aucun écran, aucun face-book, aucun logiciel, aucune carrière ne remplacera jamais la poésie que ce couple invraisemblable magnifie et nous laisse à portée de main, le long de sa route.

    Car c'est là un autre trait : le voyage – non pas au sens administratif et gendarmesque de "Gens du Voyage" mais dans une projection à la fois intérieure et universelle de fuir les racines, les scléroses et autres geôles bien-aimées. On pense aux vers de Palamas dans son "Dodécalogue du tsigane" (Δωδεκάλογος του Γύφτου) ; cent ans après lui Alexandre et Delia rejoignent les aspirations de ce père du grec moderne, ils les rejoignent et en déploient encore plus les ailes.

    J'espère d'ailleurs pour nos amis suisses que bientôt le Cirque Romanès entreprendra une tournée dans leur pays – qui m'est si cher. Déjà une série de villes allemandes devraient l'accueillir cet hiver. En tout état de cause, la reconnaissance exprimée par la maire de Paris me va droit au cœur, d'autant plus qu'Alexandre, comme tant et tant de grands Rroms, continue d'être rejeté par les "experts de l'université". Le 15 juin dernier, dans une conférence à Bormann Mereno (Paris XV˚), je disais "Nous avons parmi nous l'un des plus brillants poètes du monde rrom et même temps l'un des plus grands de langue française. Or dans un récent colloque universitaire sur la littérature des Rroms, son nom a été évacué – car 'il ne correspond pas'. À quoi ? À l'idée que se fait une vague gaʒi hongroise se permettant d'imposer ce qui correspond et ce qui ne correspond pas [...] Lui est publié chez Gallimard, traduit en langues étrangères et madame la mandarine décrète 'Non, pas Alexandre'." Pour ma part, je garde son "Luth noir" dans ma poche où que je me déplace – même si nous ne sommes pas d'accord sur l'usage de "tsigane" ou "nomade". Il y a plus important sur terre – et de toute manière ces contradictions minimes donnent l'occasion de rappeler l'histoire et la valeur des mots... en évitant ainsi que tombe dans l'oubli le message historique qu'ils convoient.

    Et pour finir, puis-je omettre de dire ma joie d'avoir vu – et photographié Délia revêtue de son "portu", cet habit traditionnel rrom tant décrié de nos jours par les chauvins et autres racistes bouseux de Roumanie: Delia en "portu" aux côtés d'Anne Hidalgo en robe d'été dans les prestigieux salons de l'Hôtel de Ville de Paris ?!

    PS : le titre de cette contribution est extrait du discours de Madame Anne Hidalgo.

    *Marcel Courthiade - Docteur en linguistique, titulaire depuis 1997 de la chaire de langue et civilisation rromani à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) à Paris, MARCEL COURTHIADE est commissaire a la langue et aux droits linguistiques de l'Union Rromani Internationale et consultant de plusieurs gouvernements pour l'éducation des Rroms (Hongrie, Serbie, Cossovie [Kosovo], Albanie)

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  • "PETITE HISTOIRE DU PEUPLE RROM"

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    Petite-histoire-du-peuple-rrom.jpgEntretien avec Marcel Courthiade à propos de son livre : « Petite histoire du peuple rrom ; première diaspora historique de l’Inde »

    Entretien réalisé par la Rédaction de Yonne Lautre le 5 avril 2019

    Rédaction de Yonne Lautre : Marcel Courthiade, votre livre porte le titre de ’Petite histoire du peuple rrom ; première diaspora historique de l’Inde’, pourriez-vous le présenter, expliquer votre conception de l’Histoire et votre méthodologie ?

     

    Marcel Courthiade : Ma méthodologie n’est pas très originale, et pourtant j’ai l’impression qu’elle n’est pas assez appliquée - notamment dans les Histoires officielles : 

    • le premier principe est d’éviter les lunettes de l’idéologie, des dogmes et des postures le plus possible - en tentant d’éviter surtout les lentilles de contact si solidement implantées qu’on ne les sent plus.... Je sais que ce n’est pas facile mais par rapport aux historiens classiques qui travaillent sur un pays ou une nation, le regard rrom qui couvre des dizaines de pays permet d’échapper à ça. Par exemple le chapitre sur les Rroms dans l’Empire ottoman me semble un apport à toute l’histoire car il échappe à la fois au regard orientaliste occidental et au regard nostalgique chauvin turc. En plus mes racines grecques du peuple m’ont vacciné contre le regard crispé antiturc de l’école grecque officielle - mais aussi des écoles des autres pays des Balkans. Mais je pourrais dire la même chose du chapitre sur les Rroms en URSS et bien d’autres... 
    • autre point : tenter de ressentir les périodes historiques de l’intérieur, bien sûr en évitant la subjectivité, simplement en essayant de donner la priorité aux préoccupations qui semblaient essentielles aux gens de l’époque - donc éviter les anachronismes non seulement factuels, mais aussi conceptuels. L’historien indien Ashok R. Kelkar parlait de la ’capacité d’imaginer les personnes impliquées [dans le passé] non pas comme de vagues personnages vénérables ou méprisables agissant dans une sorte de mécanique ou d’arithmétique de l’Histoire, mais comme des humains de chair et de sang ressentant comme nous, mutatis mutandis’. C’est ce qu’il appelle la jonction de l’humanisme et des sciences humaines. 
    • articuler les événements traités avec les grandes interrogations des diverses époques - qui évoluaient en permanence : national[ist]es, religieuses, économiques, identitaires, philosophiques. Surtout ne pas traiter l’histoire des Rroms comme celle d’extraterrestres de passage, mais une histoire intégrée à la société. Rester aussi critique, comme par rapport à l’antitsiganisme des Lumières, de Kant ou de son disciple Krause. Comprendre des actes pour nous odieux mais inspirés d’un dogme noble - comme avec Marie-Thérèse d’Autriche, dont les décisions aujourd’hui révoltantes marquaient un progrès par rapport à son père. Et correspondaient à son époque. Accepter les pages noires, par exemple l’enrichissement des Rroms du Brésil avec le trafic des esclaves noirs - un chapitre qui me vaut maintes et maintes insultes, mais l’esclavage était intégré au modèle social.  

    Je crois pouvoir me vanter d’être parvenu au cours des années à une histoire bien plus neutre que celles enseignées dans les écoles. Ce n’est pas un mérite mais le fait de traiter d’une histoire transfrontière. Certains points vont nous amener l’hostilité d’historiens gaʒés - car en aucun cas nous ne suivons les affirmations de type revendicatif qu’ils ont : on n’est jamais assez hongrois pour les Hongrois, assez roumain pour les Roumains etc. et ce regard rrom permet de maintenir un équilibre.

    Pourquoi, à votre avis, ce peuple dérange-t-il autant les gadje (ceux qui n’appartiennent pas au peuple rrom) ?

    Les érudits européens ont créé une image des Rroms comme ’un merveilleux amaz d’ordures que de ces gens là’ ou ’étonnant cloaque de gens’ ou encore ’voleurs de haut vol, égout et sentine de différentes races’, image qui a été notamment diffusée par les Encyclopédistes et a pénétré dans les couches les plus primitives (peut-être les couches limbiques) du cerveau des braves gens, si bien que la prétendue marginalité des Rroms fait partie des fondements premiers de la vision du monde de l’Européen λ, une évidence qui n’est pas même remise en cause car elle échappe à la réflexion, trop consubstantielle aux certitudes. A ceci s’ajoute le traitement institutionnel entièrement social, dans la négation du patrimoine, de l’histoire, de toutes les valeurs de ce peuple, le mythe des Rroms qui n’ont pas vocation à s’intégrer etc. Or la vérité est autre, si bien que cette contradiction entre le discours raciste et/ou paternaliste et la réalité, jointe à la répugnance créée par le cliché calomnieux du ’tsigane’, a de quoi déranger. Il n’y a que la diffusion de la réalité la plus objective possible qui puisse permettre de dépasser ce blocage. 

    Et pourtant ne pourrait-il pas leur apporter beaucoup, notamment - nous allons bientôt voter- une autre vision européenne ?

    En fait c’est le contraire qu’on voit : autant les Rroms de ma génération avaient une vision européenne de la vie, autant les plus jeunes sont devenus hypersensibles aux discours nationalistes et on voit des Rroms de Serbie haïr des Rroms cossovars sur le modèle des gaʒés locaux, des Rroms de Roumanie et de Hongrie faire de même, des Rroms français ou espagnols redouter les ’Roumains’ et les ’Yougoslaves’... C’est le côté négatif de l’intégration : intégrer les bassesses de la société dominante et perdre le patrimoine qui était bien supérieur. Le fait d’avoir été rabaissé pendant des siècles conduit à l’assimilation aux couches les plus basses de l’échelle sociale, avec leur regard souvent simpliste et égoïste sur la vie.

    Comment analysez-vous les récentes violences contre des Rroms en banlieue parisienne ?

    C’est tout à fait normal. L’intelligentsia française et en partie européenne a toujours refusé de reconnaître les Rroms comme un peuple avec toute la richesse qu’il apporte à la société, en termes de vision du monde, de diversité, de patrimoine, de créativité, de travail physique, artistique (sauf la musique), industrieux etc. Cette intelligentsia impose son monopole dans le déni de toute identité rromani qui ne soit pas, comme dit le poète Rajko Djurić ’du vent le jouet, du monde le rebut’, donc elle nous présente uniquement comme un problème, un handicap, un danger pour la société. À ceci s’ajoutent les rumeurs débiles de trafic d’organes, que j’avais déjà entendues vis-à-vis des Albanais pendant les guerres des Balkans, rien de neuf. Alors des gens qui au départ veulent s’arroger un rôle valorisant de défenseurs violents de la veuve et de l’orphelin, souvent des gens en mal d’identité propre dans cette société, sautent sur ce prétexte pour se défouler. Ce n’est pas la rumeur qui a lancé les violences, c’est un trop-plein de violence qui a suscité la rumeur comme prétexte. Et face à cela les négationnistes universitaires gardent le monopole des médias pour enfoncer le clou de ces Rroms qui seraient par définition des cas sociaux, presque par construction (ils n’osent pas dire génétiquement, mais c’est la même idée). 

    C’est pour ça qu’il faut casser le monopole du déni. L’exode des proto-Rroms de la ville de Kannauj en Inde du nord a eu lieu à la fin de l’hiver 1019, il y a exactement mille ans - Millénaire fêté en grande cérémonie en Inde cet hiver, dans les hauts lieux les plus prestigieux du pays. Il y aura cet été 600 ans que les premiers Rroms ont été mentionnés en France, exactement à Châtillon sur Chalaronne dans l’Ain. Il est donc temps de passer à la diffusion d’éléments moins dogmatiques, moins faussés et moins calomnieux que ce qui est imposé par les paternalistes, car sans cela les violences se répéteront et s’installeront dans la (déplorable) routine... 

    Vous êtes titulaire de la chaire de rromani à l’INALCO, pouvez-vous nous parler de cette langue ?

    C’est une langue à part entière, de la même famille que le sanskrit - langue de la culture de l’Inde. Ses locuteurs ont quitté le nord de l’Inde il y a mille ans et mille ans plus tard elle est encore connue de 7 millions des Rroms et parlée tous les jours par environ 5 millions. C’est un miracle par rapport à d’autres diasporas. Elle comporte 4 dialectes - bien sûr avec de petites variantes locales et son alphabet commun à ces 4 dialectes a été officialisé en 1990 (Congrès mondial de Varsovie). Elle a une littérature orale très riche, mais aussi une littérature écrite qui a véritablement démarré dans les années 1920. La bibliothèque BULAC à Paris a 480 ouvrages littéraires en rromani - elle vient d’ailleurs de consacrer une exposition au Millénaire. L’État roumain a reconnu le rromani comme langue minoritaire et c’est environ 36.000 élèves rroms par an qui peuvent suivre des cours de leur langue maternelle mais aussi de littérature, d’histoire etc. L’Europe incite les autres pays à suivre l’exemple roumain, mis en place en 1991, mais les autres États sont sourds à l’appel. Seule la France a commencé une réflexion qui peut être fertile dans ce domaine puisqu’enfin la diversité et la pluralité internes sont perçues comme une richesse pour toute la nation. Continuons le plus possible à avancer là dessus car le spectre arriéré d’une république des clones hante toute l’Europe...

     

    Pour soutenir la publication de ce livre :
    https://yonnelautre.fr/spip.php?article15469

     

     

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  • Rroms - Les fake news qui tuent

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    macron-fake-news-bobards-dor.jpgSuite aux accusations infondées d'enlèvements d'enfants par des Rroms dans une camionnette blanche, en Ile de France, et la violence qui s'en est suivie lors d'expéditions punitives et de nuits de chasse aux Rroms marqués par des lynchages et des coups donnés à des innocents, m'est revenu le  souvenir d'une femme Rrom qui répondait en souriant aux mêmes accusations faites en Italie, il y a vingt ans. En me  présentant dans sa roulotte, sa joyeuse ribambelle d'enfants, elle disait un brin excédée :"qu'est-ce que vous voulez qu'on aille voler les enfants des autres ,comme si on n'avait pas assez à faire avec les nôtres?"
    Non! Il n'y a pas eu enlèvement d'enfant, non, il n'y aucune camionnette blanche qui kidnapperait des enfants, rappelle la préfecture de police; les rumeurs relayées par les réseaux sociaux sont fausses. Elles rappellent toutes les chasses aux sorcières lancées depuis la nuit des temps;  un retour aux heures les plus sombres de l'histoire, les vieux mythes ont la dent dure. Stéréotypes, préjugés, exclusions, discriminations ! L'histoire est truffée de ces rumeurs à l'encontre d'une minorité et pourtant elles continuent à tuer.
    Pour mémoire, le massacre des Juifs, le 14 février 1349, plus de 2000 habitants juifs brûlés vifs par les chrétiens de la ville après des accusations comme quoi, ils étaient responsables de la peste noire. Sous Hitler, les Tsiganes étaient accusés de propager des maladies, il fallait donc les éradiquer, tous. Les fake news existaient déjà bien avant l'ère d'internet et des réseaux sociaux.

    L'anti-permet toutes les dérives et les réseaux sociaux se lâchent et sans complexe. Au XXIème  siècle, on juge, on accuse et on pourchasse comme autrefois, et c'est ça qui est le plus grave. Les racistes ont les mêmes techniques, créer des psychoses, laisser l' imaginaire malade envahir sans retenue. Non seulement, il faut condamner ces violences, mais il faut dire halte au racisme et ne plus laisser les pulsions primaires prendre le dessus.

    Soutenons les Rroms ! Aujourd'hui, ils sont inquiets, ils ont peur, ils sont choqués, rassurons-les, ils ne sont pas tout seuls ! Nous dénoncerons sans relâche les actes de barbarie, nous montrerons au monde le vrai visage de la haine, nous refusons de sombrer dans ces relents putrides que fabriquent les "fake news".
    Que la France garantisse leur protection, qu'elle montre qu'elle est capable de protéger tous ses citoyens et ceux qui résident sur son sol. On attend un message fort de la part du gouvernement et une protection totale d'une communauté déjà discriminée et actuellement exposée à la folie de fausses rumeurs qui pourraient encore faire des centaines de morts et de blessés.

    Stop! Que la chasse aux sorcières prenne fin immédiatement et on attend de voir comment Macron va lancer sa chasse aux fake news comme il l'a promis. 

     

    Pour votre information, les Rroms ont eu aussi leur légende urbaine, c'est qu'on leur vole leurs enfants pour prélever sur eux des organes, à la différence, c'est qu'ils savent que c'est une peur irrationnelle, atavique et qu'ils n'iraient pas pourchasser des gadgés (non roms)  pour autant. Ils maîtrisent leur peur irrationnelle qui trouve ses sources profondes dans la différence avec les autres que l'on connaît moins bien et qui font courir les fictions.

     

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  • ONE THOUSAND YEARS AGO EXACTLY TODAY

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    photo1.pngOn the 20th of December 1018 (namely 8 of Shaban 409 – Hegira calendar), Sultan Mahmūd of Ghaznī – ruler of a modest city in today's Afghanistan, arrived in front of the main gate of the city of Kannauj – in today's Uttar Pradesh (India).

     As the British historian Cunningham reports: "The situation is a commanding one and before the use of the canon, the height alone must have made Kannauj a strong and important position". Kannauj had been the capital city of Northern India in the 7th century A.D. and had remain since a major cultural, spiritual, artistic and economical centre, even a bone of contention between the three main dynasties of Indian: the Pala, the Rashtakuta and the Gurjara-Pratihara.

    The sultan was coming to this former imperial city in search of artists and craftspersons, whom he needed to raise his local capital Ghaznī in Zabulistan at the rank of most beautiful city in the world. On the next day he entered the seven fortress of Kannauj, ransacked and looted the whole city – famous for its some 10,000 temples of all sizes, and after a few weeks of battles in surrounded areas, he headed back to Ghaznī with 53,000 prisoners "rich and poor, light and dark [...] most of them noblemen, artists and craftsmen, by entire families", 385 elephants and 16 huge chariots full of jewellery.

     This forcibly displaced captives - especially musicians and temple dancers, but also outstanding artisans, architects and perfumers, will form the core of what will become the core of the Rromani people. As they did not comply with the sultan's demands in terms of arts, they were sold to rich families of Khorasan, where they met the Turks on their way to today's Turkey. After the battle of Dandanaqan (1040), they all continued Eastward to Baghdad and later Northward to the Byzantine lands – where the soldiers could freely loot, since these were not Muslim countries.

     Linguistic evidences indicate that the area of the Rroms' origin was comparatively restricted (the kingdom of Kannauj) and the departure occurred in one go. However other populations (Persian, Turkish etc.) intermingled with the prisoners from Kannauj and inflated their number.

     End of Nov. – Beginning of Dec. 2018: prominent Indian institutions have commemorated the Millennium of this exodus: the ARSP (Indian Council for International Co-operation), supported by the ICCR (Indian Council for Cultural Relations – a branch of the Foreign Office), the National Museum in New Delhi, the National University of Law in New Delhi, the University and the City Hall of Lakhnau and the Government Archaeological Museum of Kannauj – newly opened for this event etc. Several conferences were held, with a total of over 60 presentations (to be printed soon) and two Rromani exhibitions inaugurated. A festival is scheduled for 2019.

     The Foreign Minister of India, the Hon'able Sushma Swaraj, confirmed in a private meeting with European and American Rromani participants her will to acknowledge the Rroms as the very first historical diaspora from India (earlier expatriations from India concerned very small numbers of tradespersons and preachers – not enough to develop into a diaspora).

     

    SOME VIEWS OF THE EVENTS:

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    Some of the participants in front of the National Museum in New Delhi (29 Nov. 2018)

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    Another poster (within the Museum): the president of the International Rromani Union – dr Normunds Rudevičs and the Indian researcher in Rromani studies Zameer Anvar.

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    Opening of the Scientific Conference at the National Museum in New Delhi (29 Nov.2018) in presence of the ambassadors of Austria, Germany, Croatia, Greece, Hungary, Serbia and Romania and many Indian high civil servants (from ICCR, ARSP, Indian Foreign Office etc.). There were 23 contributions – to be published soon.

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    The president of the International Rromani Union, dr Normunds Rudevičs' delivering his presentation on "The significance of the Indo-Rromani link in terms of recognition, dignity and social harmony".

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    Some participants in a coffee break with his Exc. the Ambassador of Austria to India.

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    Invitation to the exhibition "The Millennium of Migration of Rromani People from India" at the National Museum in New Delhi (opening on 30 Nov. 2018).

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    Views from the exhibition "The Millennium of Migration of Rromani People from India" at the National Museum in New Delhi (opening on 30 Nov. 2018).

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    The Hon'ble Sushma Swaraj, Foreign Minister of India and Shri Shyam Parande, General Secretary of the ARSP during the private meeting with the Rromani participants in the Scientific Conference.

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    Seminar at the University of Lakhnau (Uttar Pradesh) – from left to right: dr Marcel Courthiade (IRU Commissionner for Language and Linguistic Rights), Orhan Galjuš (IRU Media Commissionner), dr Normunds Rudevičs (president of the International Rromani Union), Hon'ble dr Virendra Gupta (ARSP president), dr I. P. Singh (rector of the University), Sanyukta Bhatia (mayor of Lakhnau) and Bajram Haliti (vice-president of the WRO).

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    In front of the Government Archaeological Museum of Kannauj

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    Visiting the hall dedicated to Rromani Culture at the Government Archaeological Museum of Kannauj (temporary exhibition to be replaced by a standing gallery) 

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    Traditional welcome to the Rromani delegation to Kannauj – "back home after 1000 years"

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    The importance of Rromani women (from left to right : dr Ana Dalila Gómez – a lawyer from Colombia, Maja Familić – a poet and painter from Serbia and Sonia Styrkacz – a researcher in psychology from Poland)

     

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    Proud of our roots.

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    With the renowned poet and fighter for justice Jeevan Shukla, from Kannauj.

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    The main session of the Conference on linguistic justice at the National University of Law in New Delhi (05 Dec. 2018).

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    View of the assistance (there were three sessions in parallel).

     

    WHAT ABOUT THE INTEREST OF THE RROMS IN ALL THAT?

    1) First of all the affirmation of historical truth about the Rroms' origin – and discarding of all fake assumptions about origins from Egypt, Israel, Sumer, Atlantis and even... European garbage or people without any origin. As the historian Benjamin Stora states "Life in denial always exposes you to dangerous memory returns". Historical lies and omissions have never resulted in sustainable progress. Locking Rroms into a fake identity of "travellers" is by no means a better solution – even though it is very fashionable even today.

    2) A basis to convince mainstream society change their vision of Rroms from potential or actual extraneous bodies (first called Gypsies and renamed *Roma [!!!]) to their recognition as Rromani citizens of the World, with their specific history, heritage and capacities – indeed disregarded and scorned in most historical periods but nonetheless extant and even rich.

    3) The first benefit should be the recognition of the Rroms as an entity, allowing to combat the new (soft) methods of elimination: namely conceptual elimination – based on the assumption that this people does not exist at all (except when it is a target of slanders and accusations) and therefore that any manifestation arising from the Rroms is void and non existing, deserving no reply or response.

    What was the "figure of the Gypsy" so far (irrespectively of the label in use) ?

    • poor, dirty and ragged, with dark complexion, lazy and idle, vagrant and beggar, liar, deceiver and thief (even children's thief), cheater, ignorant and careless, parasitic and greedy (today profiteer of social benefits), quarrelsome and violent, even dangerous, fierce and resistant to any form of integration, backward, irresponsible, opportunistic, disbeliever, homeless and without stable religion, of course without morals,
    • but beautiful and seductive, indeed mischievous but resourceful, paramount musician and no less good dancer, generous in his hospitality, holder of fantastic occult knowledge and particularly skilled for the adventure, loving freedom and wide spaces, always merry – in a word an accomplished marginal, almost an extraterrestrial...
    • and also today – after the fashion of bigotery a passive victim, scapegoat, excluded, persecuted, ill-treated, harassed, marginalized and nothing else – not a citizen, not a partner, not a fellow-national.

    Unfortunately, human-rights bigots have been satisfied with the simple change of the label from "Gypsy" to "Roma", with hardly any modification of the stigma behind the words.

     

    However, thanks to the affirmation of a thousand year long history of excellent integration of the Rroms into various society (except obviously when rejected, excluded, chased, literally hunted as wild beasts, hung, burnt, gassed and slaughtered), the Rromani people should now finally access again the dignified place, they should never have lost and be recognized as one of the constitutive nations of Europe – as proclaimed in Prague in July 2000 at the Rromani World Congress, a nation with no compact territory developed from the very first historical diaspora from India.

     

    MORE PRAGMATICALLY:

    • The Rromani people’s benefit

    Recognition of a real cradle of origin and therefore acquisition of dignity and a “speaking up voice” – ceasing to be orphans or Lilith's step-sons...

    Access to high level training in various fields (science, medicine, media, arts etc.).

    Access to fiscal and customs facilities for business and investments.

    Access to high level technologies of communication and applied psychological knowledge.

    Support of a powerful state, with skilled lawyers and Human Rights fighters, to combat discrimination of all kind.

    Mainly motivation for commitments by the youth – liberation from pure materialism

    • The benefit for India

    Promotion of Indian cultural, spiritual and industrial wealth all over the world among social classes with poor access to it.

    Integration into Indian culture of Rromani musical and artistic heritage and all the forgotten page of Indian history – the Rromani page.

    Use of Rromani networks for business (import export, agriculture etc.).

    Combat against worldwide rampant deceptive clichés underrating the Indian heritage.

    • Common benefit

    Diffusion and implementation of a more human approach of economics.

    Subjects for Bollywood productions.

    Promotion of the Rromani spirit of peace beyond religious boarders (modern version).

     

     Dr Marcel COURTHIADE

    @copyright crédit photos D.Chraïti

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  • L’exode des Rroms de l’Inde a 1000 ans

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    exode.jpgL’hiver 2018-2019 marquera l’histoire des Rroms – appelés tour à tour Gitans, Sinti, Romanichels, Tsiganes ou Zigeuner, Bohémiens, Manouches… On avait cru ce peuple sans territoire venu de nulle part, et on lui a attribué des dizaines d’origines: Égypte, Sumer, Bohème, Caucase ou même Atlantide… On l’a aussi imaginé errant depuis la nuit des temps, sans histoire, sans racines, sans but ni lendemain.

     La nation sans territoire des Rroms se formera peu à peu, d’Asie-Mineure au Nouveau Monde

    Ces clichés tombent peu à peu, depuis la découverte récente du Kitâb-I -Yamini,  une chronique rédigée par le secrétaire du sultan Mahmoud de Ghazni (dans l’actuel Afghanistan) et relatant l’expédition de l’automne 1018 de ce dernier dans le cœur de l’Inde du nord: c’est le 20 décembre que le Ghaznévide arrive devant l’immense portail de l’ancienne capitale impériale – Kannauj. Le lendemain commence le pillage et en février 1019 un long cortège d’artistes et d’artisans du cru, 53 000 personnes en tout, est conduit à Ghazni pour servir les ambitions de faste du sultan, lequel songeait grâce à leurs talents élever sa ville de Ghazni au rang de plus belle ville au monde. Ces captifs – surtout musiciens et danseurs sacrés ou bayadères, mais aussi artisans hors pair, architectes et parfumeurs, formeront le noyau de ce qui deviendra le peuple rrom.

    La nation sans territoire des Rroms se formera peu à peu, d’Asie-Mineure au Nouveau Monde. Leur langue, la rromani ?hib, dérive du sanscrit et elle reste vivante partout dans le monde, tandis que leur tribunal coutumier, la Kris, fondé sur le principe de la médiation, reste d’actualité. Cette nation sans territoire a su préserver une identité propre durant mille ans – souvent méconnue derrière l’écran séculaire des clichés et calomnies.

    Une délégation conduite par le linguiste rrom Dr Marcel Courthiade s’est rendue en Inde, du 28 novembre au 5 décembre 2018, pour commémorer cet événement. Reçue à bras ouverts par la ministre des Affaires étrangères Sushma Swaraj, la trentaine d’intellectuels rroms venus du monde entier a animé une série de conférences à New Delhi, Lakhnau et enfin à Kannauj, leur ville berceau. Tous sont repartis avec la promesse d’être reconnus comme la première diaspora indienne, donc un statut spécial facilitant les contacts avec l’Inde: commerce et bourses d’études pour les jeunes, notamment dans les nouvelles technologies – où l’Inde est pionnière.

    Pas question cependant de redevenir indiens car ceci conduirait à la disparition de ce peuple européen qu’ils sont devenus au fil des siècles. Rappelons qu’il n’y a pas de Rroms en Inde mais seulement des Indiens. C’est l’arrachement à cette Inde, puis l’exil et ses mille contacts, qui ont créé ce peuple que nous connaissons, un peuple pétri par le voyage et le temps, brassé par les tourmentes historiques. L’officialisation des racines ancestrales permet dorénavant non seulement l’intégration dans l’histoire mondiale au lieu de subir le cliché de vagabonds écornifleurs et inquiétants, mais aussi d’envisager le soutien et la protection par cette Mother India contre les vieux démons européens de l’exclusion, bien vivants derrière les sourires de façade.

    Te oven baxtale!

     

    Billet écrit avec la précieuse contribution du Dr Marcel Courthiade

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    Le mot « Rrom »  vient du rromani, c’est-à-dire la langue du peuple rrom.  L'usage du double rr pour indiquer le son spécifique remonte au dictionnaire hongrois-rromani de Ferenc Sztojka en 1890 - un Rrom de Paks en Hongrie, et il se trouve - par hasard, à l'initiale du nom du peuple rrom. En fait le r simple du rromani provient en droite ligne d'un r simple du sanskrit, tandis que le rr spécifique provient de consonnes propres aux langues indiennes, prononcées avec la pointe de la langue recourbée en arrière vers le palais (un peu comme le "t" dans la prononciation américaine de "water").Rrom signifie « homme » en langue rromani. Ainsi écrit, il permet de surcroît de bien distinguer les Rroms des Roumains et surtout d’éloigner au mieux le mot « tsigane » à forte connotation raciste qui désigne surtout en Roumanie, les descendants d’esclaves. Le  nom Rrom vient du sanskrit tardif Rromba "percussioniste, musicien, acteur ou danseur des temples.  (définition par le linguiste enseignant à INALCO, Dr. M.Courthiade)

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  • Le millénaire rrom - Kannauj, berceau originel et terre d'accueil

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    DSC01016.JPGQue dire de cette arrivée à Kannauj, de l'émotion, des larmes versées, un chant puissant de "Gelem,Gelem", le chant national rrom, en choeur s'est élevé dans le bus. Une délégation qui vivait un moment historique de ce millénaire et se souvenir qu'il y a 1000 ans leurs ancêtres partaient par milliers réduits à l'esclavage vers Ghazni en Afghanistan emmenés par les troupes du Sultan de Ghazni, Mahmoud, les contraignant à l'errance et à l'exil. Le 20 décembre 1008, une date fatidique.

    La ville de Kannauj a offert un accueil qui dépassait tout attente. D'abord un passage au temple hindouiste, où chacun a pu participer à cet instant empreint de spiritualité, au son des cloches assourdissantes. Les habitants sortis dans la rue ou accoudés à leur balcon à regarder passer ce cortège, furent émus par ces retrouvailles avec leurs frères et qui va sans doute ce qu'ils ignorent encore transformer, leur ville en lieu de passage obligé pour tout rrom qui remonterait à ses lointaines racines.
    Puis réception à l'hôtel, boissons, ensuite visite de la fabrique de parfums, une tradition aussi millénaire et rappeler que " les rroms sont les parfums du monde", une belle métaphore. Chacun a pu remplir un gobelet de la terre de ses ancêtres.
    Discours, encouragements, musique, une journée exceptionnelle, point d'orgue de la manifestation sur cet événement unique.
    Le plus extraordinaire fut la visite du musée consacré à l'histoire des rroms et la prise de Kannauj, il y a mille ans. Une exposition mise sur pied en quelques mois pour l'accueil de cette délégation. Un travail fabuleux a été réalisé avec des statues grandeur nature quasi réelles. Des mois d'acharnement sous le contrôle de la cheville ouvrière, Marcel Courthiade qui est venu plusieurs fois de Paris, auparavant, conseiller le directeur du musée et de me raconter cette anecdote amusante: pour traiter d'un thème en lien avec des étrangers, en Inde, il faut des autorisations sans fin des autorités centrales. Le directeur du musée, Deepak Kumar, a alors rappelé à la direction des musées d'Uttar Pradesh que les Rroms  sont des Indiens, pas des étrangers ce qui lui a permis d'obtenir immédiatement l'autorisation requise au lieu de devoir attendre qui sait des mois pour l'avoir.
    En conclusion, les Rroms sont bien des Indiens, la langue rromani est construite de cet héritage sanscrit-hindi, il va de soi qu'en Inde il n'y a pas de Rroms, il n'y a que des Indiens et que pour rien au monde un Rrom souhaiterait redevenir un citoyen indien car il perdrait cette identité qui est devenue la sienne au fil des siècles. Une errance, un exil, une langue habitée par le grand départ; redevenir des citoyens indiens à part entière et quitter la nation sans territoire des Rroms pour une terre les condamneraient à la disparition de cette identité qui leur est propre.

    L'Inde restera aussi la terre de refuge car il ne fait aucun doute pour les Rroms que le nazisme n'est pas mort, il se cache sous d'autres formes comme la stérilisation forcée et l'exclusion sociale, l'annihilation de tout ce qui est différent;   il est tapi dans l'ombre et n'attend que le moment opportun pour jaillir dans toute sa violence, dans toute sa barbarie et dans toute sa laideur. La Hongrie, la Pologne, la Tchéquie sont sur la liste des pays nostalgiques des politiques génocidaires. L'Inde, un endroit où se réfugier lorsqu'il faudra fuir une Europe reprise dans la tourmente de ses vieux démons: l'extermination de l'autre à tout prix! 

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    Cette série de billets du voyage en Inde pour le millénaire Rrom  se termine avec celui-ci.

    @Copyright photo et vidéo D.Chraïti 


     



     

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  • Le millénaire rrom - retour aux sources

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    DSC00878.JPGLakhnau -Debout à 4 h du matin, partis à l'aube de New Delhi, nous avons laissé derrière nous, non sans un certain soulagement, cette mégapole plongée dans l'obscurité et la pollution. Nous voilà arrivés à Lakhnau, ville-étape, après un long voyage en bus d'une durée  de sept heures, en route vers Kannauj, lieu de départ de l'exil des rroms en 1008 et qui se trouve, à une heure de là, située au Nord, région autrefois connue pour ses distilleries d'attar , le parfum des sultans obtenu à partir d'huile végétale.
    La délégation de représentants rroms a été accueillie avec éclat par les représentants politiques de Lakhnau (Lucknow). Dès l'entrée de la ville, la police escortait dans sa jeep la délégation composée de  trente personnes issues du monde entier et parmi lesquelles le  président de l'Union internationale Romani, Normunds Rudevics, et  à qui a été réservé le traitement fait à un chef d'Etat, sécurité inclue. Mais notre bus soudain à dû les suivre est s'est mis à rouler dangereusement zigzaguant entre tuk-tuk et motos surchargée pétaradant à qui mieux mieux et créant un brouhaha fracassant, klaxons en continu et tout ceci pour  accompagner le groupe descendu du bus, bloquer la circulation et nous faire traverser la route, à pied, pour rejoindre l'endroit où nous devons loger; un véritable gymkhana tandis que chacun traîne sa valise observé par des chiens errants et galeux et des passants curieux formant très rapidement une foule compacte et silencieuse médusée par le spectacle de ces "traversants."
    Accueillie dans deux établissements VIP, -standard indien, rat tapi sous le lit- et après s'être rapidement installée, la délégation, s'est ensuite, au pas de charge,  rendue à l'Université de Lakhnau pour y animer une conférence sur les origines indiennes des rroms. Musique, fleurs, rafraîchissements, presse, rien n'a été laissé au hasard. Les Indiens sont étonnés de découvrir "ces frères" si semblables et si différents à la fois, les voir revenir de tous les coins du monde. Les jeunes journalistes timidement s'approchent des membres de l'équipe pour poser des questions, carnet en main et stylo tremblant tandis que les plus aguerris tendent micro et pointent les caméras, l'ampithéâtre est quasi comble.

    Demain, c'est le grand jour, départ, à l'aube pour Kannauj, le berceau des Rroms, l'émotion monte d'un cran.

     

    @crédit photo D.Chraïti

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  • Les Rroms, une nouvelle diaspora indienne ?

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    IMG_1450.JPGNew Delhi- Pour cette 2 ème journée consécutive sur le Millénaire des Rroms qui s'est encore déroulée au Musée National de New Delhi, diverses thématiques ont été abordées, centrées davantage sur la jeunesse et l'éducation.
    Les valeurs véhiculées par les familles, l'identité interculturelle et la notion d'intégration ont été présentés par Maja Familjić de Serbie, artiste et poète active dans le champ de l'éducation et de l'intégration.
    L'exemple des enfants rroms intégrés presque d'office dans des classes pour enfants avec handicap mental rappelle un peu des pratiques semblables en Hongrie. Sonia Styrkacz a bien mis en évidence le cercle vicieux, les parents rroms ont peur de mettre leurs enfants en maternel pour leur éviter la stigmatisation par le personnel accompagnant, en primaire les enfants commencent l'école avec cette forte impression que les parents craignent cette institution et que leurs professeurs les condamnent à l'échec en insistant sur le fait qu'ils ne seront jamais de bons étudiants, finalement les jeunes qui n'ont aucune raison d'avoir confiance en eux donnent raison à tout le monde en renonçant à l'école.
    Ibraim Dzemail quant à lui s'est concentré sur l'importance de la poésie et de la littérature pour les rroms et la responsabilité qu'ont les poètes de garder le rromani comme une langue vivante et la nécessité de persévérer dans cette voie.

    Un passage par l'Allemagne survolé par Emmanuela Dimova Gombar couvre les 600 ans depuis lesquels les Sinti sont installés en Allemagne fuyant les agressions des Musulmans au huitième siècle sur les bords de l'Indus contre 150 ans pour l'arrivée des Rroms. En 1982, Helmut Schmidt reçoit pour la première fois en Allemagne une délégation rrom et accepte de nommer le génocide des Rroms et Sintis.

    En fin de journée, la délégation entière a été reçue au Ministère des affaires extérieures par la Ministre Sushma Swaraj dans une salle de conférence où chacun s'est présenté lors d'un tour de table. Elle a demandé un rappel historique sur les conditions de l'exode, vérifié les conditions des Rroms en Europe puis a annoncé le scoop suivant: Après consultation auprès du gouvernement, la décision sera prise d'associer les Rroms à la diaspora indienne sans devenir pour autant citoyens indiens avec toute la protection dont ils pourraient  bénéficier. Les Rroms forment bien une diaspora, c'est-à-dire un déplacement de population numériquement conséquent (compté en dizaines voire en centaines de milliers) qui ont amené des gens à partir. Les jeunes rroms pourront aussi alors bénéficier de bourses d'études et être formés par des experts aux nouvelles technologies. La délégation rrom a accueilli les déclarations de la Ministre en une salve d'applaudissements.

    Plus de 20 millions de Rroms répartis dans le monde seraient concernés par cet éventuel projet d'intégration à la diaspora indienne.

    @photos D.Chraïti

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  • New Delhi - Le millénaire rrom

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    IMG_1406.JPGNew Delhi- Une délégation composée d'une trentaine de Rroms parmi lesquels de grandes figures intellectuelles se sont réunis à New Delhi. Qui vient de l'Autriche, de l'Allemagne, de la Russie, de l'Espagne, de la France, de la Serbie, de la Croatie, un rassemblement hors du commun pour commémorer les 1000 ans  de l'exode des Rroms de l'Inde nommé O Baro Telaripen en langue rromani.

    Pour cette occasion millénaire, un programme sur plusieurs jours s'étalant du 28 au 30 novembre 2018 a été mis sur pied par l'International Council for International Cooperation, une ONG créée par Antar Rashtriya Sahayog Parished-Barat et qui s'est fixé pour mission la promotion universelle de la fraternité résumée par un "Vasudhaiva kutumbakam" - le monde entier est une grande famille. En février 2016, l'ONG organisait sa première conférence internationale sur la culture rrom en collaboration avec le Indian Council for cultural relations (ICCR) autre partenaire de la conférence actuelle accompagné du Musée National de New Delhi qui accueille la délégation en ses murs.

    Ce qui devrait être une tour de Babel avec des rroms venus du monde entier ne l'est pas avec leur langue commune qui est le rromani qu'ils partagent entre eux tous tout en parlant aisément chacun trois ou quatre autres langues. Cette souplesse linguistique surprend, au fur et à mesure de la conversation, on peut passer d'une langue à l'autre et s'adapter rapidement aux nouveaux interlocuteurs qui entrent dans la conversation.

    Lors de cette première journée un programme chargé a balayé le contexte historique, un survol de mille ans présenté par le Professeur Marcel Courthiade; de l'identité à l'origine, de l'exode à l'exclusion, du rapprochement linguistique entre le Rromani et le sanscrit. Un film de 26 minutes nous a montré  Esma Redžepova à Kannauj, sur les traces de l'histoire de son peuple et qui nous chante un "Gelem Gelem" chargé d'émotion et qui plonge la salle de conférence entière en un silence religieux au souvenir de cette grande dame disparue,  il y a peu de temps. Sur la lancée, Diana Kirilova, anthropologue et philosophe présente les similitudes entre les coutumes et la façon de vivre des Indiens du Nord et des Rroms. Anka Dalipovska, Présidente du Centre d'intégration du peuple rrom en Croatie et active auprès de l'union européenne présente après une synthèse de l'histoire des Rroms dans les Balkans, la politique inclusive menée en Croatie grâce aux fonds européens. D'autres interventions soulignent la discrimination subie par les Rroms, la culture et l'identité. La  Kriss Romani  présentée par Dalila Gomez, rrom de Colombie et la survivance d'un mécanisme traditionnel de justice qui préserve l'individu et la communauté et qui s'est adapté avec le temps sans se laisse dénaturer quant au fond qui consiste à rendre justice. Un survol de l'histoire du flamenco par Nicolàs Jimenez Gonzàlez, un héritage assurément rrom et que certains s'arrachent en tronquant l'histoire.

    Du côté indien, on compte aussi de grands spécialistes penchés sur l'histoire de ces frères retrouvés après 1000 ans d'absence et à qui on assure un accueil chaleureux, professeurs universitaires, écrivains, le coordinateur de ces rencontres magiques, Zameer Anwar, assistant chercheur au Centre for Roma Studies and cultural relations mène d'une main de maître le déroulé de ces rencontres.

    Quant à moi, je suis partout le groupe avec curiosité et intérêt et observe les retrouvailles fraternelles où chacun cherche  à travers l'autre, les signes distinctifs qui les ramènent à la source commune de cette même terre, de ce même berceau, l'Inde.

    Le deuxième jour des conférences se tiendra aussi à New-Delhi puis un départ en bus pour Lakhnau et ensuite Kannauj, l'endroit précis d'où est parti l'exode.

    @photos D.Chraïti

    A suivre......

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  • Le millénaire rrom- BARO TELǍRIPEN ou Le grand départ

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    1.jpgBARO TELǍRIPEN signifie en rromani, le grand départ, l'événement fondateur qui en l'occurrence est l'exil, voire le grand départ de l'Inde en 1008, soit un millénaire, aujourd'hui.  Pour commémorer ce tournant historique, une délégation de plusieurs personnalités et chercheurs rrom animera  une série de conférences, à New-Delhi ,   Lakhnau et  dans la ville même d'où l'exode s'est réalisé, à Kannauj, ville de l'Uttar Pradesh, située au Nord de l'Inde, sur les bord du Gange et d'où sont originaires les Rroms. Un moment intense d'émotion, pour se   rappeler ensemble,   ces ancêtres emmenés en esclavage,  en décembre de cette année fatidique.

    incursic3b3n-en-kannauj.jpgDécembre 1008 -  Le Sultan Mahmud de Ghazni surnommé Yamin Al-Dawla (la main droite de l'empire),  - Gazni, aujourd'hui en Afghanistan-  est  parmi les premiers conquérants de l'Hindustan et qui enverra ses troupes capturer la population entière de Kannauj,  alors considérée déjà comme un joyau où artistes et artisans y déploient leur art. 53'000 personnes seront déportées et réduites à l'esclavage. Contrairement à ses habitudes, le Sultan décide de les épargner pour reconstruire Ghazni et la hisser au rang de la plus belle ville du monde. Et pour cela, il a besoin de laisser vivants, artistes et  artisans, plus tard Gengis Khan en fera de même aussi avec les philosophes et tous les talents identifiés et qui échapperont aux massacres. 

    C'est le Kitab Al-Yamini (كتاب اليميني) écrit par Muhammad ibn 'Abd al–Jabbar 'Utbi et rédigé en arabe en 1021, le chroniqueur et secrétaire personnel du Sultan Mahmud de Ghazni qui nous décrit ce raid dans le menu détail. Il aura fallu des siècles aux Rroms pour revenir à ces sources premières qui rappellent qu'ils ont une histoire et que  ce ne sont pas des Egyptiens/Gypsies mais des Indiens,  à l'origine.  Au fur et à mesure des siècles, on perçoit les tâtonnements, c'est la langue rromani entre autres qui ramènera les Rroms à la source du Gange, si proche du sanscrit. 

     A la fin du mois de novembre, c'est une délégation d'hommes et de femmes rrom sous  la houlette de Marcel Courthiade, professeur à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales, Paris) qui se rendra à Kannauj pour restituer  ce contexte historique et planter définitivement dans une histoire renseignée l'Histoire de ce peuple à qui l'on a voulu faire croire qu'il appartenait depuis la nuit des temps, à  un groupe honni de simples "voyageurs- errants" sans racines. Un voyage historique et qui fait dire,  empli d'émotion, à un  poète de Kannauj qui a combattu le système des  "castes"  Dr. Jeewan Shuklā : "Your arrival to the city of your forefathers has filled me with emotion as if my lost blood had reached to my doors tracing the footsteps of your ancestors.”

     

     

     "Kitab Al-Yamini" traduit en Anglais  du Perse par James Reynolds -MDCCCLVIII (1858)

    https://www.wdl.org/ar/item/17782

     

    Sources : Marcel Courthiade - Back to Kannauj

    Sarah Carmona- Nuevas perspectivas sobre historia Rroma

     

     

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  • Le bain du bébé

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    eau2-1024x680.jpgHier par jour de canicule, j’étais assise sur une terrasse à Lyon dans le quartier Part-Dieu, il était hors de question que j’entre dans le centre commercial du même nom, - la frénésie ambiante de consommation m'épuise et m'irrite - , et j’attendais patiemment que des adolescentes que j’accompagnais aient terminé leurs achats.

    J’observai en patientant les gens qui allaient et venaient, avec des valises vides pour les remplir à ras bord de fanfreluches, de linges de maison, de draps, de sous-vêtements en pagaille, d’habits multicolores pour ramener le tout à leur famille, lors des vacances prochaines.

    Tout en sirotant mon café glacé, une scène au milieu de ce fleuve de gens, de cette foule bigarrée intranquille, attira mon attention. A l’arrêt du bus, en face moi,  derrière l’abri, une famille de Rroms était installée ; l’homme dormait caché derrière un caddy plein de couvertures et d’habits et à côté, à quelques pas, une femme avec une enfant de 11 ans s’occupait d’un bébé. Et de cajoler la petite fille, et de la chatouiller et de la faire rire, et de jouer à cache-cache avec.

    L'enfant de 11 ans prend une bouteille vide pour la remplir. Elle vient dans le bistrot où je me trouve et essuie un refus, elle retourne vers son campement de fortune, embarque un bac en Sagex et continue à chercher de l’eau, elle en trouve dans des WC plus loin et revient victorieuse marchant prudemment pour ne pas verser le précieux liquide chèrement trouvé. Au total, il  lui a fallu une heure pour récolter les deux litres du bain du bébé. Ni une ni deux, dans ce cagnard où les vitres des immeubles réfléchissent une lumière aveuglante qui surchauffe et saturant l'air d'éclats vifs, elles plongent l’enfant dans le bac. Tout à son bonheur, la petite fille nue crie sa joie, éclabousse, gicle, fait des clapotis et forcément les gens s’arrêtent pour envier cette enfant, à l’ombre de l’abri bus qui littéralement se rafraîchit dans sa boîte minuscule remplie de l’équivalent de deux grandes bouteilles d’eau.

    Soudain, la femme rrom se met à gesticuler et parler très fort en désignant quelqu'un qui marche, elle interpelle les passants, un groupe se forme et l’écoute, je me lève et quitte la terrasse pour tenter de comprendre de quoi il s'agit et pourquoi toute cette agitation.

    - Ces enfants vont étouffer, elle les a totalement enfermés dans des poussettes avec des couvertures épaisses ! crie la femme. En effet, j’ai aussi remarqué une femme avec deux jumeaux dans deux poussettes fermées par des tissus épais. Des passants se mettent à courir pour rattraper la jeune maman et la prévenir d’enlever ces couvertures censées protéger les enfants de la chaleur mais et en réalité,  étouffantes.

    Tout est revenu dans l’ordre, j’entame un brin de causette avec la femme qui garde un œil sur son enfant qui joue dans l’eau.

    - Ce bébé est un accident me dit-elle, un soir de fête, j’ai croisé son père et voilà le résultat, le préservatif a percé ! Elle s’appelle Luna, mais c’est un cadeau du ciel.

    L’homme qui dort ? Il est venu avec ses deux filles et sa femme, me dit la femme, ils vivaient avec un groupe dans la forêt près d’Oyonnaz et lorsqu’ils ont voulu enlever les enfants, ils se sont enfuis. L’enfant de 11 ans qui est la fille de l'homme par  terre,  se frotte la tête. Tandis qu'elle cherchait  de l’eau pour le bain du bébé, le gardien du magasin, lui a tapé la tête avec son portable, elle saigne légèrement.

    La femme est choquée par cette violence.

    - A Paris, on m’a demandé de signer un papier pour que ma fille roumaine devienne française, j’ai répondu : Jamais ! Vous êtes des barbares. Des gens sans cœur, regardez cette enfant qui vient de recevoir un coup tout ça parce qu’elle cherche de l’eau par journée de canicule, comment peut-on oser refuser de l’eau  pour un bébé?

    Elle secoue la tête.

    - Je ne comprends pas cette violence. Heureusement, j’ai trouvé un logement, des gens en hiver m’ont vue dormir dehors avec ma fille et ils m'ont offert une chambre, j’ai aussi trouvé du travail comme femme de ménage dans cette tour. Viens me voir, me lance-t-elle, je commencerai en septembre.

    Regarder la rue, c’est regarder la vie, je devrais rester plus longtemps sur les terrasses de café, sans portable, sans rien faire, juste regarder la vie qui défile avec cette curiosité insatiable, me disais-je en m'éloignant.

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  • Apprendre la langue Rromani

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    ass 002.jpgDepuis plusieurs années circule un manuel de conversation de poche en langue rromani: "Le rromani de poche" – mais curieusement il n'est pas encore très connu en Suisse. Il s'agit du résultat d'une collaboration entre Wort für Wort (Bielefeld) et Assimil (Paris), qui séduira tous les amoureux des Rroms et de leur langue. Illustré par J.-L. Goussé et préparé pour l'édition française par Medo Gurbetov, il rassemble une quantité impressionnante d'informations en quelques grammes (140 g. exactement et 180 pages...). Il s'ouvre sur un rappel historique "La longue route de l'Inde vers l'Europe" et tout de suite explique (de manière plus simplifiée que sur notre blog!) les différences entre Rrom, Gitan et Tsigane – ainsi que le double RR de Rrom. Les deux superdialectes et les quatre dialectes du rromani sont exposés avec leurs différences systématiques et cinq pages sont consacrées à la prononciation dans les diverses variantes de la langue – toutes considérées comme égales en valeur. On trouve ensuite une véritable petite grammaire de 40 pages avec de nombreux tableaux qui mettent clairement en évidence la morphologie et on passe au corps du petit livre: près de 70 pages de conversations qui vont des salutations et présentations, jusqu'aux fêtes, à la musique, au commerce en passant par le travail, la famille et le rromani sur internet. Un chapitre consacré à la santé sera particulièrement utile au personnel médical travaillant avec des Rroms. Après l'hymne rrom Gelem gelem lungone dromença "Je suis allé, allé par de longues routes" (il manque hélas la partition – mais Youtube y pourvoira...), le guide se termine par deux lexiques, un rromani-français et un autre français-rromani, d'environ 4000 mots chacun. Deux pages de bibliographie (ouvrages en français) permettront au lecteur d'approfondir le sujet en se distrayant. A noter les illustrations amusantes de Goussé qui donnent beaucoup de fraîcheur à l'ensemble.

     

     

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  • Le 50ème anniversaire de la carrière artistique de VEIJO BALTZAR

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    VB Linnuntietä taivaaseen konsertti_Esa Toppila.jpgVEIJO BALTZAR, AUTEUR RROM DE RENOMMÉE MONDIALE, CÉLÈBRE LE 50ème ANNIVERSAIRE DE SA CARRIÈRE ARTISTIQUE.

    L'artiste rrom de Finlande,  Veijo Baltzar, romancier et homme de théâtre et de cinéma de renommée internationale, fête les 50 ans de sa carrière artistique. Baltzar est un artiste et militant culturel internationalement reconnu et récompensé pour son combat sur de nombreux fronts. Il a consacré son existence au peuple rrom à travers son activité artistique, culturelle et sociale. Son premier roman "La route brûlante" (Polttava tie) publié à Tammi en Finlande en 1968 fit sensation. Depuis lors Baltzar a servi de référence éminente établissant des ponts entre les cultures.

    Il a traité de la culture rrome et de sa relation avec la culture majoritaire dans plus de 72 œuvres littéraires, dont des romans, des pièces de théâtre, des recueils de proses, des livrets et des manuscrits cinématographiques. Baltzar a dirigé de nombreuses pièces et a enseigné à l'Académie de théâtre d'Helsinki. En 1976, il a fondé Drom, le premier et le seul théâtre professionnel des Rroms dans les pays nordiques (qui a reçu le prix du théâtre de l'année 1981). Baltzar est aussi un artiste du domaine visuel. L'exposition internationale "Miranda – le Damudaripen (Génocide) des Rroms", créée par Baltzar, a lancé sa tournée mondiale l'an dernier. Elle a jusqu'à présent été traduite en 14 langues et a atteint 34 millions de citoyens européens. L'exposition sera ouverte au Parlement européen le 20 mars 2018.


    Veijo Baltzar_press photo_Esa Toppila 2017.jpgVeijo Baltzar agit en tant que président de l'Association créative pour les arts et la culture Drom. L'association est impliquée dans l'organisation des événements de son jubilé des 50 ans. L'événement de lancement est un concert de jubilé télévisé au Savoy Theatre, Helsinki, le 6 avril "Aller au paradis comme un oiseau". Ce concert est un hommage au cheminement de 50 ans de Veijo Baltzar en tant qu'artiste, qui est passé d'une vie de Rrom voyageur à l'écrivain désormais mondialement connu. Baltzar lui-même est l'un des principaux chanteurs solistes du concert, accompagné par l'orchestre international Ludvig XIV. L'ancien Premier ministre finlandais Paavo Lipponen ouvrira le concert du jubilé et donnera un aperçu de la carrière artistique, culturelle et politique de Veijo Baltzar.


    Le roman de Veijo Baltzar "En guerre et en amour" (Sodassa ja rakkaudessa - Tammi, 2008) est en cours de publication en Croatie en 2019 par la maison d'édition Sandorf. Le roman épique de Baltzar "Phuro" (Le vieux) est de son côté en cours de publication en Slovaquie la même année par Trio Publisher. Il existe également un grand intérêt pour l'obtention des droits de traduction et d'édition des romans de Baltzar en Grande-Bretagne, en Ukraine et en République tchèque. Jusqu'à présent, le premier roman de Baltzar "La route brûlante" a été traduit en suédois (Brannande vagen, 1969) et son ouvrage philosophique polémique "Vers une philosophie expérientielle"(Kokemuspohjainen filosofia, 2012/2014). a été publié en anglais
    Pour plus d'information:
    Nina Castén, directrice de la communication nina.casten@drom.fi, tél. +358 44-5090683 www.drom.fi
    Voir aussi www.veijobaltzar.fi
    "Ils jouent encore aujourd'hui, demain les Rroms prennent la route ... Patience, ma fille, je t'emmène à la danse." - Veijo Baltzar

     

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  • Génocide des Rroms en Suisse et enfants placés

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    yéniches.pngA l'heure des indemnisations pour enfants placés de force en Suisse et arrachés à leurs parents, je relaie une partie de l'article  du quotidien La Liberté, en date du 9 septembre 2011. Une interview coup de poing signée Pascal Fleury, de l'historien Thomas Huonker, auteur avec Regula Ludi du rapport de la Commission Bergier sur le sort des gens du voyage pendant la Seconde Guerre mondiale et la politique qui s'en est suivie. Jusqu'en 1981, les enfants rroms, sinti et yéniches  ont été placés de force. Une page la plus sombre de l'histoire suisse.

    "Déportations, persécutions, séparations de familles, vols d’enfants, internements, stérilisations et castrations forcées: la «politique tsigane» de la Suisse à l’époque du national-socialisme fait froid dans le dos. L’historien Thomas Huonker, auteur avec Regula Ludi du rapport de la Commission Bergier sur le sort des gens du voyage pendant la Seconde Guerre mondiale, il revient sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire de notre Etat démocratique, multiculturel et plurilingue.

    Depuis 1471 déjà, la Suisse a mené une politique cruelle de déportation et de persécution des Tsiganes. Avec «succès», puisqu’il n’y a jamais eu de population légale de Roms ni de Sintis dans notre pays. Ces deux groupes ethniques n’ont pu entrer en Suisse légalement que pendant de très courtes périodes, entre 1848 et 1888, et depuis 1972. Ceux qui sont là aujourd’hui sont arrivés principalement comme travail- leurs d’ex-Yougoslavie ou comme réfugiés des Balkans.

    Placement forcé

    (....) L’objectif final de l'institution de Pro Juventute, par l'Oeuvre des enfants de la grand-route  était d'en finir avec ce groupe ethnique, en dissolvant les familles. Les enfants étaient transférés dans des familles non yéniches, tandis que les hommes et les femmes étaient internés pour des années par la justice administrative, dans des établissements de travaux forcés comme Witzwil ou Bellechasse. Au total, 600 enfants ont été arrachés à leur famille sur plusieurs générations par l’œuvre de Pro Juventute, sans compter les cas réglés directement par les cantons. Finalement, la quasi-totalité des familles yéniches  de Suisse ont été touchées. C’est le cas par exemple des membres de la famille de l’écrivaine suisse Mariella Mehr, qui ont été séparés pendant des générations. Elle-même a été bringuebalée entre 17 homes et institutions psychiatriques et diagnostiquée comme anormale. (...) Les cantons qui ont le plus coopéré avec Pro Juventute ou qui avaient leur propre politique anti-tsigane étaient les Grisons, St-Gall, Zurich, Argovie, Schwyz et le Tessin.

    L'Oeuvre pour les enfants de la grand-route bafouait à tel point les droits humains que son action pouvait être qualifiée de  «génocide».  En fait c’est une dénomination officielle de la Convention de l’ONU pour la prévention et la répression du crime de génocide. Dans son article 2, elle inclut le transfert forcé d’enfants d’un groupe national ou ethnique à un autre groupe. D’autre part, l’œuvre de Pro Juventute affirmait elle-même que l’une de ses tâches était d’abaisser le taux de naissance chez les Yéniches par une limitation des mariages, des stérilisations et des internements. Ces exactions sont également assimilables à un génocide.

    La Suisse fut d’ailleurs le premier pays européen à pratiquer les théories eugénistes ou d’«hygiène raciale» contre des êtres qualifiés d’anormaux ou de dangereux par hérédité. Dans ce cadre, des milliers de personnes ont été stérilisées en Suisse, dont des Yéniches, sur la base de diagnostics psychiatriques et avec des moyens chirurgicaux. Il s’agissait surtout de jeunes femmes. Cela a commencé en 1892 à Zurich, à l’initiative du professeur Auguste Forel. Le dernier cas remonte aux années 1980: le mariage d’une femme yéniche sous tutelle a été conditionné à sa stérilisation.

    L’Œuvre des enfants de la grand-route de Pro Juventute a été dissoute en 1973.Mais les enfants n'ont pas été rendus à leurs parents. Ils ont été mis sous tutelle cantonale. Beaucoup d’entre eux ont continué d’être enfermés dans des institutions jusque dans les années 1980.

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    Ndlr : Le génocide en Rromani s'appelle Samudaripen : Le Samudaripen, en langue rromani, signifie génocide. Mais le terme n’a pas le sens qu’il prend en hébreu, dans le mot Shoah. En rromani, il ne signifie pas l’extermination d’un groupe spécifié, mais celle de n’importe quel groupe humain.

     

    L'article intégral (copier-coller le lien)
     
    https://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/a-lire/3387359.html/BINARY/histoirevivante_ve090911_0.pdf

    Bienvenue chez les Rroms - Roms, Sintis et Yéniches, le livre qui fait mal

    http://roms.blog.tdg.ch/archive/2009/05/24/rroms-sintis-et-yeniches-le-livre-qui-fait-mal.html

     

    «Roms, Sintis et Yéniches – La politique tsigane suisse à l’époque du national-socialisme», Thomas Huonker et Regula Ludi.

     

     

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  • Rrom, Gitan, Tsigane, d'une confusion à l'autre (3)

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    Europe- B - GITAN.pngGITAN : L'histoire de ce mot est tout à fait différente. Il se réfère à l'Égypte et a transité jusqu'à l'Occident (espagnol Gitano, anglais Gypsy) par un couloir catholique, méridional et méditerranéen. Son origine la plus plausible est liée à un événement que l'on peut inférer de la documentation concernant la première Croisade et il semble utile de faire un détour par l'Histoire pour le situer dans son contexte, tant ce dernier est méconnu. En effet, les armées seldjoukides, après s'être adjoint vers 1040 dans le Khorassan (nord-est de l'Iran actuel) les services des Indiens qui y avaient été vendus quelque vingt ans plus tôt, par le Sultan Mahmoud (comme le rapporte le Kitāb al-Yamīnī), ont quitté ce pays en direction de l'Ouest au lendemain de la sanglante bataille de Dandanaqan (mai 1040). Elles sont parvenues à Bagdad en 1055 mais ont par la suite modifié leur trajet, initialement dirigé vers l'Égypte, pour remonter vers le nord en direction de Byzance. La raison semble en avoir été l'appétit de pillage des mercenaires turkmènes qui, ne pouvant se satisfaire en terre d'Islam, où les razzias n'étaient pas admises, commençaient à gronder. Pour calmer les tensions et les satisfaire, Alp Arslan le chef, décida donc une incursion vers le nord en terre de "mécréants". Les Seldjoukides, avec les Indiens et quelques Khorassaniotes, se dirigèrent donc vers Ani, capitale arménienne, qui tomba facilement en 1064, puis ils prirent en 1071 la petite mais symboliquement très significative forteresse de Manzikert. On sait que la bataille de Manzikert a bouleversé les rapports entre l'Europe et l'Asie.

    Ce premier contact fut perçu par les Arméniens comme une blessure et une punition divine, comme l'écrit le prêtre et chroniqueur de l'époque, Aristakes Lastivertc'i (1002-1080), qui mentionne l'arrivée des Indiens sauvages parmi les Sarazins : "des gens méchants parlant des langues étrangères [et provenant] de la grande rivière qui traverse le nord de l'Inde". A partir de là, la majorité de ces Indiens, des proto-Rroms par familles entières, poursuivit sa route en direction de Kayseri, Konya et la région de l'ancien Balat – littoral sud-ouest de l'Anatolie, où une partie importante devait se stabiliser entre İzmir et Antalya.

    Toutefois, un contingent indien impliqué dans la logistique suit le successeur d'Alp Arslan, Malik Shah et son armée, en direction de Jérusalem alors en territoire égyptien, où ils arrivent en 1073 (ou 1076 selon d'autres sources), chassant les Égyptiens de leur ville. Pendant ce temps, la première croisade se prépare en Europe. Or, un quart de siècle après la prise de Jérusalem par l'armée seldjoukide de Malik Shah, les Égyptiens fatimides reviennent et en chassent les occupants turcs, tandis que les civils (y compris les proto-Rroms) restent sous les nouveaux dirigeants, si bien que quand les croisés s'emparent de la ville en juillet 1099 et massacrent tout le monde, ils nomment par hyperextension Égyptiens toutes les victimes. Le souci d'exactitude ethnologique n'était pas en effet leur préoccupation majeure. C'est ainsi que le mot "Égyptien" en français (de même que Gitano et Gypsy mais aussi en grec γύφτος, en vieux croate de Dalmatie jeđupin, en albanais magjup, en macédonien џупец) englobe ces Rroms abattus avec les vrais Égyptiens et va s'étendre à tous les autres qui sont présents, vivants, dans le Moyen-Orient et l'Asie mineure. Ceux-ci perçoivent ce nom comme la simple traduction de leur ethnonyme en grec de la Méditerranée orientale.

    Lorsqu'en Europe les érudits de cabinet se sont penchés sur la question, au lieu de s'intéresser aux événements historiques des Croisades, ils ont inventé une (une ou plusieurs) "Petite Égypte", appelée(s) ainsi pour des raisons obscures (sa verdure par exemple, comme si ce caractère avait été un trait quasi définitoire de l'Égypte) et qui aurait donné le nom d'Égyptiens à ceux qui y plantaient leur tente. Or, on sait que ce sont en règle les humains qui donnent à l'endroit où ils s'implantent, durablement, son nom. Le Chinatown de Manhattan n'a pas été nommé ainsi originellement avant de donner le nom de Chinois à ses habitants, mais l'inverse. On peut dire la même chose du Little Senegal à Manhattan, Little Manila à Woodside (Queens), de la Little India / Punjab (Curry Hill), des diverses Little Germany, Little Greece, Little Italy, Little Poland, Little Brasil, Little Syria à New York, Little France à San Francisco, la Klein-Italien au Luxembourg, la Klein Türkei à Köln, le Küçük Bulgarıstan à Çorlu (Turquie) etc... Aucun toponyme ethniquement motivé n'a préexisté à l'arrivée du groupe ethnique qui lui a donné son nom. Ce processus et le fait qu'aucune Petite Egypte n'ait jamais été identifiée comme telle devraient conduire les historiens à douter et à s'interroger sur la véracité de cette affirmation. Il convient donc de relire toute la documentation historique de la Méditerranée, surtout orientale, en comprenant "Égyptien" comme "Rrom".

    Par ailleurs on comprend que devant l'obstination des Européens à les appeler Égyptiens et devant l'alternative entre une identification à des Atsinganes (avec un relent d'hérésie, ceci dans des sociétés dominées par le fait religieux) et une autre à des Égyptiens (avec un sous-entendu de victimes), les Rroms aient pu choisir de préférence ce dernier. De plus, les clercs trouvaient dans la Bible une justification paralogique (par affirmation du conséquent) à cette identification : "Et je sèmerai les Égyptiens parmi les nations, et je les éparpillerai parmi les pays" (Ézéchiel XXX.23). Dans cette optique, puisque les Egyptiens sont éparpillés, tout peuple éparpillé ne peut être qu'égyptien...

    Le processus historique d'affirmation de l'origine indienne des Rroms semble avoir été le suivant : après leur arrivée en Occident, on trouve six mentions de cette origine (de 1422 à Forli en Italie, à 1630 à Bras en Provence). Puis c'est le silence, les Rroms cessent d'être indiens, ils deviennent égyptiens pendant 140 ans... sans doute sous l'influence de l'insistance sur l'Égypte – Ézéchiel aidant, et ceci jusqu'à une mention par Christian Büttner dans la préface de son opuscule de 1771 sur les systèmes d'écriture du monde. Il est intéressant de constater qu'il n'évoque pas ce fait comme un scoop mais simplement comme une preuve de la richesse ethnique de l'Europe. On connaît la suite : Samuel Agoston ab Hortis, auteur du premier traité scientifique (pour l'époque) sur les Rroms, "découvre" leur origine indienne et la publie en 1776, mais c'est sur un faux indice, un malentendu : il s'agit de la conversation entre un étudiant hongrois en théologie qui mentionne à Leiden vers 1760 la tribu des Zingali [tsingali] à des condisciples Sri-Lankais (ou Singalais) qui indiquent comme Singala le nom de leur peuple, île ou région – "absente des cartes géographiques", est-il précisé. Il faut dire que le Hongrois et les Indiens parlaient ensemble latin, chacun avec une prononciation bien particulière. Puis c'est le philologue Johannes Rüdiger qui établi vers 1780 la parenté entre le rromani et le vieil hindoustani – mais le peu de similitude entre les deux langues, comparées sur la base de 23 phrases qu'il fait (mal) traduire dans les deux, empêche qu'on y voie un motif de rapprochement. Par la suite, Heinrich Grellmann s'arroge la paternité de la découverte sur la base de listes de mots que lui avait confiées Büttner. Tout ceci porte à penser que même si l'origine indienne a disparu de 1630 à 1771 des écrits, elle a continué de se transmettre oralement dans les milieux savants pour réapparaître comme une "découverte" dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. De nos jours, elle ne fait plus l'ombre d'un doute – sauf chez les personnes qui la rejettent de manière plus ou moins raffinée pour des raisons idéologiques : surtout négation d'une quelconque identité des Rroms. Cette argumentation ne peut toutefois séduire que les profanes en la matière.

    Et nos lecteurs ne sont plus profanes !

    FIN

     

    Quelle différence entre Rrom, Tsigane et Gitan?  Une définition proposée par mon invité et livrée en trois billets distincts dont  voici le dernier,  par Marcel Courthiade, professeur à l’Inalco, l’Institut national des langues et civilisations orientales, responsable des études linguistiques Rromani, commissaire à la langue et aux droits linguistiques de l’union Rromani internationale.

     

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